Critique de film

Family portraits

"Family Portraits: A Trilogy of America"
affiche du film
  • Genre : Drame horrifique
  • Année de production : 2004
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Douglas Buck
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h43
  • Budget : 200 000 dollars
  • Scénariste : Douglas Buck
  • Musique : Edward Dzubak, David Kristian
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Sally Conway, Gary Betsworth, William Mahoney
  • Récompenses : Aucune

Une épouse, délaissée par son mari, se mutile. Un père de famille, aliéné par une existence conformiste, décime sa famille à l'heure du petit-déjeuner. Une adolescente défigurée vient régler ses comptes avec celui qui est responsable de son infirmité. Trois portraits d'une Amérique qui risque à tout instant de basculer dans la violence et le désespoir, et qui recherche, obstinément, le salut...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Family portraits - Une photo de famille acerbe
Par : Damien Taymans




Voguant de festival en festival, le premier long-métrage de Douglas Buck a suscité admiration et émoi auprès du public. Criant au génie ou au scandale, les spectateurs sont sortis renversés par le spectacle offert par cette trilogie américaine froide et jusqu’au-boutiste en diable.

Réalisée sur huit ans, cette anthologie scelle la réunion de trois courts métrages de l’auteur gravitant tous autour d’un thème central : la violence. Cutting moments, premier court réalisé en 1997 est sans aucun doute le plus dérangeant. Un couple désuni mène une vie amoureuse pour le moins chaotique. Sortes d’individus désincarnés, les deux êtres ne se voient plus et ne semblent plus se plaire. Leur statut est flou et leurs relations inexistantes comme l’illustre cette superbe discussion filmée en champ-contre-champ. Pour sortir du carcan néfaste dans lequel ils se sont installés, la femme aimante, après s’être repoudré le nez, s’automutile pour attirer l’attention de son époux. L’autodestruction est poussée à son paroxysme grâce à l’une des scènes les plus insoutenables qu’il ait été donné de voir. L’épouse délaissée, méprisée se torture symboliquement et physiquement en se découpant les lèvres, espérant attirer de la sorte l’attention de son mari. Cet anéantissement amènera une renaissance du couple qui trouvera une alternative dans la destruction mutuelle de leurs chairs, offrant par là même une déferlante gore poussée à l’extrême.

Le deuxième court, Home, tourné quelques mois après, consiste en un glissement de la violence. De l’acte isolé autodestructif, sorte d’onanisme sanguin, Buck passe à la pulvérisation d’autrui. Une épouse avoue son insatisfaction sexuelle, acculant par le truchement de cette révélation son mari dans une situation délicate lui rappelant les tourments vécus jadis dans une cellule familiale éclatée. Dès lors, le mari va entériner la destruction de sa nouvelle famille pour reproduire le schéma qui rendrait son père fier de lui. Image troublante que celle de cet assassin d’un jour sortant sur le seuil, maculé du sang de ses victimes, saluant son voisin pour prendre machinalement son journal en main. Home, une banalisation de la violence ? On est loin du compte. Le court parvient justement, à l’instar de Cutting moments, à capter ces moments de pur anéantissement pour les sublimer ou au contraire les mettre au pilori. Peinture à la fois dure et tendre, mélancolique et poétique de l’acte qui provoque émerveillement et dégoût, étonnement et répugnance.

Le troisième et dernier court, au titre contradictoire (Prologue), s’avère être la conclusion parfaite de cet ensemble. Tourné en 2003, le métrage constitue une évolution aussi bien temporelle que formelle des deux courts précédents. Si Cutting moments dépeignait l’acte destructeur dans son millimétrisme le plus abject, si Home entretenait davantage un rapport entre le bourreau et le contexte de son action, Prologue s’attèle à l’après-violence, en en décrivant les circonstances. Rencontre entre une victime marquée à jamais et avilie au plus haut point (affublée de mains mécanisées, la jeune fille doit désormais se balader en chaise roulante, supporter la compassion dérangeante de ses parents et oublier son ex-boyfriend qui s’est remarié) et un bourreau dégénéré (vieux et perdu, il n’est même plus capable de se rappeler l’endroit des sépultures de ses nombreuses victimes). Prologue est certainement le plus touchant et le plus accessible des trois apports. Recourant à une trame plus simpliste et moins descriptive, ce dernier court métrage n’en est pas pour autant le moins troublant puisqu’il devient un lieu béni pour l’identification du fait même de sa simplicité explicative.

Family portraits, fortement teinté de l’horreur relative de Bergman en tant que cinéma expérimental et visuellement morne, est avant tout une œuvre existentielle et ontologique. Face à la disparition du divin, l’homme cherche en vain un exutoire pour échapper à la mort ou pire, à la vie menant inexorablement vers cette mort. Face à un quotidien avilissant, l’être humain n’a plus qu’une seule échappatoire pour s’en sortir : la destruction devenue le seul moyen de communiquer et de s’extraire de leur condition.

Family portraits signe l’émergence d’un nouveau maître de l’horreur. Une horreur underground, une horreur autre créée de toutes pièces par un cinéaste déjà confirmé.

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage