Critique de film

Freaks, la monstrueuse parade

"Freaks"
affiche du film
  • Genre : Horreur, Drame
  • Année de production : 1932
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Tod Browning
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h04
  • Budget : 310 000 dollars
  • Scénariste : Clarence Aaron 'Tod' Robbins (histoire)
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  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Wallace Ford, Leila Hyams, Olga Baclanova, Roscoe Ates, Henry Victor, Harry Earles, Daisy Earles
  • Récompenses : Aucune

Dans les coulisses d'une troupe de cirque, le nain Hans délaisse sa fiancée Frieda pour la belle et grande écuyère, Cléopâtre. Celle-ci, apprenant que le nain a fait un important héritage, décide de l'épouser pour mieux le délester de son magot et l'empoisonner...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Freaks - Les rois du cirque
Par : Damien Taymans


Lorsque la jeune et superbe Cléopâtre effectue son premier tour de piste, l’on se méfie au sein des pensionnaires du cirque. D’autant que celle-ci semble séduire à l’excès le nain Hans qui se trouve subjugué par tant de beauté normalisée. Cléopâtre et son amant Hercule nourrissent un dessein secret : attirer Hans dans leur filet pour lui soutirer un maximum d’argent…

Après les succès phénoménaux du Dracula de Tod Browning et du Frankenstein de James Whale, la MGM se sent des envies d’exploiter elle aussi le filon horrifique et, pour ce faire, engage Tod Browning et ressort du placard le projet Spurs de Tod Robbins qui avorta suite au décès prématuré de Lon Chaney, « l’homme aux mille visages ». Browning reçoit pour mot d’ordre de reprendre le projet et d’en faire le film d’horreur le plus effrayant de tous les temps. Mission réussie haut la main pour le cinéaste qui crée la controverse avec son métrage, jugé trop « étrange » par de nombreux directeurs de salles américains et anglais (il sera boudé pendant plus de trente ans en Grande-Bretagne).

Reposant sur une histoire simpliste édifiée par ses quatre scénaristes, Freaks multiplie les séquences dérangeantes en plongeant le spectateur au milieu d’un cauchemar pourtant bien réel, celui vécu par ces freaks au quotidien. Fort de son expérience d’une quinzaine d’années dans le milieu du cirque, Browning se plaît à dépeindre chacune de ses créatures dans des situations parfois communes (l’homme-tronc se roule une cigarette et l’allume en s’aidant uniquement de sa bouche) parfois burlesques (les siamoises et leurs deux fiancés), adaptant fréquemment son ton afin de ne pas transformer l’œuvre en une peinture morbide et macabre à visée sensationnaliste. Car, outre les expositions horrifiques que propose le cinéaste, Freaks se revendique comme un tableau réaliste de ces pensionnaires de foires que nous voyons évoluer dans le cadre qui est le leur. Un postulat renversé qui échange les points de vue pour situer d’emblée Cléopâtre et Hercule comme des gens anormaux, étrangers à l’univers qu’ils tentent d’intégrer pour finalement les stigmatiser comme des monstres, plus effrayants que les freaks eux-mêmes eu égard des malversations incessantes qu’ils mènent à l’encontre du pauvre Hans.

Hans interprété par le nain Harry Earles que Browning connaît bien pour l’avoir enrôlé dans The Unholy Three sept ans plus tôt aux côtés de Lon Chaney. A ses côtés, une foule de freaks triés sur le volet via des milliers de candidatures parmi lesquelles seul ceux qui présentaient les difformités les plus étonnantes sont retenus. Hormis sa sœur, Daisy Earles, également atteinte de nanisme, le casting comprend des individus époustouflants de singularité exploités autant pour leurs particularités physiques que pour leurs capacités d’adaptabilité hors du commun : une femme à barbe, un homme-tronc, un hermaphrodite, des siamoises (Daisy et Violet Hilton, deux stars du music-hall, qui n’ont aucun lien de parenté avec le freaks répugnant prénommé Paris), une pléiade d’enfants monstrueux, une femme sans bras qui fait tout avec les pieds et un squelette humain. Tout ce bestiaire énigmatique qui se voit réunit lors de deux coups d’éclat cinématographiques majestueux : la scène du banquet où sera serinée la fameuse chanson « Nous l’acceptons… l’une des nôtres », marquant l’acceptation d’une étrangère au sein de leur communauté, symbole de l’inversement des rôles voulu par Browning, et celle de l’attaque du chariot de Cléopâtre qui plonge au summum de l’effroi en déplaçant son cadre habituel (l’univers familier du cirque) pour lui préférer une route de rase campagne engluée par la gadoue sous un orage pétaradant et en esquissant les contours de chaque freak dans les ténèbres de la nuit pour les transformer en ombres inquiétantes.

Conjonction du drame le plus profond et émouvant et du film d’horreur le plus terrifiant, Freaks est une bizarrerie filmique qui conserve cette aura d’"étrangeté cinématographique" depuis sa sortie ratée en salles. Essentiel, le métrage est bien plus qu’un simple film devenu culte en raison d’une réputation peu élogieuse, c’est un chef-d’oeuvre du septième art qui conforte, à l’instar de Dracula ou de The unknown, l’étiquette de génie apposée à son géniteur.

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