Critique de film

Green Room

"Green Room"
affiche du film
  • Genre : Thriller, Epouvante-horreur
  • Année de production : 2015
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h34
  • Musique : Brooke Blair, Will Blair
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Récompenses :

Au terme d’une tournée désastreuse, le groupe de punk rock The Ain’t Rights accepte au pied levé de donner un dernier concert au fin fond de l’Oregon… pour finalement se retrouver à la merci d’un gang de skinheads particulièrement violents. Alors qu’ils retournent backstage après leur set, les membres du groupe tombent sur un cadavre encore chaud et deviennent alors la cible du patron du club et de ses sbires, plus que jamais déterminés à éliminer tout témoin gênant…

Les critiques à propos de ce film

Critique de Green Room - Punk’s not dead yet
Par : Seb Lecocq

Encore inconnu il y a quelque mois, Jeremy Saulnier fait aujourd’hui partie, au même titre que Jim Mickle, Jeff Nichols ou David Robert Mitchell, des cinéastes américains issus du cinéma indépendant sur lesquels les fans « de genre » misent énormément. Après avoir frappé un grand coup avec un Blue Ruin aussi simple qu’ambitieux, le cinéaste assure son retour avec un autre « petit » film, Green Room qui repose également sur un pitch simple mais ouvert à tous les possibles : un groupe de punk rock se trouve au mauvais endroit au mauvais moment et se voit par une bande de skinheads néo-nazis. Simple, direct, efficace. Un pitch carpenterien en somme.

Green Room avait la lourde tâche de clôturer la cinquième édition du PIFFF et c’est peu dire que la mission est plus que réussie. L’œuvre de Saulnier est le genre de petit film que rêve de réaliser Eli Roth depuis toujours. Un petit huis clos qui commence tranquillement, dans la légèreté, une sorte de comédie se muant progressivement en descente aux enfers qui prend aux tripes et fout la pression jusqu’au dernier plan.

Jeremy Saulnier a l’art de créer des atmosphères avec quelques petits éléments : une voiture et un sdf dans Blue Ruin, une bande de punks sur la route dans Green Room. De ce postulat, il compose un récit admirable, grâce à une écriture fine et novatrice qui renouvelle des schémas d’un absolu classicisme sans tomber dans l’hommage et le plagiat gratuit. Saulnier, avant d’être un excellent metteur en scène, est un scénariste très compétent capable de créer une galerie de personnages crédibles et cinématographiques en quelques plans, quelques lignes de dialogues, quelques regards. La force de ce scénario repose sur la véracité de ses personnages. Ayant fréquenté le milieu punk hardcore dans sa jeunesse, notamment en participant à de nombreux concerts comme ceux montrés dans le film, il possède une solide culture et une connaissance aiguë du milieu qu’il dépeint. Ses personnages sont donc bien loin des clichés habituels du punk à chien d’un côté et du skin nazillon bas-du-front de l’autre. D’ailleurs, choisir Patrick Stewart dans un rôle de grand méchant relève du génie. La confrontation entre les deux clans va apporter beaucoup de nuances à des personnages qui vont s’avérer beaucoup plus riches et contrastés que ce que l’on pourrait croire.

Green Room est un thriller par moment vraiment étouffant et d’une tension à couper à la tronçonneuse tout autant qu’un film d’horreur, à la différence près qu’ici, les boogeymen sont bel et bien humains, ce qui accroît considérablement le sentiment d’effroi. D’un concert foireux, la situation, suite à quelques détails insignifiants comme l’oubli d’un téléphone portable, va vite dégénérer en meurtres et en séquestrations. Dans une petite pièce de quelques mètres carrés va se jouer la grande comédie de la vie et de la mort pour un groupe de jeunes personnes animées par la simple passion de la musique. Saulnier profite de cette situation pour conférer à sa mise en scène une vraie sensation d’enfermement. On sent que tout peut dégénérer à tout moment, que le massacre sera inéluctable. Il y a quelque chose du Assaut de John Carpenter dans ce Green Room ainsi que du Massacre à la tronçonneuse. Remplacez les rednecks cannibales par des crânes rasés un peu trop à droite et vous ne serez pas loin du compte. Évidemment, Green Room est plus que ça. Ce qui n’aurait pu être qu’un survival bas de gamme devient, grâce à la force de la mise en scène, un vrai drame humain bestial et tendu comme une corde de guitare.

La violence, sèche, brutale, inattendue claque sans crier gare. Résolument violent et graphique, Green Room ne sombre pas pour autant dans le torture porn et le gore outrancier. La violence est ici doublement nécessaire. Elle est l’un des moteurs narratifs du film et est utilisée en dernier recours par les deux camps, lorsque toute diplomatie se voit vouée à l’échec, poings et armes sortent alors comme pour illustrer un constat d’échec total et inéluctable. En cela, Green Room poursuit la route entamée avec Blue Ruin qui étudie les causes et conséquences de l’irruption de la violence dans la vie de personnes tout à fait lambdas et absolument préparées à ça.

Green Room fait mal aux spectateurs autant qu’aux personnages. Sans en faire trop, toujours sobrement et efficacement, Saulnier livre là un film en forme de direct au bide et à la face. On en sort avec le goût du sang en bouche et les muscles crispés d’avoir trop trituré les sièges de sa salle de cinéma. Jeremy Saulnier est bel est bien un réalisateur passionnant avec une approche novatrice et une vision propre du genre qui a l’avenir devant lui


Concours

Sondage