Critique de film

Don't Breathe - La maison des ténèbres

"Don't Breathe"
affiche du film

Pour échapper à la violence de sa mère et sauver sa jeune sœur d’une existence sans avenir, Rocky est prête à tout. Avec ses amis Alex et Money, elle a déjà commis quelques cambriolages, mais rien qui leur rapporte assez pour enfin quitter Détroit. Lorsque le trio entend parler d’un aveugle qui vit en solitaire et garde chez lui une petite fortune, ils préparent ce qu’ils pensent être leur ultime coup. Mais leur victime va se révéler bien plus effrayante, et surtout bien plus dangereuse que ce à quoi ils s’attendaient…

Les critiques à propos de ce film

Critique de Don’t Breathe - L’horreur est humaine
Par : Samuel Tubez

Fede Alvarez n’avait peut-être pas fait l’unanimité avec son remake d’Evil Dead mais on y avait perçu un réel talent de mise en scène et un jusqu’au-boutisme qui faisait plaisir à voir. On était donc impatient de découvrir son nouveau film, toujours produit sous la bannière Ghost House Pictures, la société de Sam Raimi et son complice Robert Tapert.

Don’t Breathe a beau être une œuvre « originale » (ni suite, ni remake, ni found footage, ça devient suffisamment rare pour être signalé !), on pense tout de même furieusement à une relecture du Sous-sol de la peur de Wes Craven dès l’entame. Trois jeunes décident de cambrioler une baraque abandonnée et vivront un véritable enfer dès qu’ils seront à l’intérieur. Un pitch ultra simple, un coup de l’arroseur arrosé façon La dernière maison sur la gauche. L’action prend place dans un quartier déserté de Detroit, no man’s land quasi surréaliste, où vit un vétéran de la guerre devenu aveugle. L’homme dort paisiblement sur une grosse somme d’argent suite au décès accidentel de sa fille et nos jeunes voleurs comptent bien la lui confisquer pour leur permettre de fuir leur quotidien morose. Interprété par le monstrueux Stephen Lang (le scarifié colonel Quaritch dans Avatar), le volé devient bourreau et tous se retrouvent victimes de leurs propres motivations, personne n’étant plus net que l’autre.
A partir d’un scénario simple, Fede Alvarez réprouve avec malice et jusqu’au-boutisme toute morale (le climax est atterrant) et développe un huis-clos diablement maîtrisé. Le réalisateur maintient une tension constante et gère son espace comme un virtuose, nous présentant les lieux lors d’un magnifique plan-séquence à la De Palma et parvenant à exploiter chaque recoin de sa maison plongée dans les ténèbres tout en nous enfonçant progressivement dans les effroyables profondeurs de celle-ci. Le réalisateur confirme de la plus belle des manières son talent de metteur en scène et, même s’il y a parfois quelques incohérences, c’est tellement bien mené et il parvient à recréer une atmosphère si étouffante que l’on n’y prête pas trop attention. De plus, ses personnages ne sont pas des archétypes trop lisses (on y retrouve notamment Jane Levy qui tenait le rôle principal dans Evil Dead) et le « bad guy », prodigieusement interprété par Stephen Lang, s’impose comme un croquemitaine d’une nouvelle sorte. Pas de jumpscares abusifs ni de spectres postés dans les encadrements de porte, mais juste des monstres à visages humains (ou animal, avec une excellente scène-hommage à Cujo) qui font bien plus froids dans le dos que n’importe quel fantôme revanchard.

Don’t Breathe n’est pas un film d’horreur comme ceux que l’on a l’habitude de voir ces derniers temps, et c’est tant mieux ! Plus thriller angoissant que film d’épouvante tressaillant, il s’impose néanmoins comme l’un des meilleurs films de genre de l’année grâce au talent et l’intégrité de son réalisateur Fede Alvarez qui n’est, semble-t-il, pas prêt de se fourvoyer au sein du système.


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