Critique de film

Docteur Frankenstein

"Victor Frankenstein"
affiche du film
  • Genre : Fantastique, Aventure, Epouvante-horreur
  • Année de production : 2015
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h50
  • Musique : Craig Armstrong
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  • Bande annonce
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  • Récompenses :

Le scientifique aux méthodes radicales Victor Frankenstein et son tout aussi brillant protégé Igor Strausman partagent une vision noble : celle d'aider l'humanité à travers leurs recherches innovantes sur l'immortalité. Mais les expériences de Victor vont trop loin, et son obsession engendre de terrifiantes conséquences. Seul Igor peut ramener son ami à la raison et le sauver de sa création monstrueuse.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Docteur Frankenstein
Par : Jonathan Chevrier

Force est d’admettre qu’il y a trois piges, on ne donnait pas vraiment cher de la peau de Daniel Radcliffe, dont le plan de carrière hors Harry Potter n’était pas des plus bandant sur le papier (à part être à poil sur scène pour la pièce de théâtre Equus) et qui, surtout, ne rivalisait pas réellement avec celui de la so cute Emma Watson... Mais c’était sous-estimer le talent du bonhomme, puisqu’il a su brillamment emprunter le passage post-Harry Potter (à la différence de son poto Rupert Grint), et qu’il n’a pas été frappé par le cruel syndrome Mark Hamill.
Mieux, il a même réussi la prouesse de se montrer encore plus intéressant à suivre sans ses lunettes et sa baguette de sorcier, mais surtout bien loin des blockbusters friqués qui ont fait sa renommée mondiale, pour leur préférer le circuit plus riche du cinéma indépendant. Du macabre La Dame en Noir au tragique Kill Your Darlings, en passant par la love-story vengeresse et démoniaque Horns d’Alexandre Aja - sans oublier la délicieuse romcom Et (Beaucoup) Plus si Affinités -, Radcliffe s’est constitué une filmographie solide et peut même se targuer d’être l’un des comédiens les plus demandés du moment.

Au sein d’une année 2015 où il s’est montré étonnement discret (le tournage d’Insaisissables 2), le voilà de retour à un mois du réveillon avec Docteur Frankenstein, une énième relecture du chef-d’œuvre de Mary Shelley signé Paul McGuigan et également porté par l’excellent James McAvoy. Pari hautement osé (Frankenstein est sans aucun doute l’œuvre de la littérature anglaise la plus usée avec Sherlock Holmes) au sein d’une distribution annuelle où les péloches fantastiques n’ont pas réellement attiré les spectateurs dans les salles obscures, Victor Frankenstein (titre en v.o.) cherche à offrir une vision novatrice de l’histoire connue de tous, en s’attachant au regard d’Igor Strausman, personnage fictif du mythe (il n’apparaît nullement dans le roman) et bras droit du Doc.
Le film conte donc les aventures du scientifique aux méthodes radicales Victor Frankenstein et de son tout aussi brillant protégé Igor Strausman. Tous deux partagent une vision noble : celle d’aider l’humanité à travers leurs recherches innovantes sur l’immortalité. Mais les expérimentations de Victor vont trop loin, et son obsession engendre de terrifiantes conséquences. Seul Igor peut ramener son ami à la raison et le sauver de sa création monstrueuse...

A une époque où les renaissances en tout genre (reboot, prequel, suite, remake, ...) masquent de plus en plus le manque flagrant d’inventivité qui gangrène le septième art, voir débarquer la célèbre créature créée par Frankenstein une nouvelle fois sur grand écran, n’a donc rien de réellement surprenant (surtout que la précieuse Penny Dreadful l’avait tout récemment fait revivre sur le petit écran). Peu surprenant donc mais pas forcément navrant pour autant, tant cette cuvée modernisée apporte une vision revisitée qui, si elle n’est pas follement originale, s’avère au moins divertissante et légitime de l’œuvre de Mary Shelley, dont elle s’affranchit avec malice.
Prenant place dans un somptueux Londres victorien, Docteur Frankenstein narre les prémices des recherches de Frankenstein (dont le génie scientifique est ici retranscrit de manière hautement ludique) et sa relation amicale ambiguë et complexe avec Igor, un monstre de cirque qu’il recueille pour le soigner et profiter de son intelligence.
Fascinant, gothique, sombre mais pas trop, reléguant intelligemment son monstre à une apparition de luxe (et follement tendue) dans son ultime bobine, le film de Paul McGuigan (déjà derrière la réalisation de quelques épisodes de la série Sherlock) à l’esthétique léchée (jusque dans son bestiaire impressionnant) n’est pas exempt de quelques défauts dommageables (la narration sur-expliquée, ou encore la présence inutile du méchant policier campé par le génial Andrew Scott, le jeu horrible de Jessica Brown-Findlay) et d’une mise en scène impersonnelle.
La vraie réussite du métrage repose sur la partition impliquée de son duo vedette à l’alchimie convaincante. Totalement habité, James McAvoy est remarquable en Frankenstein, torturé par une passion dévorante et bigger than life dans sa quête de création ; tandis que Daniel Radcliffe s’avère très juste dans la peau d’Igor, également créature du Doc, dont la dette - voir même l’amour - pour celui-ci l’oblige à lui être d’une fidélité sans faille.

Pas la catastrophe redoutée, réussie et plaisante, cette vision 2015 du mythe de Frankenstein a pleinement le mérite de légitimer son existence via une histoire aussi prenante qu’intéressante (son traitement des personnages, un Frankenstein qui pour une fois n’est pas éclipsé par sa créature). Reste que dans le genre, on lui préférera tout de même Penny Dreadful, plus divertissante mais surtout bien plus maitrisée.


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