Critique de film

Midnight Special

"Midnight Special "
affiche du film
  • Genre : Science fiction, Drame
  • Année de production : 2016
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h51
  • Budget : 18 millions de dollars
  • Musique : David Wingo
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  • Bande annonce
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  • Récompenses :

Fuyant d'abord des fanatiques religieux et des forces de police, Roy, père de famille, et son fils Alton se retrouvent bientôt les proies d'une chasse à l'homme à travers tout le pays, mobilisant même les plus hautes instances du gouvernement fédéral. En fin de compte, le père risque tout pour sauver son fils et lui permettre d'accomplir son destin. Un destin qui pourrait bien changer le monde pour toujours.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Midnight Special - L’enfant des étoiles
Par : Seb Lecocq

On a beaucoup parlé et écrit sur l’influence de Steven Spielberg sur le dernier métrage de Jeff Nichols. Une influence et un enthousiasme qu’il faut fortement tempérer. Alors si Nichols comme Spielberg, place sa science-fiction dans le quotidien d’une petite ville des États-Unis, il en profite pour aller plus loin et pour, finalement, une fois de plus parler du Sud des States, de la famille américaine et de l’obstination d’un homme. La plus grande influence de Jeff Nichols reste in fine son propre cinéma. S’il diffère quelque peu du reste de sa filmographie, Midnight Special est un film qui possède d’ailleurs indéniablement la patte de son auteur.

S’il faut vraiment lui trouver une filiation, elle est plus du côté du Shyamalan des débuts ou du Superman de Richard Donner. En effet, à la vision de l’œuvre, on se dit que le réalisateur texan serait l’homme de la situation pour enfin réaliser une aventure digne de ce nom pour le pendant super-héroïque de Clark Kent tant son film possède tous les atours d’une fiction sur l’enfance du kryptonien, auquel une référence est d’ailleurs amenée de manière tout à fait naturelle et, en apparence, anodine. Midnight Special est l’histoire d’une fuite, celle d’un père et de son petit garçon « spécial », à travers le Sud des États-Unis. Le cinéaste, outre ses lieux et décors habituels, retrouve son acteur fétiche Michael Shannon, qui, une fois encore, électrise l’écran. Le trio atypique qu’il forme avec Joel Edgerton et le jeune Jaeden Lieberher fonctionne à la perfection, loin des habituelles dégaines super-héroïques des personnages de cinéma. Nichols dépeint des personnages ordinaires placés dans des situations extraordinaires. Un enfant aux pouvoirs extraordinaires est arraché des mains d’une secte par son père poursuivi par les services secrets qui veulent s’en emparer. S’ensuit un road movie atypique dont le moteur est l’amour d’un père pour son enfant.

L’élément fantastique est, dans la première heure de métrage, traité avec légèreté. Sur les bases d’une histoire de kidnapping sur fond de fanatisme religieux, Nichols interroge le spectateur sur la différence et la responsabilité d’un homme face au pouvoir de cet enfant. Encore une fois, « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » sauf que cette fois, ce n’est pas la personne qui possède ce pouvoir à qui incombe ces responsabilités mais à son géniteur. Voilà qui repense le paradigme cher à Sam Raimi. Le dilemme qui s’ouvre ici est tout à la fois de faire le bien de son enfant tout en œuvrant pour le bien commun. En filigrane de cette histoire intimiste, l’angle s’agrandit pour installer une critique du fondamentalisme religieux et du bellicisme de l’armée américaine. Pour autant, Midnight Special n’est pas une œuvre naïve, Nichols adopte son un ton habituel, adulte, raisonné et empreint d’un certain fatalisme. La marque d’un auteur.

Quant à sa mise en scène classique, elle est toute entière tournée vers la fluidité et la clarté d’un récit par moments casse-gueule, évoluant sur le fil. Si le premier acte est typique du cinéma de son auteur, les deuxième et troisième apportent de la nouveauté en termes d’univers et de style. Nichols ouvre sa mise en scène, élargit ses plans comme pour souligner l’immensité de la tâche du trio ou les pouvoirs de l’enfant, sorte de surhomme nietzschéen encore en gestation. Un dieu parmi les hommes en quelque sorte, venu pour les sauver. C’est là que l’intrigue de la secte prend tout son sens : pour eux, le messie, pour les autres, l’Enfer. On voit poindre un humanisme, une première dans son cinéma, tandis que sa peur millénariste, thème récurrent dans sa filmo, s’imprime sur la pellicule via une tétanisante pluie de météorites qui anticipe le final. Des séquences en signe d’apaisement et de grandiloquence avec une petite touche new age pas forcément bienvenue mais qui, au final, prennent tout leur sens à la relecture du film.

On pourra remettre en question quelques points de design, souligner l’une ou l’autre longueur mais Midnight Special grave dans la roche une iconographie originale et réconcilie le public avec une science-fiction à échelle humaine, humble et digne dans une époque où l’on a tendance à oublier que ce genre est avant toute chose une affaire d’humains. Nichols, lui, poursuit sa route dans le monde du grand cinéma indépendant américain. Tranquillement, calmement.


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