Critique de film

Moebius

"Moebius"
affiche du film
  • Genre : Drame
  • Année de production : 2013
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : Corée du Sud
  • Durée : 1h29
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Récompenses :

Le fils étant témoin de sa liaison, son père décide de se castrer pour se purifier de ses péchés sexuels et sa mère devient sa proie sexuelle avant qu'elle ne le tue accidentellement.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Moebius - Le cinéma primitif
Par : Damien Taymans


Nombreux sont ceux qui attestent que Kim Ki-Duk, l’auteur de L’île et de Printemps, été, automne, hiver… et printemps, a toujours été un cinéaste primitif qui réduit ses œuvres, dans des niveaux intra et extra-diégétiques à leur plus simple appareil. Au point de transformer ses personnages en sauvages marginaux, aux instincts bestiaux, restés à l’état de nature. Pour l’heure, Kim Ki-Duk reprend à son compte la tragédie antique, avec ce qu’elle comporte de violences physiques et psychologiques, de drames impalpables, de surréalisme, de dilemmes irrésolubles. Avec le même respect pour la bienséance…

Car si Kim Ki-Duk a eu maille à partir avec le comité de censure sud-coréen, le KMRB, en raison de scènes dévoilant une relation incestueuse entre mère et fils, il faut avouer que Moebius, riche en scènes-chocs (on dénombre pas moins de trois castrations, des viols, des rixes en prison), laisse opérer l’imagination du spectateur et ne sonde pas, de manière frontale et graphique, les plus bas instincts de l’être humain. Pourtant, l’hominidé, une fois de plus abaissé à l’état sauvage par le cinéaste, explore tout au long du récit sa propre animalité et tente, par tous les moyens, d’apaiser les pulsions qui l’habitent. Le constat est accablant chez Kim Ki-Duk : l’Homme est une insatiable créature dominée par des pulsions sexuelles qu’il ne peut réprimer totalement. Il doit donc les assouvir temporairement pour in fine se laisser de nouveau envahir par elles. Qu’il vaque à n’importe quel trou (celui originel, matriciel ou celui de substitut de l’autre femme), qu’il possède ou non un pénis, il se trouve damné. La dernière image de l’œuvre est à ce titre plus que significative : Kim Ki-Duk clôture son œuvre par une image renvoyant à la doctrine bouddhique qui assure que, incapable d’étancher sa soif sensorielle, l’homme ne peut que se perdre dans cette quête libidineuse que rien ni personne ne peut apaiser.

Condamné par la fatalité, le héros, débarrassé de toute fioriture nominative (Père Mère, Fils, point barre), ne peut se dépasser que par sa spiritualité et donc par le renoncement au plaisir charnel. Mais ce constat ne peut découler que suite à quelques expérimentations, chacune débouchant sur la punition (la première tentative onanique se solde par une castration), la frustration (l’impossibilité de trousser le jupon de l’épicière) ou l’humiliation (amputé de son organe, il devient sujet de raillerie pour ses contemporains). Autant d’expériences qui vont bouleverser sa propre existence et celle de ses proches, qui vont raviver les braises du foyer mutilé par l’adultère paternel de départ. La faute originelle chasse les personnages de ce placebo paradisiaque que constitue la cellule familiale, source de toutes les douleurs.

Cynique mais pas inique, Moebius privilégie au dénouement tragique un sauf-conduit par la prise de conscience de cette perversion sexuelle. Malgré son statut bestiaire (aucune ligne de dialogue dans le film, tout en râles et grognements), l’humain se voit offrir un chemin pour sa propre rédemption et son élévation spirituelle. Après avoir fortement tailladé la chair, Kim Ki-Duk permet aux plaies de se cautériser. Dès lors, Moebius dépasse certains de ses travaux antérieurs et se montre moins "primitif" qu’il n’y paraît...


Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage