Critique de film

L'Incroyable Hulk

"The Incredible Hulk"
affiche du film
  • Genre : Fantastique - Super-héros
  • Année de production : 2008
  • Sortie belge : 2008-06-25
  • Réalisateur : Louis Leterrier
  • Pays d'origine : USA
  • Budget : 125 millions de dollars
  • Scénariste : Zak Penn, Edward Norton (scénario) / Stan Lee, Jack Kirby (comic)
  • Musique : Craig Armstrong
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Edward Norton, Liv Tyler, Tim Roth, William Hurt, Robert Downey Jr., Tim Blake Nelson, Ty Burrell, Peter Mensah, Christina Cabot
  • Récompenses : Aucune

Le scientifique Bruce Banner vit dans l'ombre, toujours amoureux de la belle Betty Ross, et parcourt la planète à la recherche d'un antidote pour guérir le mal dont il est atteint. Les politiciens qui rêvent d'utiliser ses pouvoirs ne le laissent pas tranquille. De retour à la civilisation, notre brillant docteur est poursuivi par l'Abomination, un monstre démoniaque faite d'adrénaline et d'agressivité et dont les pouvoirs concordent avec ceux de Hulk. Une lutte digne des plus grands comics éclate lorsque Banner doit faire appel à Hulk pour sauver New York de la destruction totale.

Les critiques à propos de ce film

Critique de L’incroyable Hulk - Immature man
Par : Chroniqueurs


Par Swan

Afin de mieux situer l’histoire pour les deux lecteurs qui ne la connaîtraient pas, laissez-moi citer l’honorable Jean-Pierre Putters qui à la page 148 du deuxième tome de ses « Craignos Monsters » résumait ainsi la situation : « En soumettant son ADN à l’effet de rayons gamma tous tissus, un jeune chercheur s’aperçoit avec horreur que, lorsqu’il est très ému, son bermuda se transforme soudain en véritable chapiteau barnum. Comme quoi, Dieu existe quelque part… Il se change en même temps en un curieux monstre vert d’une impressionnante musculature, assez moche mais vraiment très très fort… »

S’il est bien un personnage casse-gueule par excellence dans l’univers des superhéros, c’est notre ami Bruce Banner et son alter-ego vert des 5 mètres, The Hulk ! En effet, comment rendre crédible à l’écran un géant musclé fou de rage, vert de surcroît ? Ce qui marchait de manière fabuleuse dans les cases des comics de la Marvel s’est toujours avéré problématique lors des transpositions à l’écran. Que l’on se remémore la série kitschissime des années 80 avec son Lou Ferrigno au physique de catcheur affublé d’une coiffure ridicule, ou encore du film extrêmement ennuyeux d’Ang Lee avec son géant vert numérique hideux, il faut bien admettre que l’Incroyable Hulk n’a pas été gâté par ses diverses incarnations filmiques.

Il est donc aisé de comprendre pourquoi la Marvel a confié ce nouveau projet à Louis Leterrier, un « yes-man » français spécialisé dans « l’action-porn », coupable des deux premiers épisodes du Transporteur et du nettement plus intéressant Danny the Dog. Un peu comme s’ils avaient décidé qu’ils n’avaient pas besoin d’un auteur sur la franchise après la déception occasionnée par Ang Lee… Une déception qui, pour le meilleur et pour le pire, a orienté ce nouvel épisode dans une direction « actioner bourrin décérébré » qui manquait cruellement au film de Lee.

Malheureusement c’est bien là que le bât blesse dans ce nouvel Incroyable Hulk : le revers de la médaille c’est que le film de Leterrier pâtit d’un sidérant manque d’identité et d’ambition. Nous nous retrouvons avec un film certes beaucoup plus virtuose, plus amusant et bien mieux rythmé que le précédent mais aussitôt vu, aussitôt oublié. La faute en grande partie à un scénario d’une banalité affligeante (pas mauvais mais juste peu inspiré et déjà vu cent fois auparavant) qui ressemble à s’y méprendre à celui de n’importe quel épisode de la série télévisée : Bruce Banner en fuite continue les recherches qui lui permettront de chasser le géant vert de son corps jusqu’à ce que le Général Ross, son ennemi juré (et par ailleurs le père de sa meuf) ne le retrouve, bien décidé à en faire son cobaye pour créer une armée de géants verts pour servir la patrie.

Dès les premières images on nous fait bien comprendre qu’il faut oublier le film d’Ang Lee (pas difficile ceci dit) et que la franchise repart à zéro : nouveaux acteurs, un Hulk différent et beaucoup plus élégant, plus d’action, moins de blabla. Exit donc Eric Bana et son conflit paternel lourdaud. Ce nouveau film démarre de fort belle manière. La traque de Banner (Edward Norton) par Ross (William Hurt) est traitée sur le mode du film de poursuite à la Jason Bourne. Le suspense est présent, l’action est trépidante et, ô bonheur, Leterrier se fait beaucoup moins voyant et plus sobre que sur les Transporteur. On en vient presque à espérer le meilleur.

Malheureusement les choses commencent à se gâter dès la première apparition du monstre vert, anti-spectaculaire au possible puisque la star du film est filmée dans l’ombre ou dans la fumée. Comme entrée en matière pour un personnage aussi iconique, pour le coup c’est vraiment loupé. Nous faisons ensuite la connaissance de deux nouveaux personnages : Betty Ross (Liv Tyler), l’ex-petite amie de Banner, aujourd’hui acoquinée avec un psychologue (une sous-intrigue à priori intéressante qui ne sera jamais exploitée), la belle qui va à nouveau se retrouver confrontée à « sa » bête et calmer ses ardeurs. C’est là l’un des aspects les plus réussis du métrage : la rencontre entre Banner et Betty et les moments intimes très tendres qu’ils partageront entre deux courses-poursuites sont le point fort et l’ancrage émotionnel du film. Une jolie scène entre la belle et Hulk rappelle fortement celles entre Naomi Watts et son gros Kong au bord de la falaise dans le film de Peter Jackson. N’en déplaise à certaines critiques publiées sur le net, la très « va-va-voum » Liv Tyler se révèle émouvante et excellente actrice dans cet emploi peu gratifiant de « la petite copine du héros ».

Entre ensuite en scène Emil Blonsky, nouveau nemesis de Banner, incarné par le toujours très intense Tim Roth, un militaire teigneux, homme de terrain ambitieux atteint de la folie des grandeurs, envieux de la puissance quasi-divine de Hulk et prêt à soumettre son corps aux pires supplices afin de se transformer en… l’Abomination ! Tim Roth fait une fois de plus merveille dans ce rôle malheureusement sous-écrit auquel il amène une réjouissante touche de cruauté (pas de pitié pour les jolis petits chienchiens !) et son charisme animal inimitable.

Edward Norton lui aussi est un grand acteur (Fight Club, American History X, Keeping the Faith…) et l’on espérait retrouver dans cet Incroyable Hulk une prestation digne de celle de Robert Downey, Jr. dans Iron Man. Malheureusement pour lui, le rôle de Bruce Banner se révèle beaucoup plus ingrat et ne lui permet pas particulièrement de faire preuve de son talent. Charismatique, il l’est sans aucun doute mais il est également desservi par des dialogues d’une grande platitude et par un rôle qui lui demande principalement de courir ou d’essayer de ne « pas s’énerver », sans jamais arriver à rendre justice à un personnage torturé dans sa chair, un Dr. Jekyll qui lutte pour contenir son Mr. Hyde. Une dimension mythologique qui manque cruellement à l’approche du personnage ! Seules ses scènes intimistes avec Liv Tyler nous permettent réellement de nous attacher à lui. Les quelques scènes où Banner tente de réprimer ses pulsions colériques sous la tutelle d’un maître des arts martiaux ne convainquent pas, rappelant trop clairement l’apprentissage de Neo par Morpheus dans le premier Matrix.

Certains seconds rôles ne sont pas mieux servis : William Hurt en mode « je cachetonne » se fait voler la vedette par sa propre moustache, un effet capillaire tellement risible qu’elle mériterait presque son propre spin-off. Tim Blake Nelson, quant à lui, est le gentil scientifique de service qui va aider Bruce dans sa quête. C’est une excellente initiative que d’engager des comédiens de talent dans un film de super-héros. Encore faut-il leur donner quelque chose d’intéressant à faire ou à dire !...

Ce que l’on reprochera donc principalement au film de Leterrier c’est ce manque d’ambition qui laisse pantois : jamais le côté divin, le statut de demi-Dieu de Hulk et de l’Abomination ne sont abordés en substance. Le thème est à peine effleuré et le souffle épique que nécessite un tel affrontement est totalement absent du métrage, Leterrier préférant montrer Hulk faire mumuse avec des jolies voitures qu’il utilise comme gants de boxe ! Amusant certes, mais peu mémorable ! Tout ici est donc calculé pour plaire à un public plus jeune, en réaction à la mauvaise réputation du film de Lee. On se retrouve donc avec ce combat final ampoulé, pas épique pour un sou, se résumant à deux gros mastars qui se foutent sur la tronche dans la joie et l’allégresse, sans que les évènements n’aient une quelconque incidence sur les badauds qui assistent au spectacle.

L’Abomination… Un monstre qui aurait dû être d’anthologie et qui s’avère être la plus grosse déception du film ! Premièrement il serait bon de décerner un « Régis d’or » au génie qui a eu la bonne idée de faire parler le monstre. Une voix ridicule aux dialogues très inspirés du genre « Beeeuuaraaaagh, je vais te tuer ! »… Des dialogues que n’auraient pas renié Gargamel en personne. L’Abomination qui devait être le clou du spectacle devient donc ici une espèce de Skeletor géant aux muscles atrophiés et qui porte bien son nom. Le combat, bien que bénéficiant d’effets digitaux performants, ressemble à s’y méprendre à une empoignade très Z dans l’esprit, sortie tout droit des Maîtres de l’Univers avec deux figurines sorties des usines de Mattel. On ne peut s’empêcher en regardant la scène de constater que ce cinéma hollywoodien fait réellement preuve d’une immaturité gênante… Au moins dans King Kong Contre Godzilla, voire dans Boa Contre Python (!), le combat des titans faisait preuve d’un second degré salvateur. Difficile ici de suspendre son incrédulité quand les enjeux dramatiques en sont réduits à si peu de choses !

Si le film ne manque pas de petites touches d’humour assez réussies, Leterrier prend un sujet qui prête à rire trop au sérieux, animé de bonnes intentions mais n’arrivant jamais à trouver le ton juste. Son film n’est pourtant pas un gros navet irregardable, juste un film très peu inspiré et mal écrit, parfois élégant (le nouveau Hulk est assez superbe, il faut l’admettre), bourré de bonnes intentions, plaisant, mais ne faisant que survoler des thèmes importants. On en vient donc à regretter que Ang Lee ait raté son film il y a 5 ans car cet échec nous aura privé d’une suite animée par l’ambition d’un vrai réalisateur et débarrassée de cet infantilisme et de ce côté « grand public » gênants.

Difficile donc pour ceux qui espéraient un film de super-héros un peu plus mûr que la moyenne de trouver son compte dans ce gros film d’action, certes très bien foutu (on a vraiment l’impression d’être dans un comics) et très bien rythmé, parfois émouvant (comme lors du clin d’œil à Bill Bixby et lors du « passage de pouvoir » entre Lou Ferrigno et Edward Norton, une très jolie scène !) mais manquant cruellement d’âme. Que ce soit une leçon pour la Marvel : Louis Leterrier est un technicien très efficace mais un conteur très maladroit, l’exact inverse de ce que Jon Favreau avait réussi sur son Iron Man bien plus réjouissant. Le fait que Robert Downey, Jr. apparaisse en Tony Stark dans la dernière scène du film de Leterrier permet malheureusement au film de se tirer une épingle de plus dans le pied en établissant ce constat gênant : en une petite minute de présence à l’écran et une seule réplique, Tony Stark / Iron Man est un personnage bien plus mémorable que ce pauvre Bruce Banner…

Le semi-échec de cet Incroyable Hulk confirme que l’adaptation de ce personnage culte au cinéma est peut-être bien une fausse bonne idée… Hulk aurait sans doute besoin d’un véritable metteur en scène aux commandes de ses aventures, quelqu’un de la trempe d’un Sam Raimi, d’un Guillermo Del Toro ou d’un Tim Burton. On conseillera donc à Louis Leterrier et au scénariste Zak Penn de se mettre au vert pour le prochain épisode inévitable, sous peine de voir les spectateurs un peu exigeants exploser leurs caleçons et hurler de rage…


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