Critique de film

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Carnival of souls

"Carnival of souls"
affiche du film

À la suite d'une course de voitures improvisée, un véhicule transportant trois jeunes femmes tombe d'un pont et s'enfonce dans une rivière. Unique rescapée, Mary, une organiste professionnelle, part ensuite s'installer à Salt Lake City où son nouveau travail l'attend, mais des évènements étranges surviennent bientôt ...

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Trailer - Carnival of souls (1962)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de Carnival of souls - Un excellent carnaval...
Par : Damien Taymans

En 1962 naît entre les mains du réalisateur Herk Harvey et son scénariste John Clifford une œuvre atypique dont la qualité ne sera reconnue que bien des années plus tard. Injustement taxés d’avoir pompé leur histoire sur un épisode de La Quatrième dimension, les deux hommes montent cette histoire en un temps record. Bouclé en trois semaines pour un budget dérisoire de 30 000 dollars en tout, Carnival of souls a bien failli ne jamais voir le jour, à cause de ses idées de départ basées sur le pur produit des expériences oniriques du réalisateur et de son scénariste. Passant devant un ancien cirque abandonné, Harvey confia les angoisses ressenties, angoisses qui donnèrent lieu à l’œuvre. Avant ce film, Harvey était l’auteur de documentaires à caractère argumentatif, dénonçant les injustices de la société et mettant en garde contre les fléaux qui ruinent la vie quotidienne.

Le film ne recueillit pas les faveurs du public lors de sa sortie et fit même des scores douloureux en termes de box-office. Le dénouement surnaturel du métrage n’a certainement pas réussi à accrocher les spectateurs davantage cartésiens de l’époque, si bien qu’on ne reconnut aucune qualité profonde à l’œuvre qui sombra quelque peu dans l’oubli. Il fallut une relecture psychanalytique du métrage pour que celui-ci devienne peu à peu objet de culte des cinéphiles. Car, si la scène finale laissa perplexe nombre de spectateurs à l’époque, il faut bien reconnaître que c’est celle-ci qui lui donne une consistance savoureuse et que ladite fin, entraînant une conception particulière du fantastique, aura de quoi ravir les amoureux du cinéma d’aujourd’hui, davantage blasés par les créations contemporaines imitatives et limitatives.

De plus, Carnival of souls parviendrait même aujourd’hui à donner du fil à retordre à ces films de clippeurs hallucinés qui pensent réussir leur ensemble à l’aide de twists indigestes et superflus. C’est qu’en bijou incontournable, le film de Harvey influença son lot de cinéastes, laissant son empreinte dans des œuvres contemporaines appréciées (même si souvent critiquées après coup parce que c’est la mode de rejeter ce qu’on a encensé). Les exemples se ramassent à la pelle aurait pu dire Prévert : La Nuit des morts-vivants de George Romero, Lost Highway de David Lynch, Le sixième sens de M. Night Shyamalan ou encore L’échelle de Jacob d’Adrian Lynn. Autant de cinéastes qui se sont inspirés partiellement du métrage de Harvey, puisant dans son incroyable mise en scène des éléments qu’ils feront leurs au sein de leur parcours.

L’ambiance étrange qui règne au sein de l’œuvre est son aspect le plus particulièrement intéressant. Outre son scénario sympathique, le métrage séduit par l’atmosphère dessinée par le réalisateur, atmosphère teintée d’un brouillard grisonnant qui empêche le spectateur de distinguer clairement le moindre élément. Harvey se plaît d’ailleurs à troubler en utilisant des leurres fort efficaces et en taisant complètement ses propres intentions. Ainsi, Mary erre au sein de la ville, évitant un homme étrange qui ne cesse de lui apparaître. Mais le quidam, s’il arbore un physique particulier, n’est ni inquiétant ni foncièrement attirant, ce qui renforce l’ambiguïté de l’œuvre et nous enfonce dans une posture dubitative que nous ne quitterons plus. Qui est donc cet homme ? Sont-ce des visions de Mary dues à un dérèglement psychologique ou de réelles mises en garde d’un événement futur dangereux ? Constamment, les pistes sont brouillées, les cartes mélangées. Comme l’apparition de ce psychiatre qui essaie de soigner Mary et de la convaincre de l’inexistence de ses visions.

Pour asseoir cette atmosphère à la fois envoûtante et angoissante, le réalisateur orchestre son récit de bien belle manière, le faisant se dérouler en marge d’une partition hypnotique. L’orgue joué par Mary revient de manière lancinante, nous rappelant constamment l’extrême limite existant entre la folie et la réalité des faits. De même, l’orchestre s’emballe lorsque les créatures se mettent à valser, tourbillonnant de manière énigmatique et se réunissant dans ce carnaval des âmes. La qualité picturale de l’œuvre est également l’un de ses points forts. L’auteur n’hésite pas à recourir à des plans vertigineux et à des séquences de plans fixes, suivis de zooms énergiques pour sublimer sa photographie et ses propos.

Cependant, on ne peut que s’indigner que Harvey (mais Dieu garde son âme, quelle broutille que cette erreur !) tente d’introduire dans son film une romance très sixties qui ne fera que polluer le contenu de l’œuvre par le manque de conviction de ses acteurs (Sidney Berger, pfff…) et par son caractère très puéril.

Ne prenant pas conscience de l’éclat de génie dont il a fait preuve, John Clifford termine de donner à Carnival of souls son aspect dérangeant et excitant par sa pirouette finale qui n’a rien à envier aux twists surabondants du cinéma actuel. Mieux, il donne une leçon aux pseudo réalisateurs qui restent persuadés que leur idée soi-disant originale va révolutionner l’entreprise cinématographique mondiale, ignorant qu’un film se travaille dès le début et pas uniquement en fonction de cette idée ringarde.

Un must artistique réalisé par un maître qui s’ignore, Carnival of souls mérite largement son statut de film culte (au détriment d’autres dont je tairai les noms) et devrait se voir attribuer un autre hommage que celui, décadent, offert par Wes Craven en 1998…


Oeuvres liées :

Le carnaval des âmes (1998)

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