Critique de film

Macbeth

"Macbeth"
affiche du film
  • Genre : Drame
  • Année de production : 2015
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : Grande-Bretagne, France, USA
  • Durée : 1h53
  • Musique : Jed Kurzel
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  • Bande annonce
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  • Récompenses :

11ème siècle : Ecosse. Macbeth, chef des armées, sort victorieux de la guerre qui fait rage dans tout le pays. Sur son chemin, trois sorcières lui prédisent qu’il deviendra roi. Comme envoûtés par la prophétie, Macbeth et son épouse montent alors un plan machiavélique pour régner sur le trône, jusqu’à en perdre la raison.

Les critiques à propos de ce film

Critique de MacBeth - « Pour tromper le monde, ressemblez au monde »
Par : Seb Lecocq

Une adaptation de MacBeth en ces lieux ? Par dieu… Et pourtant, tout familier de l’univers du William Shakespeare sait qu’on y parle beaucoup de violence, de sang, de larmes et de fureur. C’est évidemment le cas du MacBeth de Justin Kurzel, déjà auteur du très bon Les Crimes de Snowtown. Son MacBeth est sans doute possible la plus grosse claque visuelle de cette fin d’année. Un film esthétiquement impressionnant qui, loin de certaines adaptations enfarinées et poussiéreuses, rend aux écrits de Shakespeare le décor guerrier et naturel qui est le sien ainsi que la fureur barbare qui habite les mots grandioses du dramaturge.

La réussite de Justin Kurzel est d’avoir su replacer le texte au milieu d’un univers visuel époustouflant, tout aussi beau que sauvage et brutal. La guerre que se livrent les divers protagonistes est réellement monstrueuse. On s’embroche et s’occit à coups d’armes blanches, les lames transpercent les corps et coupent des membres, les poings martèlent la chair, la souffrance prend la forme de rictus qui déforment les visages, le sang se mêle à la bave, aux larmes, à la boue dans un grand chaos. Au milieu de ce chaos se trouve MacBeth dont l’esprit embrumé par le dilemme et la hantise se trouve dévoré par l’ambition et la brutalité avant de sombrer peu à peu dans la folie. Kurzel utilise la sauvagerie de la Nature pour magnifié celle des hommes. Les montagnes, la brume, le froid, la pluie, la roche, l’herbe boueuse, tout, aux confins de l’Ecosse, respire la dureté de cette Nature hostile propre à l’affrontement des hommes qui le sont tout autant.

Il y a du Valhalla Rising dans cette représentation visuelle. On y retrouve la même puissance esthétique, cette force du cadre qui imprègne durablement la rétine pour happer le spectateur et ne jamais le relâcher. Kurzel signe là un film opératique frisant par moment l’abstraction graphique au sein de laquelle viennent se nicher quelques ralentis figurant la solitude interne d’un héros. Car si les batailles sont là et servent de contexte au film, MacBeth est avant tout une histoire humaine. C’est là, une des grandes forces de Bill Shakespeare, cette faculté de mêler les tourments humains à la violence de la grande Histoire du monde et des hommes. Outre l’aspect tourmenté de l’œuvre, Kurzel n’hésite jamais à accentuer l’approche fantastique de son métrage de par sa mise en scène que ce soit dans la force des cadres d‘intérieurs qui renforcent l’aspect habité, froid, mort, hanté du château ou dans l’utilisation de la brume et des forces de la nature qui transforment les hommes en fantômes et autres spectres sur le champ de bataille. On trouve aussi les indispensables trois sorcières qui, malgré un temps de présence assez bref, sont au centre de l’histoire et frappent l’imaginaire par leur aspect tout droit sorti d’un film russe des années 80 ou d’un Bergman.

Outre l’aspect visuel en tout point parfait, MacBeth est avant tout une histoire, un texte, un des plus lourd de l’histoire du théâtre et là, Kurzel, s’il s’en tire mieux que la plupart de ses collègues, semble lui aussi écraser par le poids des mots, la puissance des tirades shakespearienne. On le sait, le texte est pratiquement impossible à adapter au cinéma. En changer une simple virgule, c’est le dénaturer, le priver d’une partie de sa force évocatrice. Ici, l’intrigue est très fidèle ainsi que le texte qui est utilisé souvent en complément de la mise en scène. Coupées et soigneusement sélectionnées, les phrases du texte original sont montées et présentées façon best-of, comme si le metteur en scène avait choisi de ne prendre que les meilleures punchlines afin de les illustrer à l’écran. Un travail d’adaptation qui, s’il n’est pas parfait, a le mérite d’exister et de ne pas trahir l’œuvre même si on ressent encore toute sa lourdeur et la déférence du metteur en scène à son égard.

Le casting, dominé par un couple Fassbender/Cotillard impérial, est aux petits oignons. Du rôle principal au simple figurant, chacun apporte sa pierre à l’édifice et est parfait dans la tâche qui est la sienne. Si personne n’a de doute quant au talent de Michael Fassbender qui paye encore une fois de sa personne, il faut saluer la performance de Marion Cotillard, parfois décriée, qui incarne le rôle de Lady MacBeth, un des plus difficiles du répertoire classique, à la perfection. Il n y a absolument rien à redire sur son jeu et son interprétation. Une preuve supplémentaire que Justin Kurzel est un très bon directeur d’acteurs.

MacBeth est une formidable adaptation, un film titanesque aussi beau que brutal. Un travail visuel d’une grande splendeur, rappelant tout à la fois, Valhalla Risng et Requiem pour un Massacre, qui rend au texte de Shakespeare la force qui est la sienne. La virtuosité de la forme rend hommage au fond, à un des plus grands textes jamais écrit, en lui offrant un éclairage encore inédit au cinéma qui magnifie la nature et y replace l’homme en son centre. « Je crains la nature : elle est trop pleine du lait de la tendresse humaine pour prendre le chemin le plus court. »


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