Critique de film

Le Tout Nouveau Testament

"Le Tout Nouveau Testament"
affiche du film
  • Genre : Comédie fantastique
  • Année de production : 2015
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : Belgique, France, Luxembourg
  • Durée : 1h53
  • Musique : An Pierlé
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  • Bande annonce
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  • Récompenses :

Dieu existe. Il habite à Bruxelles. Il est odieux avec sa femme et sa fille. On a beaucoup parlé de son fils, mais très peu de sa fille. Sa fille s’appelle Ea. Pour se venger elle balance par SMS les dates de décès de tout le monde…

Les critiques à propos de ce film

Critique de Le Tout Nouveau Testament - Le péché de Jaco van Dormael
Par : Nicolas Zinque




Aller voir un film de Jaco van Dormael, c’est acheter un ticket vers un univers merveilleux qui vous entraîne dans des réflexions inhabituelles. C’est, en quelque sorte, prendre une assurance, celle d’un émerveillement certain, devant la créativité visuelle sans fin du réalisateur de Toto le Héros. Malheureusement, même la meilleure assurance peut parfois s’avérer insuffisante et laisser un sentiment de frustration…

L’origine des dégâts ? Dieu lui-même peut-être ? Non, plus certainement, le ton hésitant de ce Tout Nouveau Testament. Le film démarre sur de l’humour burlesque, propre au cinéaste belge : Dieu (Benoît Poelvoorde) vit à Bruxelles, dans un appartement miteux et se révèle être un bel enfoiré. Sa passion n’est pas de ramener les brebis égarées dans le droit chemin, mais au contraire, de les envoyer paitre du mauvais côté ! C’est avec un plaisir non dissimulé qu’il pourrit notre quotidien, à l’aide de commandements tels que : « quand on choisit une file, les autres avanceront plus vite ! ». Son fils Jésus a raconté n’importe quoi et sa fille de 10 ans, Ea (Pili Groyne), s’apprête elle aussi à pimenter la vie de son paternel, en balançant la date de décès de tous les humains. Individu pas recommandable pour un sou, Dieu n’hésite pas à maltraiter sa femme demeurée (Yolande Moreau) et sa progéniture. Celle-ci est notamment battue à coup de ceinture… Et c’est précisément là que le film dérape : s’ouvrant sur le ton de la comédie, il se transforme alors en une sorte de drame mâtiné d’humour. La légèreté habituelle de van Dormael est complètement étouffée par le poids dramatique de l’histoire, ce qui empêche les scènes comiques de fonctionner. Le message acquiert également un côté démagogique et moralisateur assez désagréable.
D’une manière générale, toute la narration concernant Dieu semble hors sujet : les péripéties de Poelvoorde n’ont aucun intérêt, si ce n’est interrompre la routine qui s’installe immédiatement lorsque Ea part à la recherche de ses apôtres. Suivant un schéma répétitif et ennuyeux, le Messie au féminin rencontre l’un après l’autre des personnages brisés par la vie, après que leur triste situation ait été exposée et avant que les choses ne s’améliorent par l’action du Saint Esprit. C’est bien dommage que la structure du récit détourne le spectateur d’un thème très intéressant et de personnages inhabituels. Cette construction trop linéaire est très étonnante de la part du réalisateur, lui qui bâti habituellement des formes très complexes autour de son propos. Contrairement à la mécanique de ses autres films, celle du Tout Nouveau Testament tourne à vide.
Si la narration déçoit, la mise en scène, elle, est une merveille d’inventivité. Pour chacun de ses films, van Dormael étale ses trouvailles visuelles. Impossible de ne pas être sous le charme : la caméra parait si légère, capable de cabrioles et de placements inattendus ! Après être passé par le blockbuster (européen) Mr. Nobody, le réalisateur revient à des effets plus sobres, mais tout aussi puissants. Il n’est pas trop fort de dire qu’il fait partie des meilleurs de sa génération !

Malheureusement, aussi magistrale que soit la réalisation, elle ne peut contrebalancer les défauts du film, à savoir sa structure répétitive et ennuyeuse et son incapacité à trouver un ton juste. L’étrange conclusion est que l’histoire se porterait bien mieux sans l’enrobage religieux et sans ses tentatives d’humour. Le Tout Nouveau Testament, un drame qui ne s’assume pas ?


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