CYCLES

CYCLE HAYAO MIYAZAKI - Le Château dans le Ciel (1986)

14 février 2014 | Par : Nicolas Zinque

1986 est une année importante dans la carrière de Hayao Miyazaki et dans l’histoire du cinéma japonais : Le Château dans le Ciel, premier film du désormais légendaire Studio Ghibli, atteint les écrans japonais. Dans la pratique, le jeune studio, fondé l’année précédente par Miyazaki et son compère Isao Takahata, regroupe l’équipe déjà à l’œuvre sur Nausicaä de la Vallée du Vent. Né de l’imaginaire de Miyazaki, influencé par des œuvres européennes (entre autres Les Voyages de Gulliver), Le Château dans le Ciel frappe par sa réussite technique et artistique. Et propulse d’emblée Ghibli au rang de maitre.

Sheeta, descendante d’une famille autrefois puissante, est la jeune dépositaire d’un pendentif magique. Pazu, enfant du même âge, travaille dans les mines. De leur rencontre nait cette quête pour retrouver Laputa, légendaire cité volante à laquelle ils sont tous les deux liés. Une quête en grande partie aérienne, qui les amène à combattre puis à fréquenter Dora, une mémé complètement déjantée, capitaine d’une famille de pirates. L’autre pointe de ce triangle est Muska, un homme louche qui essaie de s’approprier les pouvoirs de Laputa, avec l’aide de l’armée.

Le Château dans le Ciel est d’abord une incroyable histoire d’aventure, enchainant toutes sortes de péripéties. Combats aériens et poursuites en locomotive font de ce film l’un des plus spectaculaires de la filmographie de Miyazaki. L’un des plus touchants également, car à l’instar d’un Ponyo sur la Falaise, les deux protagonistes ne sont animés que par un désir innocent : celui de vivre ensemble. Un désir qui se mue en sagesse, puisqu’ils refusent la richesse et le pouvoir auxquels Sheeta a droit et auxquels les adultes aspirent. Et qui débouche sur des plans d’une grande beauté, écrins d’intimité au milieu de cette folle épopée. Impossible d’oublier cet instant de suspension magnifique, lors d’une chute vertigineuse de Sheeta et Pazu. La scène n’est pas seulement illuminée par le pendentif magique de la jeune fille, elle resplendit grâce à la complicité de ces deux personnages.

Le Château dans le Ciel se repose sur un récit plus simple et sur un imaginaire plus sobre que d’autres œuvres de Miyazaki. Il va droit au cœur du spectateur, en équilibrant habilement séquences spectaculaires et moments d’intimité. Une autre de ses qualités est l’authenticité : pour dépeindre au mieux la cité minière dans laquelle démarre le récit, l’équipe de Ghibli s’est rendue au Royaume-Uni. Si le récit est simple, il n’en est pas pour autant creux. Les thèmes chers à Miyazaki sont déjà présents dans Le Château dans le Ciel, et prolongent le travail entamé dans les films précédents. Laputa est une cité hautement technologique sur laquelle la Nature a pourtant repris ses droits. Les robots qui y ont été conçus offrent un contraste étonnant : dotés d’une terrifiante puissance militaire, ils font pourtant preuve d’une incroyable gentillesse avec la faune et la flore de Laputa. La technologie en elle-même n’est ni bonne ni mauvaise, c’est la manière dont elle est utilisée qui importe. Elle fait voler le château, mais peut se transformer en arme de destruction. Cette réflexion se prolongera tout au long de la carrière de Miyazaki, notamment à travers l’exceptionnel Princesse Mononoké.

Le Château dans le Ciel est un film formidable qui vaut la peine d’être vu pour ses nombreuses qualités. Le revoir aujourd’hui, c’est en plus retourner aux sources de Ghibli, intimement lié aux plus beaux succès de Miyazaki. Alors que le génie japonais tire sa révérence avec Le Vent se lève, c’est le plus bel hommage que l’on puisse lui rendre.


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