CYCLES

CYCLE LARRY COHEN - Epouvante sur New York (1982)

20 juin 2013 | Par : Alan Deprez (Vivadavidlynch)

A l’occasion de la rétrospective que lui offre le festival de Neuchâtel, Cinemafantastique se replonge avec délectation dans la carrière de Larry Cohen...

Sorti en 1982, Q - The Winged Serpent (alias Epouvante sur New-York) prend place entre deux œuvres plus méconnues du Larry Cohen-cinéaste : le thriller sur fond de « detective stories » See China and Die (1981) et l’horrifique Special Effects (1984), qui pratique avec brio la mise en abîme (un réalisateur base le scénario de son nouveau film sur un meurtre qu’il a lui-même commis !), offrant au passage le rôle principal à la vénéneuse Zoë Lund, junkie notoire (elle mourra d’une OD à Paris le 16 avril 1999) et brillante collaboratrice d’Abel Ferrara (L’ange de la vengeance, Bad Lieutenant).

A l’époque, Larry Cohen s’est déjà frotté à la blaxploitation (Black Caesar, Hell Up in Harlem, 1973, véhicules pour Fred Williamson), a livré avec succès les deux premiers opus de sa « trilogie des monstres » (Le monstre est vivant, Les monstres sont toujours vivants, 1974 & 78) et le joyau de sa filmo, l’anxiogène Meurtres sous contrôle (God Told Me To, 1976).

Epouvante sur New-York est la seule incartade de Cohen, maître ès scénarios alambiqués, sur le territoire casse-gueule du film de monstre géant. Prudemment, il se protège en mettant en avant des trognes de caractère comme on les aime : David Carradine (immortel Kwai Chang Caine de la série Kung Fu), Richard Roundtree (l’icône black Shaft en personne !) et l’excellent Michael Moriarty, serial killer de la dernière réalisation en date de Larry Cohen : l’épisode Pick Me Up (2006) de la saison 1 des Masters of Horror.

Il confie aussi la création de son reptile ailé (oui, une sorte de dragon…) aux magiciens des VFX David Allen (Hurlements, Ghostbusters II), Randy Cook (The Thing) et Peter Kuran (La guerre des étoiles, Le dragon du lac de feu, Beetlejuice). De quoi donner de la superbe à cette charmante bestiole…

On top of the world

Q démarre fort, par la décapitation d’un laveur de vitres dragouilleur. Shepard (David Carradine, dans un rôle que voulait tenir Bruce Willis, alors peu bankable) et Powell (Richard Roundtree) enquêtent sur l’affaire, mais restent interloqués : comment cela a-t-il pu arriver et où diable est passée la tête de l’infortuné ? Leurs questions restent en suspens et le « dragon » (dont on entraperçoit la gueule) ne tarde pas à faire une deuxième victime. En fin connaisseur, il jette son dévolu sur une donzelle, dévorée en pleine bronzette topless à la cool (la délicieuse Bobbie Burns, que l’on retrouvera en secrétaire dans The Stuff). Son sang éclabousse les passants de la Grosse Pomme, qui cèdent à l’hystérie... Pendant ce temps, un raté, Jimmy Quinn (incarné avec fièvre par Michael Moriarty), piètre musicien et criminel à la manque, s’échappe du casse d’une bijouterie et découvre le nid de la créature en tentant de fuir l’agent de sécurité du Chrysler Building (c’est en l’admirant que le Larry Cohen eut l’idée du film).

Sitôt ces événements ficelés, les attaques du monstre seront de plus en plus soutenues. Mais le réalisateur a l’intelligence de ne nous dévoiler son bébé qu’assez tard dans la narration, ne laissant la plupart du temps voir que des bribes de son anatomie ou son ombre menaçante sur les gratte-ciel new-yorkais. Une solution sans doute pas étrangère au modeste budget du film (estimé à 1 200 000 dollars)…

L’essentiel de Q - The Winged Serpent, tourné à Manhattan, réside dans des prises de vues aériennes de la ville - presque documentaires - et magnifiant son architecture, doublées de plans filmés sur le vif dans la rue, parmi les badauds. Des caractéristiques qui ne font que renforcer l’impact et l’étrangeté des assauts du « dragon », en complet décalage par rapport aux décors naturels de NYC.

Plus original, la créature s’avère selon toute logique (sic) une incarnation de la divinité aztèque Quetzacoatl (le « serpent à plumes », d’où le titre Q), issue d’un sacrifice rituel où un prêtre mexicain a revêtu la peau - fraîchement prélévée - d’un pauvre hère écorché vif… mais consentant ! C’est la théorie à laquelle Shepard sera converti par le responsable d’un musée. D’autres meurtres suivront, dont l’ablation du cœur encore palpitant d’une victime.

Pour le reste, il faut avouer que les conséquences du hold-up manqué impliquant Quinn ne sont guère palpitante, tout comme sa relation un peu caricaturale avec Joan, desservie par le jeu outré de Candy Clark. Mais on s’en contrefout, car les apparitions du monstre font le boulot (ingéniosité du découpage), à l’image de l’art consommé du dialogue Larry Cohenien, culminant lors de cette joute verbale entre Quinn et les représentants de la loi.

Certes, certains pourront chicaner sur le rendu hasardeux de la créature et son animation légèrement maladroite, mais il s’en dégage une poésie rappelant les trucages de Ray Harryhausen. Laissons ces aigris passer à côté d’une série B carrée et bien rythmée, dans le plus pur style de son géniteur - immense Larry Cohen -, que d’aucuns ont une sérieuse tendance à sous-estimer…

Ajouter un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage