Critique de film

Les huit salopards

"The Hateful Eight"
affiche du film
  • Genre : Western
  • Année de production : 2015
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 2h48
  • Budget : 44 millions de dollars
  • Musique : Ennio Morricone
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  • Bande annonce
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  • Récompenses :

Quelques années après la Guerre de Sécession, le chasseur de primes John Ruth, dit Le Bourreau, fait route vers Red Rock, où il conduit sa prisonnière Daisy Domergue se faire pendre. Sur leur route, ils rencontrent le Major Marquis Warren, un ancien soldat lui aussi devenu chasseur de primes, et Chris Mannix, le nouveau shérif de Red Rock. Surpris par le blizzard, ils trouvent refuge dans une auberge au milieu des montagnes, où ils sont accueillis par quatre personnages énigmatiques : le confédéré, le mexicain, le cowboy et le court-sur-pattes. Alors que la tempête s’abat au-dessus du massif, l’auberge va abriter une série de tromperies et de trahisons. L’un de ces huit salopards n’est pas celui qu’il prétend être ; il y a fort à parier que tout le monde ne sortira pas vivant de l’auberge de Minnie…

Les critiques à propos de ce film

Critique : Les huit salopards - Dans le blizzard
Par : Samuel Tubez

Le 8e film de Tarantino lui permet de renouer avec le western mais, tout comme sur Django Unchained qui était autant un revenge movie qu’un hommage à Corbucci, Les huit salopards lui sert de prétexte pour davantage livrer un huis-clos lorgnant vers le film d’épouvante qu’un bon vieux western spaghetti qui nous fait mordre la poussière. Sept hommes + une femme en proie à…la chose ?

Pour son second western, qui se passe cette fois après la Guerre de Sécession, QT accouche d’un huis-clos proche de son premier essai, Reservoir Dogs. Surpris par le blizzard, huit dur(e)s à cuire se retrouvent coincés dans une mercerie qui deviendra le théâtre de multiples mensonges, tromperies et autres trahisons. Parmi eux, des individus peu affables incarnés par Tim Roth, Michael Madsen, Samuel L. Jackson et Kurt Russell, qui tient enchaînée sa proie Jennifer Jason Leigh afin de la conduire à la potence. Il est un chasseur de primes renommé et il compte bien toucher pleinement sa récompense. Dans ce microcosme tendu et violent, d’aucuns pourraient s’en accaparer…

Tarantino pose ainsi très tranquillement ce qui deviendra son petit jeu de massacre, son « Dix petits nègres ». Avec un souci du détail presque obsessionnel, il nous familiarise avec ses personnages, fait monter la tension, nous livre des dialogues aussi savoureux qu’assommant. Nul doute que la première critique qui sera faite au film concernera son aspect extrêmement bavard, le réalisateur laissant son formidable casting déblatérer durant les deux tiers du métrage pour mieux faire exploser ses fulgurances et finir le tout dans un joli bain de sang. Un crescendo durant lequel il ravive les tensions Nord/Sud, démontre la situation bancale des Afro-américains, mettant en place des alliances inattendues, presque contre-nature. Comme Django, ces salopards prisonniers du froid font écho à l’Amérique d’aujourd’hui enfermée dans ses travers.
Dès son ouverture en lent travelling arrière sur le formidable thème Ultima Diligenza di Red Rock mené par Ennio Morricone, il nous ravit également les yeux grâce à sa caméra Ultra Panavision 70, qui affiche davantage de détails dans un cadre dont il maîtrise parfaitement le moindre espace. Les huit salopards regorge d’instants purement cinématographiques encore plus délectables que ses habituels plans un peu trop poseurs dont ses détracteurs sont tellement allergiques. Ce nouveau long métrage marque ainsi un certain assagissement dans sa mise en scène, ici plus posée, moins pop, mais qui gagne encore un peu plus en justesse et en profondeur. Mais le fanboy qui ne sommeille jamais en lui laisse aussi éclater sa fougue quand il le faut (belles gerbes d’hémoglobine au programme) ainsi que son amour pour le cinéma de genre. Parmi d’autres références (dont des séries appartenant au western telles que Bonanza, mais aussi et toujours ses réalisateurs fétiches que sont Anthony Mann et Sam Peckinpah), son hommage à La Chose de John Carpenter est autant appuyé qu’il est jouissif, jusque dans l’emprunt d’illustres morceaux de Morricone (Eternity et Bestiality, notamment) ou cette scène d’empoisonnement faisant écho à celle du test sanguin dans le chef d’œuvre de Big John. Les fans du genre et ceux du réalisateur de Pulp Fiction seront à coup sûr aux anges.

Par sa montée en puissance, son atmosphère sombre et tendue, ses éclats gore et son sous-texte politique, on sent Tarantino prêt à s’illustrer dans le registre de l’épouvante pure, le garçon nous promettant un film d’horreur depuis déjà quelques années. Quoiqu’un peu tiré en longueur, Les huit salopards s’impose en tous cas comme l’un des Tarantino les plus minutieux, resplendissant, et tendu de sa filmographie. Bref, l’un de ses meilleurs ouvrages.


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