Critique de film

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Cassadaga

"Cassadaga"
affiche du film

Lily Morel, dévastée par la mort de sa soeur, cherche du réconfort au sein de la communauté de spiritisme Cassadaga. Mais, au lieu de trouver la quiétude, ses expériences la mettent en contact avec l’esprit vengeur d’une jeune femme assassinée. Alors que sa vie s’écroule, Lily se lance à la recherche du meurtrier violeur connu sous le nom de Geppetto.

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Trailer - Cassadaga (2011)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de Cassadaga
Par : Geoffrey Marmonier

Dévastée suite à la mort accidentelle de sa jeune sœur, dont elle était la tutrice légale, Lily (Kelen Coleman) décide de déménager pour s’installer dans la ville de Cassadaga, réputée pour être la ville comptant le plus de médiums aux Etats-Unis. Suite à une séance de spiritisme ratée, Lily est contactée non pas par sa sœur mais par le fantôme d’une jeune femme disparue quelques années auparavant. Afin de se débarrasser de cette présence envahissante, Lily va devoir élucider le mystère de la mort de celle-ci.

Second film du réalisateur Anthony DiBlasi, qui avait mis en scène en 2009 l’excellent Terreur (adapté d’une nouvelle de Clive Barker), Cassadaga était attendu avec une certaine impatience par les fans d’horreur, d’autant que les différents visuels des affiches du film s’avéraient des plus alléchants. Malheureusement, Cassadaga se révèle très vite assez poussif, la faute principalement à un scénario assez mal écrit par les deux débutants Bruce Wood et Scott Poiley. Longuet, le film prend beaucoup trop de temps pour dévoiler une histoire cousue de fil blanc (le fantôme revanchard qui utilise l’héroïne pour punir son meurtrier, on a quand même vu plus original…), expédie un peu rapidement certains seconds rôles (le petit ami de l’héroïne, interprété par Kevin Alejandro, qui la plaque en milieu de film pour ne plus reparaître ensuite) et surtout multiplie les fautes d’écriture. Ainsi, de nombreux éléments sont soit sous-exploités (la surdité de l’héroïne, qui aurait pu générer de bons moments de suspense, n’est utilisée qu’une unique fois, et encore de façon très limitée), soit totalement inutiles (le fait que l’intrigue se déroule à Cassadaga n’a finalement aucune espèce d’importance). Même l’identité du tueur s’avère assez prévisible, malgré une tentative vaine de mener le spectateur sur une fausse piste lourdement amenée.

Dommage, car le film possède tout de même quelques atouts, principalement dus au talent de DiBlasi. Le réalisateur se débrouille parfaitement pour rendre les apparitions du spectre surprenantes et violentes (pour une fois celui-ci peut réellement agir sur le monde réel), et l’héroïne s’en prend plein la figure : brique de lait remplie de vers, main fantomatique qui l’étrangle, etc. Mais surtout, DiBlasi apporte un soin tout particulier aux scènes dévoilant son tueur. Un tueur particulièrement vicieux, puisqu’il enlève de jeunes femmes pour ensuite les amputer vivantes et les rassembler pour créer de grotesques marionnettes. Toutes les scènes le montrant dans ses basses œuvres sont à la fois très glauques (rien n’est épargné au spectateur) et terrifiantes, et constituent la plus grande réussite du film.

Mais ces quelques qualités ne suffisent malheureusement pas à relever le niveau de ce film poussif et bien souvent soporifique. Dommage, car on sent que DiBlasi a toujours du potentiel pour devenir un grand réalisateur. Espérons juste qu’il tombe la prochaine fois sur un meilleur script…


Critique de Cassadaga - Banale histoire de fantômes
Par : Maureen Lepers
Tags : PIFFF 2011

Après Dread, l’histoire pas folichonne d’un étudiant en philosophie qui se lance dans la réalisation d’un film sur les rouages de la peur pour appuyer sa thèse, Anthony DiBlasi continue avec Cassadaga, présenté en France lors du PIFFF 2011, de s’intéresser, par le truchement de personnages d’intellectuels (ici, une jeune peintre), aux rouages de l’effroi et de la douleur, physique et psychologique, et aux conséquences qu’ils engendrent sur l’être humain.

La bonne surprise de Cassadaga tient d’abord à la puissance de l’imagerie véhiculée par les décors. Terrassée par la mort de sa petite sœur, Lily quitte une Floride tape à l’œil et urbaine pour s’enfoncer dans les affres des Southern States qui permettent à l’auteur d’ouvrir sa palette chromatique aux couleurs des marais et du bayou où rodent, insidieusement, fantômes et alligators. Cassadaga, petite ville paumée dans laquelle arrive la jeune fille, agit donc comme un carrefour, un pentagramme oserons-nous dire, que le réalisateur consacre d’ailleurs théoriquement comme personnage principal de son film puisqu’il lui en donne le nom. Silencieuse et paisible, pleine de vert et d’ocres, la ville est un véhicule, et rappelle à la conscience du spectateur certaines des dynamiques bien connues de l’horreur made in South America, immortalisée pèle mêle au cinéma par des auteurs tels que John Boorman ou Tobe Hooper. Terres des hillbillies et des rednecks, dont l’histoire violente continue de hanter les consciences, les Etats du Sud sont pour les imaginaires, l’espace du danger et des débordements, le terrain de vie du folklore et des légendes, que l’on traite moins comme un lieu de vie que comme une toile de fond, un écrin précieux où peuvent surgir sans heurts et sans surprise la peur et le surnaturel. L’intelligence dont fait donc preuve le cinéaste ici est de mettre en balance deux types d’espaces, deux Floride qui finalement se (con)fondent, l’une urbaine et l’autre sudiste, dont les simples images suffiront précisément à nous faire croire à l’histoire qu’il raconte.

Là où pèche brutalement le film, c’est finalement dans son manque de confiance en l’imagerie qu’il investit, et dont il échoue à saisir les contours. Cassadaga, ville réelle qui peut d’ailleurs se targuer de concentrer le plus grand nombre de médiums au monde, n’est finalement ici qu’un décor, jamais un théâtre. A la puissance évocatrice des paysages, Anthony DiBlasi va substituer les faits, et leur rendu à l’écran, et préfère le gore au glauque, soit la grandiloquence des meurtres et des apparitions de fantômes, au souffre, au pernicieux des terres, qui seuls pourtant auraient pu raconter à l’image le vide abyssal et la douleur indicible auxquels est confrontée Lily, grande sœur brisée et qui, privée de son deuil par une mort brutale et donc, selon un mot de Pierre Fédida, inaperçue, se voit condamnée, pour expier, à chasser un fantôme. C’est ce que raconte assez bien la séquence chez le medium, où l’héroïne, qui est sourde, entend la voix de sa petite sœur et veut lui demander pardon. Hélas, c’est après un autre fantôme qu’il lui faudra finalement courir, un qu’elle a réveillé par hasard en invoquant l’esprit de sa sœur, et dont il s’agira, pour trouver la paix, de révéler l’histoire. Le film alors, qui s’ouvrait comme un conte gothique, glisse vers le thriller horrifique, et conjugue jusqu’au grotesque les codes et les univers, de Fincher à Argento, sans plus pouvoir se défaire du trop plein stylistique auquel il a succombé. Sans être mal menée, l’enquête qui constitue le cœur du long métrage peine à décoller, et surtout, à toucher le spectateur, en ce qu’elle apparait complètement détachée des enjeux dramatiques contenus autour de l’histoire personnelle de Lily et de son deuil – jusqu’à la scène finale qui tente maladroitement de faire se recoller les deux axes sans y parvenir autrement que par le biais du montage.

Cassadaga, qui aurait du être l’histoire triste et sublime d’un deuil impossible, devient une banale histoire de fantômes, un peu gore, un peu efficace, et très académique. Un film tiède, qui échoue là où le Twixt de Coppola réussit, avec des éléments et une trame à peu près similaires, à saisir et rendre compte de la nécessité et de la difficulté de faire, par le cinéma et pour l’être aimé disparu, œuvre de sépulture.


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