Critique de film

Frankenstein rencontre le loup-garou

"Frankenstein Meets the Wolf Man"
affiche du film
  • Genre : Horreur, Science-fiction
  • Année de production : 1943
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Roy William Neill
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h14
  • Scénariste : Curt Siodmak
  • Musique : Hans J. Salter
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Bela Lugosi, Lon Chaney Jr., Ilona Massey, Patric Knowles, Maria Ouspenskaya, Dwight Frye
  • Récompenses : Aucune

Le Loup-garou est réveillé par des pilleurs de tombe. Souhaitant se donner la mort, il recherche le Dr Frankenstein...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Frankenstein rencontre le loup-garou - Des poils et des boulons
Par : Damien Taymans




Larry Talbot n’en peut plus. Chaque pleine lune est annonciatrice pour lui d’une métamorphose en loup-garou qui le contraint à tuer sous peine de conserver cette forme ad vitam eternam. Pire : le pauvre hère ne peut pas mourir et doit endosser cette malédiction jusqu’à la fin des temps. Seule panacée à ses maux : le docteur Frankenstein qui pourrait mettre fin à ses jours…

Les années 30 constituent une ère bénie du cinéma horrifique. Une décennie entière consacrée à l’accession au panthéon d’une pléiade de monstres exhumés par le studio Universal qui leur attribue une large place dans les salles obscures en s’appuyant sur des acteurs devenus de véritables icones du genre. Frankenstein, la momie, le loup-garou, Dracula, l’homme invisible, autant de figures mythiques découlant d’œuvres littéraires ou des légendes d’un patrimoine universel. Mais la seconde guerre mondiale vient bouleverser des plans bien huilés et les restrictions budgétaires accompagnées d’une réduction du personnel technique entraînent la major à reconsidérer ses productions. Ainsi se succèdent toute une série d’oeuvrettes recyclant allègrement chacune de ces créatures en les plaçant dans des situations sinon rocambolesques au moins inconfortables. Avant que chacun n’ait droit à sa rencontre avec les deux nigauds Abbott et Costello, vient le temps des resucées souvent inanimées de ce bestiaire merveilleux. Principale victime de cette succession mercantile, la créature de Frankenstein devra quitter sa fiancée pour rencontrer le fils de son créateur (Le fils de Frankenstein) avant que son fantôme ne soit ressuscité dans l’épisode de Kenton (Le Fantôme de Frankenstein). L’impensable se produit lorsque George Waggner, créateur du Loup-garou deux ans auparavant, songe à une improbable rencontre entre le poilu de service et son alter-ego cicatrisé.

Basé sur un script signé Curt Siodmak, scénariste de multiples bisseries comme The Ape, Le fils de Dracula et Bride of the Gorilla, le métrage propose donc une rencontre peu fortuite entre Larry Talbot, frappé d’une double malédiction (sa métamorphose lycanthropique accompagnée d’une impossibilité à décéder), et la créature qui, malgré les nombreux sévices encourus au fil des épisodes, persévère à terroriser les villageois. Séquelle directe (ou presque) du métrage de Waggner, Frankenstein rencontre le loup-garou n’hésite pas à mépriser certains détails pour légitimer la présence des deux monstres sacrés dans un même plan. Ainsi s’enchaînent des tas de coïncidences et démarches étranges afin de permettre à l’intrigue de se mettre doucement en place : Talbot décide quel seul l’illustre médecin pourra l’aider et que ses notes lui sauveront la vie (!), ce qui le pousse à défrigérer le corps de la créature dans un élan de générosité incompréhensible et à rencontrer l’ultime descendante dudit médecin. Des péripéties qui s’écoulent pour atteindre l’apothéose tant attendue de l’échauffourée entre les deux créatures dans une séquence finale jubilatoire qui réutilise au passage les décors du labo détruit de l’opus frankensteinien précédent. Une intrigue échevelée traduite de façon linéaire par la caméra du sherlockholmesien Roy William Neill qui peine à insuffler à ses personnages la moindre vie, sombrant plutôt dans les stéréotypes conventionnels des campagnards ignorants en pleine mutinerie aveuglés par une peur inhérente au traditionalisme légendaire dans lequel ils ont été élevés et optant pour l’heure pour un ton décalé qui parvient tout de même à amener un certain crédit à l’oeuvrette de commande (à l’instar du Freddy vs. Jason ?).

Enfin, cerise sur le gâteau, pour terminer d’asseoir l’inconvenance de la présente œuvre, il faut lorgner du côté du casting. Le monstre de Frankenstein, rôle boudé par un certain Bela Lugosi en son temps qui ne désirait pas faire la carpe derrière une tonne de maquillage, est enfin campé par le mythique comte Dracula qui, depuis son éviction des séries B au profit du Z, change son fusible d’épaule et accepte d’interpréter une créature bringuebalante, amputée de toute caractéristique psychologique. A côté du plus mauvais monstre de la série, évoluent Lionel Atwill, l’excellent inspecteur du Fils de Frankenstein et le mémorable docteur Bohmer, assistant du savant-fou dans Le fantôme de Frankenstein, reconverti ici en maire peu crédible. Quant à Lon Chaney Jr. qui immortalise à nouveau le personnage de Larry Talbot, il fut également de la partie en campant la créature dans Le Fantôme de Frankenstein en 1942 aux côtés de … Bela Lugosi devenu Ygor pour deux épisodes.

Témoin de l’embrouillamini dont souffrent les séquelles par une production vénale et désespérée, Frankenstein rencontre le loup-garou n’est rien de plus qu’une énième variation sur le thème parsemée çà et là de rares moments de bravoure.

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