Critique de film

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Bhoot

"Bhoot"
affiche du film

Emménageant dans un appartement où un suicide a eu lieu, un jeune couple va être en proie à des phénomènes surnaturels.

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Trailer - Bhoot (2003)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de Bhoot - Bhoot, fais-moi (un tout petit peu) peur !
Par : Fred Pizzoferrato
Tags : Asiatique, Fantômes

Un jeune couple, Vishal et Swati, s’installe dans un beau duplex au sommet d’un immeuble. Quelques temps plus tôt, la locataire précédente, Manjeet, s’est défenestrée mais Vishal ne révèle pas ce "détail" à sa femme, observant, non sans bon sens, que dans tous les immeubles du monde, quelqu’un est mort un jour ou l’autre. Cependant Swati ne tarde pas à tomber sous l’emprise de la jeune suicidée…

Bhoot est un pur film d’épouvante à base de fantômes, un genre fort prisé par les Asiatiques depuis une petite dizaine d’années. A la différence qu’il ne provient pas du Japon (comme Ring ou La mort en ligne), ni de Corée (Deux soeurs, Memento mori,…), ni de Taiwan (Double vision), ni de Thaïlande (Shutter, Ghost of Mae Nak) mais bien de l’Inde. Il s’agit d’ailleurs d’un remake de Raat, tourné dix ans plus tôt par le même cinéaste. A l’époque, ce film n’avait pas fonctionné mais la nouvelle popularité des histoires de fantômes asiatiques a sans doute poussé Ram Gopal Varma, devenu un des cinéastes les plus réputés de son pays, a en proposer une nouvelle version, simplement intitulée Bhoot ("fantôme").

Comme la première version, ce remake – qui se passe de toutes chansons coutumières du cinéma de Bollywood, se veut un pur film d’épouvante et annonce directement la couleur via un carton pré générique éloquent : "le seul but de ce film est de vous effrayer et je le déconseille aux personnes sensibles et aux cardiaques". Cette profession de foi, évidemment signée de Ram Gopal Varma en personne, s’apparente aux serments des cinéastes d’antan, à la manière des enterrements gratuits promis par William Castle en cas de décès durant la projection de ses œuvres. En effet, Bhoot s’avère bien en peine de susciter le moindre frisson pour le spectateur occidental qui en a vu bien d’autres. Mais le tout n’est pas trop ennuyeux pour autant. Le casting se partage ainsi entre nouvelles stars populaires du cinéma hindi, toujours friand de chairs féminines et masculines appétissantes, et valeurs sûres, comme Rekha et le vétéran Victor Banerjee qui joua aussi bien pour Satyajit Ray que pour David Lean (il tenait le rôle principal dans La route des Indes). Bref, du beau monde. Ce casting solide s’avère un des arguments essentiels d’un métrage par ailleurs fort prévisible. Les acteurs sont en effet d’un très bon niveau et parviennent à crédibiliser une intrigue hélas conventionnelle et pas très passionnante. Un bémol pour l’actrice principale toutefois, Urmila Matondkar, à l’aise dans les passages calmes et lorsqu’il s’agit de simuler l’effroi mais malheureusement aux limites du ridicule lors des scènes de possession, lesquelles virent au grotesque.

Possession ? Le mot est lâché ! En effet, au terme d’une heure de métrage très linéaire et fortement inspiré par le japonais Dark water, le cinéaste change son fusil d’épaule pour verser dans le remake déguisé (pas beaucoup !) de L’exorciste. Il reprend alors, sans honte, toutes les scènes clés du chef-d’œuvre de Friedkin. Une constante du cinéma commercial indien qui n’hésite jamais à détourner les productions les plus rentables de son homologue américain, comme le prouvera d’ailleurs Ram Gopal Varma lui-même avec Sarkar, démarquage éhonté (mais efficace) du Parrain de Coppola. Bref, Bhoot n’apporte rien de bien neuf au cinéma fantastique, d’autant que le cinéaste prend son temps (deux heures !) pour installer son récit, même s’il évite heureusement les numéros musicaux inappropriés à son propos.

Le souhait de Ram Gopal Varma était de réaliser un film prenant et effrayant. Est-ce réussi ? Pas vraiment, même si le résultat n’a rien de déshonorant. D’une part, Bhoot n’est pas ennuyeux et se suit même avec un certain plaisir, ce qui n’était pas gagné vu son côté "je pompe à gauche et à droite". Ses interprètes savoureux et quelques répliques efficaces sauvent les meubles. D’autre part, le réal n’évite pas les longueurs et aurait beaucoup gagné à couper dans certaines séquences répétitives (le jeune héros va au boulot, s’installe puis repart) qui échouent totalement à créer l’ambiance voulue. Au rayon des frissons promis, le bilan est maigre : Bhoot ne parvient pas à faire peur, excepté peut-être à une ou deux reprises, durant sa première heure, et doit pour cela recourir à de gros effets éculés ponctués par une bande son tonitruante. La seconde partie s’avère malheureusement encore moins effrayante, tant les séquences supposées terrifiantes paraissent vues bien trop souvent, du moins en Occident, pour convaincre le spectateur.

Sans beaucoup d’originalité, très prévisible et linéaire, Bhoot abandonne rapidement la subtilité relative de sa première moitié pour chausser de gros sabots bien pesants. L’outrance de son interprète principale est contrebalancée par la volonté évidente du cinéaste de bien faire (même s’il choisit l’option "il y en a un peu plus, je vous le mets quand même") et l’ensemble, finalement, permet de passer une soirée sympathique. Mais Bhoot se rapproche davantage d’un décalque bis rital des métrages sataniques des seventies (L’exorciste en tête) que d’une véritable réussite.

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