Critique de film

Morse

"Låt den rätte komma in"
affiche du film
  • Genre : Fantastique
  • Année de production : 2008
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Tomas Alfredson
  • Pays d'origine : Suède
  • Durée : 1h54
  • Scénariste : John Ajvide Lindqvist
  • Musique : Johan Söderqvist
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Kare Hedebrant, Lina Leandersson, Per Ragnar, Henrik Dahl,...
  • Récompenses : Rotten Tomatoes Critical Consensus Award au festival d'Edinbourg en 2008
    Prix du Meilleur film et de la Meilleure photographie au festival de Goteborg en 2008
    Prix de la critique au NatFilm festival en 2008
    Prix de la Meilleure image au festival de Tribeca en 2008
    Mention spéciale du jury international, Meliès d'argent et Prix de la jeunesse au NIFFF 2008

Oskar est un adolescent fragile et marginal, totalement livré à lui-même et martyrisé par les garçons de sa classe. Pour tromper son ennui, il se réfugie au fond de la cour enneigée de son immeuble, et imagine des scènes de vengeance. Quand Eli sâ

Les critiques à propos de ce film

Critique de Morse - Les enfants sauvages
Par : Chroniqueurs




Par Colqhoun

Dans le grand nord suédois, le petit Oskar, 12 ans, n’est pas un enfant très heureux. Il n’a pas d’amis et se fait fréquemment martyriser par plusieurs camarades d’école. Mais un jour de nouveaux voisins emménagent. Un vieil homme et une petite fille, Eli. Oskar sera vite intrigué par cette nouvelle venue qui se balade pieds nus et en t-shirt malgré le froid polaire. C’est en apprenant à la connaître qu’il commencera à se douter de sa véritable identité. Et si elle était un vampire ?

Sans savoir de quoi il en retourne, le sujet peut être, au premier abord, un peu inquiétant. Des gamins, une vampire, on s’imagine déjà une comédie un peu bouffonne avec des blagues à grand renfort d’ail, de crucifix et de jeux de miroirs. Rassurez-vous, rien de tout cela dans le film de Tomas Alfredson. Bien au contraire. Let the right one in, adapté d’un livre de John Ajvide Lindqvist, approche son sujet avec un sérieux à faire pâlir un albinos. Car de quoi parle ce film ? De vampires certes, mais aussi d’enfance. D’enfance solitaire, malheureuse, plein de frustrations, de craintes et de tristesse. Tant Oskar qu’Eli, dans leurs univers respectifs, sont des enfants seuls, obligés de se débrouiller d’eux-mêmes face à des situations familiales désastreuses. Si l’un est incapable d’obtenir le respect des enfants de son école, l’autre peine à calmer sa soif de sang. Et c’est là qu’est l’une des grandes forces de ce film. Un savant mélange des genres, à mi-chemin entre le drame et le film de genre qui s’assume totalement. L’histoire de ces deux enfants n’est jamais bâclée au profit de l’horreur et l’histoire avance, tel un équilibriste, en traitant ces divers aspects avec beaucoup de respect. Ici, point de nouveauté dans le mythe du vampire. Il faut l’inviter pour entrer chez soi, il craint la lumière du jour, le manque de sang l’affaiblit considérablement et lorsqu’il mord quelqu’un sans le tuer, ce dernier se transformera alors aussi en vampire (au prix d’une mutation particulièrement douloureuse). Mais cette approche nordique, tout en retenue et en sobriété, parfois parcourue d’éclairs de violence ou d’humour décalé, donne au film au ton résolument "autre". On gardera en mémoire cette image incroyable d’un personnage qui se sait atteint de vampirisme et qui décide de se suicider en se laissant toucher par les rayons du soleil.

Exemplaire sur le fond, Let the right one in l’est aussi sur la forme. Lent, quasi atmosphérique, le film de Alfredson ne se plie jamais aux dictats d’un certain cinéma de genre actuel. Il prend son temps. Scrute ses personnages, leur environnement, dans des cadrages millimétrés, totalement exempts de scories. Chaque image pourrait trouver sa place dans une exposition photo tant les compositions sont travaillées. Lumière blafarde et inquiétante, chez Alfredson, tout le monde a déjà un visage de mort. Caméra qui garde toujours une certaine distance, enferme ses personnages dans un cadre claustrophobique. Surréaliste, comme ce climax auquel on assiste depuis un point de vue unique. Let the right one in est, en ce sens, un pur produit scandinave. Glacial en apparence, mais bouillonnant comme jamais de l’intérieur. D’une sobriété tant scénaristique que visuelle, le film est pourtant d’une richesse inouïe, que ce soit dans la caractérisation de ses personnages ou dans ses images.

La réussite de cette adaptation est aussi à mettre sur le compte de ses deux interprètes principaux, Kåre Hedebrant et Lina Leandersson, respectivement Oskar et Eli. Rarement aura-t-on vu des enfants si convaincants à l’écran, capables de se mettre au diapason de l’ambiance mortifère qui plâne sur le film. Ils vampirisent totalement l’écran et nous hypnotisent jusqu’à cette image finale, reposante et pourtant si étouffante.

Let the Right One in a tout pour devenir un futur classique. Une bouffée d’air (et de sang) frais dans un monde cinématographique sclérosé, incapable de se renouveler et qui ne fait que remaker et pondre des suites ineptes au lieu de se creuser la tête 2 minutes pour trouver de nouvelles idées. Le film de Tomas Alfredson (un nom à retenir !) réussit, en usant pourtant d’éléments très simples et relativement balisés (le mythe du vampire, des gamins mal dans leur peau), à sortir des sentiers battus et à s’imposer comme l’un des films les plus importants de l’année. Espérons maintenant qu’il obtienne la reconnaissance qu’il mérite.


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