Critique de film

Nerve

"Nerve"
affiche du film

En participant à Nerve, un jeu qui diffuse en direct sur Internet des défis filmés, Vee et Ian décident de s’associer pour relever des challenges de plus en plus risqués et gagner toujours plus d’argent. Mais bientôt les deux « Joueurs » s’aperçoivent que leurs moindres mouvements sont manipulés par une communauté anonyme de « Voyeurs ». Le jeu vire au cauchemar. Impossible d’arrêter…

Les critiques à propos de ce film

Critique de Nerve - Réseaux asociaux
Par : Seb Lecocq


Nerve à tout du produit calibré pour cartonner et devenir viral chez les lycéens accrocs aux nouvelles technologies et réseaux sociaux en tout genre : un scénario adapté d’un succès de la littérature pour ado, un casting de beaux jeunes gens (Dave « frère de » James Franco et Emma « nièce de » Julia Roberts), une esthétique pop swag et un duo de jeunes metteurs en scène venus de la franchise Paranormal Activity (qui rapporte toujours quelques sous auprès des teenagers). Le business plan semble infaillible, mais artistiquement que peut-on tirer de ce Nerve ?

Le film ne propose rien de plus que ce qu’il nous vend, à savoir un film interdit aux plus de 18 ans, mené tambour battant avec pleins de jeunes gens beaux et forts, bien coiffés et habillés qui passent leur temps sur leurs téléphones portables, tablettes et autres ordinateurs. Tout commence par une session internet vue en caméra subjective, réminiscence (in)consciente du passé « Paranormal » des metteurs en scène. Un bon moyen, bien dans l’air du temps, de tout connaître sur une héroïne sans avoir besoin de le demander, en mois de cinq minutes. Un bon moyen aussi de présenter les dangers des internets à un public qui n’en a certainement pas grand-chose à faire. L’histoire est simple : poussée par ses amis, une jeune fille un peu coincée va se lancer dans un jeu en ligne au cours duquel elle devra réaliser quelques défis proposés par ses « voyeurs » (les internautes) pour remporter popularité et argent.

Un pitch aux confins de 13 Beloved et du Prix du Danger d’Yves Boisset qui, il y a 33 ans, dénonçait déjà les mêmes dérives. Si Nerve est pile dans l’air du temps, son message, lui, n’a rien de neuf : la fausse célébrité, l’appât du gain et la course à l’audimat sont les dangers de la société moderne. Boisset mettait en exergue le rôle néfaste et les dérives de la télévision, Joost et Schulman font pareil avec Internet. De manière beaucoup moins frontale que Boisset, Nerve reste un divertissement qui n’est pas là pour faire la morale, choquer ses spectateurs ou leur mettre le nez dans leurs propres déjections. Il faut avouer que techniquement le film a de la gueule et tient la route tout au long d’une intrigue dont on devine chaque péripétie des heures à l’avance. Malgré cela, on suit l’ensemble tranquillement : rythme endiablé, enchaînement des défis, références constantes à la culture internet et aux réseaux sociaux, photographie flashy et musique cool. Le jeune se sent chez lui, le moins jeune se sent un peu dépassé par tout ça et tentera vainement d’accrocher à des personnages qui se résument à des clichés sur pattes. L’intello un peu coincée lit des livres et ne couche pas avec le premier venu, sa copine dévergondée si. La bonne copine geek est asiatique, porte des lunettes et ne quitte jamais son téléphone portable, le gentil nerd est un expert en informatique qui surfe sur le dark Web et est secrètement amoureux de la belle héroïne blonde. Le fond n’est guère important, même s’il tente de véhiculer un message gentiment alarmiste sur les dangers du net. Tout est dans la forme, clinquante et jeuniste.

La meilleure solution pour ne pas trop subir ce produit calibré est de se laisser porter par le rythme infernal, de ne pas trop réfléchir et d’attendre que tout cela se termine sans trop de casse. Si on est une lycéenne, on s’empressera de twitter sa kiffanse et de coller des hashtags dithyrambiques sur le film. Si on est un trentenaire, un ancêtre à l’heure numérique, on se dira qu’on est trop vieux pour ses conneries et on passera vite sur ce film qui, s’il n’est pas fait pour nous, ne s’avère au final pas si pénible que ça. Une œuvre instantanée et éphémère, vite vue vite oubliée, comme un statut twitter finalement, ou un hashtag.


Concours

Sondage