Critique de film

Hobo with a shotgun

"Hobo with a shotgun"
affiche du film
  • Genre : Thriller - Vigilante
  • Année de production : 2011
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Jason Eisener
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h26
  • Budget : 3 millions de dollars
  • Scénariste : Jason Eisener
  • Musique : Adam Burke, Darius Holbert, Russ Howard III
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Rutger Hauer, Gregory Smith, Robb Wells, Brian Downey, Nick Bateman, Jeremy Akerman, Mark A. Owen, Michael Ray Fox, Scott Vrooman, Molly Dunsworth, David Brunt
  • Récompenses : Aucune

Un sans-abri justicier dézingue des policiers corrompus, des pédophiles et autres malfrats.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Hobo with a shotgun - Street trash
Par : Damien Taymans


A l’origine un concours de faux trailers lancé en 2007 par Robert Rodiguez et le festival SXSW en collaboration avec le site Ain’t it cool dont Jason Eisener ressort gagnant avec une fausse bande-annonce mettant en scène un clochard qui dégomme l’une après l’autre les charognes d’une ville tombée aux mains du vice. A l’arrivée, trois ans plus tard, un long métrage entièrement financé par une boîte canadienne et une icône du cinéma d’exploitation en vedette (Rutger Hauer). Entre les deux extrêmes, le scénario s’est étoffé mais le concept originel perdure. Un sans-abri (le "hobo" du titre) aspire à une vie meilleure Une tondeuse à gazon étalée dans une vitrine lui fait de l’œil ; elle symbolise pour lui le bonheur terrestre, celui de couper à ras sa pelouse richement entretenue, occupation révélatrice d’une existence paradisiaque. Mais le hobo doit postposer d’un poil son projet d’acquérir ce doux engin et choisit pour l’heure le fusil achalandé juste au-dessus. Dans sa Sin city où règnent la drogue, la prostitution et le crime, où les innocents sont sacrifiés au bon plaisir des maîtres autoproclamés de la ville, est venu le temps de remettre un peu d’ordre et son arme pourrait bien lui être utile dans sa quête nirvanesque...

Phénomène de mode, la tendance grindhouse ne cesse de faire des émules. Non contents de voir des nuées de navets envahir la production actuelle qui s’enlise souvent dans une lancinante répétition (remake, reboot, préquelle, séquelle, spin-off), certains zigotos se lancent le pari de mettre en scène de mauvais films mais consciemment et de séduire en déconstruisant. Triste époque. En la matière, certains (Joseph Guzman) s’en sortent mieux que d’autres (Larry Bishop). Jason Eisener n’est pas de la trempe des parvenus (Eli Roth souhaite donner vie à son Thanksgiving, WTF ?) et il a largement prouvé sa maîtrise à reproduire une atmosphère sanguinolente et déjantée avec son court-métrage Treevenge. Avec Hobo with a shotgun, le Canadien dépeint le monde de l’envers avec autant de noirceur que Frank Miller. Dans cette cité corrompue jusqu’à l’os, le charismatique Drake et ses rejetons règnent en maîtres ; ils font quotidiennement exploser le score de la criminalité, se livrent à des "exemples" en pleine rue (la première séquence trash montre un homme dont la tête est enferrée dans une plaque d’égout et ensuite arrachée), transforment les clochards et les putes en vulgaires jouets et bénéficient du soutien total des forces de l’ordre, soumises à la volonté des tyrans. Dans ce chaos infernal, les innocents se réfugient dans la soumission par simple réflexe de survie.

Eisener compile les séquences gore et n’hésite nullement, pour servir son propos, à sacrifier le bon goût sur l’autel de la perversion. Le cinéaste tire intelligemment profit du minimalisme qu’il s’impose (quelques sacs poubelles éventrés et des amas de pneus en pleine banlieue résidentielle suffisent à suggérer le désarroi de la cité) et pare son œuvre d’une mise en scène baroque, volontairement excessive (la caméra bloquée sur les gros plans qui accentuent l’amateurisme forcé des comédiens et focalisent l’attention sur des détails superflus). Interpellé à quelques reprises, le spectateur devient témoin mais aussi complice de ce qu’il contemple, à la manière de la société léthargique décrite par le réalisateur.

Extrême et sans concessions, Hobo with a shotgun constitue le pendant épicé d’un Machete apathique et verbeux à l’excès, en ce sens qu’il échafaude un divertissement fun, à défaut d’être palpitant, et généreux, à défaut d’être incisif, qui ne dépareillerait pas aux côtés de fleurons de l’exploitation tels que Street trash ou les improbables suites de Death wish.


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