Critique de film

Poongsan

"Poong-san-gae"
affiche du film
  • Genre : Thriller
  • Année de production : 2011
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Juhn Jaihong
  • Pays d'origine : Corée du Sud
  • Durée : 2h01
  • Scénariste : Kim Ki-Duk
  • Musique : Inyoung Ji-woong Park
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  • Bande annonce
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  • Casting : Kye Sang Yoon, Gyu-ri Kim, Jong-soo Kim, Choi Moo Mu Sung
  • Récompenses :

Pour gagner sa vie, Poongsan passe la frontière entre la Corée du Nord et la Corée du Sud afin de délivrer des messages entre familles séparées. Il est un jour chargé de ramener une femme nord-coréenne : In Ok, la femme d’un dissident nord-coréen, lui-même placé sous la protection d’agents sud-coréens. Pendant le voyage, Poongsan et In Ok tombent amoureux. Mais leur romance tourne court car Poongsan est recherché par les services de renseignement sud-coréens et In Ok ainsi que son mari sont menacés par des agents nord-coréens, bien décidés à venger leur patrie.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Poongsan - Aux frontières de l’autre
Par : Damien Taymans


A ceux qui prétendent que les turpitudes actuelles du Vlaams Belang et les gue-guerres langagière, royale et scolaire qui ébranlèrent jadis le plat pays risquent de provoquer la fracture de la nation jettent un œil distrait à la carte du Pays du Matin calme. Régime dictatorial septentrional sous influence soviétique puis chinoise et gérance démocratique du Sud par les Américains ont provoqué la scission du pays : entre les deux territoires subsiste une zone démilitarisée, terrain miné sous étroite surveillance militaire. Tel un porte-drapeau wallingant en pleine banlieue anversoise, Poongsan, un messager téméraire joue les filles de l’air en pleine DMZ et taquine périodiquement la mine sitôt que des familles désunies veulent entrer en contact avec leurs proches que le grand divorce coréen a éloignés. Le coursier intrigue les services secrets sud-coréens qui le sollicitent pour expatrier In-ok, chérie d’un transfuge nord-coréen qui a depuis passé l’arme à droite. Trois heures plus tard, à peine sa mission terminée, Poongsan reçoit pour toute rétribution une séance de torture en bonne et due forme. Et ça continue en Corée, encore...

Un héros marginal à l’indécrottable mutisme, un paysage coréen dénaturé voire déshumanisé, un cynisme et une misogynie permanents : difficile de distinguer l’œuvre de son auteur véritable. Jeon Jae-Hong, à force de régler son pas sur celui de son mentor Kim Ki-Duk qu’il a assisté sur Time et Breath et dont il a déjà mis en scène un scénario avec Beautiful, devient l’ombre insaisissable du cinéaste de L’île, primé du Corbeau d’Or au BIFFF 2001. En la matière, le producteur-scénariste répond au mot de Bunuel en trahissant une nouvelle fois sa patrie pour nourrir un peu plus son dessin au vitriol de la péninsule coréenne. Représentants nordistes et sudistes, réunis sous la bannière "Tous pourris" déjà au centre du The unjust de Seung-wan Ryoo, voient leurs frêles idéologies gangrénées par les luttes intestines et l’appât du gain : dans ce contexte, Poongsan est forcément un traître puisqu’il ne subit l’allégeance d’aucun des deux camps. Un chien sans maître, pour reprendre la comparaison d’In-ok (le sobriquet de Poongsan lui vient des cigarettes de Pyongyang qu’il fume et dont le logo est un clébard), au milieu d’une meute de chiens enragés rivalisant d’incompétence et de manigances.

A la fois déclencheur et catalyseur du cataclysme final, le héros ne se résume au fur et à mesure qu’à une silhouette, une ombre (grâce au formidable jeu de lumière de Jeon Jae-Hong) qui menace d’ébranler, par son indéfectible loyauté, le château de cartes érigé par les transfuges hypocondriaques shootés à l’espionite. Dans ce bordel proche du chaos, une brise de romance salvatrice souffle pour rafraîchir et électriser ponctuellement (voir la séquence du baiser) cette fable cynique qui s’engourdit au bout d’une heure.

Poongsan, tantôt diablement poétique, tantôt divinement corrosif, finit par s’essouffler, dans son dernier tiers, en s’entêtant à reproduire à l’infini la même mécanique jusqu’à un dénouement ... renversant. Mais d’ici à là, le chemin est semé de multiples ornières et circonvolutions qui plombent l’ensemble...


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