Critique de film

Proie (La)

"La Proie"
affiche du film
  • Genre : Thriller, Action, polar
  • Année de production : 2011
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Eric Valette
  • Pays d'origine : France
  • Durée : 1h42
  • Budget : 9,7 millions d'euros
  • Scénariste : Laurent Turner & Luc Bossi
  • Musique : Noko
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  • Bande annonce
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  • Casting : Albert Dupontel, Alice Taglioni, Stéphane Debac, Natacha Régnier, Sergi Lopez, Olivier Schneider, Caterina Murino, Zinedine Soualem, Serge Hazanavicius
  • Récompenses :

La Proie suit un braqueur qui s’évade de prison pour traquer son ancien codétenu, un tueur en série qui a entrepris de lui coller ses crimes sur le dos. Une policière de la Brigade des Fugitifs se lance à la poursuite du braqueur, devenu bien malgré lui l’ennemi public numéro 1. Quand chacun des protagonistes aura été au bout de lui-même, qui sera le chasseur, et qui sera la proie ?

Les critiques à propos de ce film

Critique de La proie - Traqués
Par : Alan Deprez (Vivadavidlynch)

Il est de ces réalisateurs qui condensent en un peu plus de vingt ans de carrière ce que d’autres connaîtront à peine sur une vie. Eric Valette fait définitivement partie des premiers ; démarrant son parcours dans le milieu de la pub et à la télévision (Les guignols de l’info), il se frotta avec succès au format court (Samedi, dimanche et aussi lundi, 1999, Il est difficile de tuer quelqu’un, même un lundi, 2000 et Dégustation, 2002), engendra un chef d’œuvre du film de genre horrifique, alors sans précédent dans l’Hexagone (Maléfique, 2002), céda aux sirènes hollywoodiennes, expériences douloureuses avec des résultats en demi-teinte (le remake One Missed Call & Hybrid), pour finalement revenir en France développer des projets de polar « hard boiled » et/ou politisés (Une affaire d’état, La proie). Un cheminement qu’Eric nous confie dans une interview carrière exclusive, avec son accent chantant du Sud. (vidéo).

La proie (2011) nous relate la destinée de Franck Adrien (campé par un Albert Dupontel monolithique), braqueur incarcéré après un dernier gros coup. Il rencontre en cellule ce fieffé manipulateur de Jean-Louis Maurel (l’excellent Stéphane Debac, LA révélation du film ; pour l’interview, c’est par ici), avec qui il se lie d’amitié, et lui confie certaines choses… Mal lui en prit… Maurel, libéré sur ordre du juge, s’empare du butin d’Adrien, assassine sa femme (la « muy caliente » Caterina Murino) et kidnappe sa gamine (pour assouvir l’instinct maternel contrarié de la crispante Natacha Régnier). Il ne tarde pas non plus à démontrer un penchant incontrôlable pour les jeunes filles, qu’il aime tendres et pures… Adrien s’échappe de taule avec fracas pour traquer ce prédateur sexuel de la pire espèce, avec une belle étiquette d’ennemi public numéro un placardée sur la gueule et la grande cavalerie de la police française aux trousses… d’autant que Maurel s’est arrangé pour qu’on lui incombe un bon nombre de ses meurtres… Toute ressemblance avec le cas Fourniret - Hellegouarch (NB : membre du Gang des postiches - dont le tueur en série aurait massacré la femme pour s’emparer du pactole et acheter le manoir du Sautou, dans les Ardennes, où il enterra d’autres victimes) ne serait pas fortuite…

Voici le point de départ d’une œuvre ambitieuse, loin des poncifs des polars/séries policières frenchies (immobilisme, découpage plan-plan, rythme « pantouflard », …), et où Eric Valette fait preuve d’une maîtrise formelle sidérante et d’un « souffle » rare, emballant des poursuites à l’américaine, amples mouvements de caméra à l’appui. Celle-ci imprime au film un rythme haletant, privilégiant les plans aériens à la grue, contrebalancés par une caméra épaule « brut de décoffrage » et un montage nerveux. Une maestria technique qui se voit malheureusement tourner à vide, la faute à un scénario cumulant les invraisemblances et incohérences en tout genre. Côté interprétation, si Albert Dupontel (Bernie, Irréversible, Le convoyeur), minéral/musculeux (il a d’ailleurs effectué en personne la majorité des cascades) et Stéphane Debac (la mini-série L’affaire Villemin, Djinns) se tiennent la dragée haute, on ne peut pas en dire autant du reste du casting… La belle Alice Taglioni (La bande du drugstore, Brocéliande) se montre peu nuancée dans son rôle de fliquette « qui en a », Sergi López (Harry un ami qui vous veut du bien, Le labyrinthe de Pan) vient payer ses impôts, Natacha Régnier (La vie rêvée des anges, Les amants criminels) se montre peu convaincante, Caterina Murino (Les bronzés 3 : amis pour la vie, Casino Royale) apporte sa caution glamour, tandis que Zinedine Soualem (Le clone, Ah ! Si j’étais riche) flirte avec le ridicule, dans un rôle « archétypesque ». Un vrai gâchis. L’exemple parfait de l’œuvre où le fond ne soutient pas la forme.

Extrêmement plaisant, un divertissement haut de gamme, sous ses atours de thriller nerveux, entre Friedkin, Corneau et le Olivier Marchal des grands jours. Dommage que La proie pêche par un scénario faiblard, vers un final à côté de la plaque (le personnage du père meurtri en quête de vengeance & son intervention très « deus ex machina ») et un ultime pied de nez hors propos (très « Jason Bourne » dans l’esprit). Des défauts flagrants qui empêchent le film de s’ériger comme une date du polar français qu’il aurait dû être. Reste la découverte du « caméléon » Stéphane Debac, promis à un brillant avenir, et le sentiment d’avoir visionné une œuvre à l’exigence technique si rare dans la production française. La prochaine fois, Eric Valette ferait bien de mieux choisir ses scénaristes, comme pour le brillant Une affaire d’état (les fidèles Alexandre Charlot et Franck Magnier, déjà à l’œuvre sur Maléfique).