Critique de film

Appelez-moi Dave

"Meet Dave"
affiche du film
  • Genre : Comédie - Science-fiction
  • Année de production : 2008
  • Sortie belge : 2008-08-06
  • Réalisateur : Brian Robbins
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h30
  • Budget : 100 millions de dollars
  • Scénariste : Rob Greenberg, Bill Corbett
  • Musique : John Debney
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Eddie Murphy, Ed Helms, Elizabeth Banks, Judah Friedlander, Scott Caan
  • Récompenses : aucune

Afin de sauver leur monde, un équipage d’extra-terrestres minuscules arrive sur Terre dans un vaisseau très spécial, qui leur permet de passer (presque) inaperçu. Il s’agit de la réplique parfaite d’un homme (à l’effigie du capitaine du vaisseau) dont chaque membre de l’équipage est responsable d’une partie du corps. Mais ressembler à un être humain est une chose, se comporter comme un être humain s’avère être beaucoup plus compliqué !

Les critiques à propos de ce film

Critique de Appelez-moi Dave - Mésaventure intérieure
Par : Chroniqueurs


Par Swan

Bonjour les enfants ! Le nouveau film de l’équipe de Norbit ! Ca vous tente ?... Les enfants ?... N’ayez pas peur ! Revenez, c’était pour rire !...

Dans le genre « proposition indécente », une nouvelle collaboration Brian Robbins – Eddie Murphy a tendance à provoquer ce genre de réaction épidermique de rejet total. Plus redouté qu’un holocauste nucléaire, un album de Brian Adams ou un film de Guy Ritchie, voici pourtant sous vos yeux ébahis, coming soon to a theater near you, Meet Dave !… Et le moins que l’on puisse dire, c’est que si ce film ne se vautre pas autant dans la vulgarité gratuite que son prédécesseur, tout ça ne vole vraiment pas très haut…

Tel un fauve auquel on aurait limé les griffes, Eddie Murphy, autrefois le stand-up comedian le plus impertinent de la génération post-Richard Pryor, dont il fut tout un temps le digne successeur, aura connu cinématographiquement parlant une véritable descente aux enfers. Pour être plus précis, dans l’enfer de la comédie familiale pipi-caca formatée, à grands renforts de pets, de « fat suits » et de gags gras comme des loukoums. La faute sans doute à son Professeur Foldingue de 1996, relecture pourtant assez réussie et touchante du classique de Jerry Lewis. Depuis, succès aidant, Murphy se complait dans les démarquages de ce succès inattendu, dans des productions dont la vulgarité croît à mesure que la qualité d’écriture périclite (La Famille Foldingue, la série Shrek, Norbit) ou dans des productions destinées aux plus jeunes (Dr. Dolittle, Daddy Day Care, The Haunted Mansion) à l’intérêt cinématographique proche du zéro. A l’instar de Dario Argento, difficile en voyant la série de daubes enchaînées par l’acteur de penser qu’il s’agit bien de ce comique surdoué que l’on aura tant aimé dans les années 80.

Pire, quand le premier Professeur Foldingue lui permettait encore de faire preuve de son (immense) talent de comédien, la suite de sa carrière ne lui en donne pratiquement plus jamais l’occasion, Murphy préférant se complaire dans les flatulences avec des interprétations faciles et sans risques. Où donc sont passés la subversion et le politiquement incorrect qu’il avait aidé à populariser dans ses spectacles ? « Prends l’oseille et tire-toi » semble être devenu la devise de la star hollywoodienne à la filmographie la plus catastrophique depuis celle de Sharon Stone.

Pourtant en 2006, Eddie Murphy revient sur le devant de la scène avec Dreamgirls, le musical de Bill Condon, pour lequel il empoche un Golden Globe du meilleur acteur de second rôle dans une comédie, ainsi qu’une nomination aux Oscars. Alors que sa carrière semble reprendre du poil de la bête, Eddie Murphy décide donc logiquement d’enchaîner avec… Norbit, sans aucun doute le pire film de sa carrière, une non-comédie remplie de « fat jokes », sommet de bêtise, de vulgarité, de racisme, vainqueur d’une pleine brouette de Razzie Awards et véritable suicide artistique que la profession mettra un certain temps à lui pardonner. A tel point que Ben Stiller vient de tailler à l’acteur un joli costard dans son nouveau film, Tropic Thunder, dans lequel Jack Black incarne un comédien has been imbu de sa personne, spécialisé dans les fat jokes et la flatulence, essayant de se racheter une conduite et de sauver sa carrière avec un film « sérieux » !

Il faut dire à la décharge de Murphy qu’il est assez mal entouré. N’ayant pratiquement jamais tourné avec de grands réalisateurs (le meilleur réalisateur de sa filmographie, outre Walter Hill avec lequel il a débuté dans 48 Heures, n’est autre que… John Landis – que l’on aime bien mais quand même !), Eddie continue ici son association avec Brian Robbins. Ah, Brian Robbins ! Un poète celui-là ! Ancien acteur de seconde zone reconverti en réalisateur – producteur, Robbins aura apporté sa petite pierre à l’édifice du cinéma avec des titres aussi essentiels que Ready To Rumble et Hard Ball (deux comédies sportives), Varsity Blues et The Perfect Score (des teen movies) et la comédie familiale flatulente avec The Shaggy Dog, Norbit et aujourd’hui ce Meet Dave. Pour points communs : des gags pas drôles, des acteurs qui cachetonnent et… du pet. Beaucoup de pets ! Des œuvres destinées à un public d’ados qu’au lieu de respecter il décide de traîner dans sa propre fange. « Prout ! » semble donc être LE seul message que Brian Robbins veut communiquer à son public. Belle carrière indeed ! Sa maman doit être fière.

Ce Meet Dave se veut une relecture du Voyage Fantastique ou de L’Aventure Intérieure avec néanmoins une subtilité en plus : le corps humain ici n’en est pas un ! Il s’agit en fait d’un chef-d’œuvre de technologie extraterrestre, un vaisseau spatial ayant pris la forme d’Eddie Murphy et dirigé par un équipage de lilliputiens dont le capitaine est évidemment Eddie Murphy lui-même. Chaque membre de l’équipage s’occupe d’une partie du corps et coordonner l’ensemble est loin d’être une sinécure, surtout lorsque « Dave » se retrouve confronté aux humains et à la réalité de notre monde. But de ce voyage spatial peu ordinaire : retrouver un caillou assez moche tombé sur Terre dans la chambre d’un gentil marmot américain persuadé que sa trouvaille est une météorite, alors qu’il s’agit en fait d’un joujou capable de vider nos océans pour assurer la survie sur la planète des visiteurs miniatures… Au sein du vaisseau, deux clans commencent à se former : les méchants bien décidés à vider la Terre de son fluide vital, et les autres, qui découvrent tout ce qui fait notre humanité et la gamme d’émotions qui va avec : l’amour, l’humour, les sentiments et les petits zoizeaux. Tellement beau, tellement américain… Frank Capra doit se retourner dans sa tombe devant une telle naïveté mais peut dormir tranquille car Meet Dave ne risque de sitôt de faire de l’ombre à La Vie Est Belle.

Pour être honnête, l’apparition d’Eddie Murphy, ou plutôt du vaisseau « Dave Ming Chang » (surnommé de la sorte par les deux des noms les plus usités sur Terre) donne lieu à une poignée de gags assez drôles dont un assez mémorable où Dave se transforme subitement en Bee Gees ! Dans ce rôle de « stranger in a strange land » Eddie Murphy semble s’amuser comme un petit fou, accumulant les grimaces et les mimiques permettant à son visage élastique pour la première fois depuis très longtemps de nous rappeler son talent comique inimitable. A quelques reprises, Eddie Murphy est hilarant. Malheureusement, les efforts du comédien sont assez vite réduits à néant quand Brian Robbins ne peut réfréner ses instincts pétomanes et nous livre quelques gags puérils aussi drôles qu’un cancer des testicules en phase terminale. Voir Eddie Murphy « fabriquer » des dollars dans la fente de ses fesses… Vous en rêviez ? Brian Robbins l’a fait.

Si Eddie Murphy est donc assez drôle en Starship Dave (titre original du film, abandonné par peur d’assimilation à Pluto Nash, un des nombreux bides de la star), son alter-ego lilliputien aux commandes du vaisseau n’est qu’une imitation peu inspirée de William Shatner et de son Captain Kirk : voix martiale, attitude digne, donnant des ordres à un équipage de bras cassés peu mémorable. L’équipage du vaisseau s’agite en pure perte, incarné par des comédiens aux rôles stéréotypés (le gay, le méchant, l’amoureuse – incarnée par Gabrielle Union, peut-être l’actrice la plus inexpressive au monde) et le scénario, linéaire et prévisible poursuit son cours, cahin-caha dans l’indifférence la plus totale. On se réveillera peut-être lors d’une salsa endiablée entre Dave et la jolie Elizabeth Banks, la maman du gamin, une actrice de talent qui a l’air un peu perdue dans ce (pas si) joyeux foutoir.

Pire, une telle histoire était l’occasion rêvée de s’en donner à cœur joie avec des effets spéciaux allant encore plus loin que ceux, formidables de L’Aventure Intérieure. Grosse déception à ce niveau-là puisque le concept n’est JAMAIS exploité, hormis un plan-séquence ultra-rapide faisant le tour de l’intérieur du vaisseau en début de film. Décors de carton-pâte, images de synthèse hideuses… on se croirait revenu au début des années 80 ! Le gros de l’intrigue se déroule donc dans le cockpit du vaisseau (la tête) en passant bien entendu par le fondement de Dave… Lamentable !

La mise en scène paresseuse de Robbins ne fait jamais preuve de la moindre ambition et accumule les plans télévisuels, comme si il s’agissait d’une sitcom. Pour un film de science-fiction au sujet tellement propice aux idées les plus folles, ça la fout vraiment mal…

Malgré les quelques efforts de Murphy, difficile de briller avec à la barre un tâcheron qui rendrait ses lettres de noblesse à Ed Wood, un scénario naïf, lourdaud, jamais subtil pour un sou, des effets spéciaux incroyables de médiocrité et un humour si approximatif.

Il faudra pourtant bien qu’un jour quelqu’un se dévoue pour expliquer à Brian Robbins la différence entre « film pour enfants » et « film puéril ». En attendant, l’artiste vient de retrouver Eddie Murphy pour la troisième fois avec A Thousand Words, une comédie produite par… Alain Chabat… Wait and see…


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