Batman Halloween

29 décembre 2011 | Par : Fred Bau |

Titre Batman : Halloween

Scénario Jeph Loeb

Dessins Tim Sale

Encrage Gregory Wright

Année US 1996 (DC comics)

Année VF 2004

Editeur Semic

Note 7/10

Résumé

Trois fêtes d’Halloween. Trois histoires. Trois descentes aux enfers. Dans "Peur", Batman doit combattre l’Epouvantail et ses toxines
hallucinogènes, tandis qu’une étrange jeune femme essaye de séduire son alter ego Bruce Wayne. Dans "Folie", c’est le Chapelier
Fou qui sévit, et enlève des enfants de Gotham, Ce malade mental cherche à recréer à sa manière le monde d’Alice au pays des merveilles.

Or, ce conte est l’un des rares souvenirs que Bruce Wayne a de sa mère. Quand le Chapelier enlève Barbara, la fille de James Gordon,
l’affaire prend une tournure plus que personnelle... Dans "Fantômes", enfin, Batman doit affronter le Pingouin, tandis que le fantôme de son
propre père revient hanter Bruce Wayne, et que Poison Ivy, le Joker, et la Faucheuse pénètrent ses cauchemars. Trois légendes d’Halloween,
où les pires démons de Batman ne sont que ceux de Bruce Wayne, et où le pire démon de Bruce Wayne n’est autre que le Batman.

Publié en France en 2004 seulement, sous le titre plutôt vague et expéditif d’Halloween, alors qu’il a été édité en 1996 aux USA sous le titre
mûrement réfléchi (et plus explicite) de Haunted Knight (Le Chevalier Hanté, qui par le jeu de mot k-night sous-entend la nuit hantée), ce comic
a tout pour prêter à confusion. Mais contrairement à ce que pourraient le laisser penser le titre et la date de sortie français, ce recueil, constitué
de trois histoires publiées de 1993 à 1995 sous le titre générique de Legends of the Dark Knight Halloween Special (Fear (1993), Madness
(1994), Ghosts (1995)), n’est pas une préquelle d’Un Long Halloween. De plus, si ces légendes posent quelques jalons qui, à l’exemple de
l’utilisation de fêtes populaires ou du déploiement d’un bestiaire de super-vilains, seront fondamentaux pour la suite du travail de Jeph Loeb,
Tim Sale, et Gregory Wright, elles ne se contentent pas de le préfigurer. Aussi aurait-on tort de conjecturer que le trio tâtonne, et que certaines
idées n’en sont qu’à leur balbutiement. En effet, Halloween procède d’une fusion complexe qui relève d’un rapprochement virtuose entre le conte
fantastique, le folklore populaire de la fête d’Hallloween, et la légende urbaine, alors qu’Un Long Halloween tiendra d’une fusion plus simple en
apparence du moins : celle, réciproque, de l’univers du Batman, et du Polar, et qui réinvestira quasiment toute la mythologie du chevalier noir.

Il faut donc bel et bien considérer Halloween comme un ouvrage à part entière, et comprendre que si ces récits défient toute tentative de réduction
chronologique avec le reste du travail narratif de Loeb, c’est parce qu’ils se tiennent en eux-mêmes, un peu comme des nouvelles "inter-indépendantes".
A ce propos, le choix du titre original de la version intégrale de 1996, Haunted Knight, ne laisse planer aucun doute quant à la volonté de ses
auteurs de la distinguer de leurs travaux ultérieurs, et de lui conférer une étendue propre qui n’est pas celle de pièces rapportées. Ce qui frappe
le plus, d’ailleurs, c’est la nuance des styles tant scénaristique que graphique, qui confère à ces histoires une tonalité unique où le trio fait déjà preuve
d’un travail d’équipe dont la maturité artistique est indéniable.

Tim Sale torture le réalisme de ses lignes, parfois jusqu’à la caricature. Dans certaines planches, les cases forment un tout visuel organique qui
répond tantôt du cinéma et tantôt de la peinture, alors que dans d’autres, le dessinateur pousse le bouchon jusqu’en des traits dont la disproportion
tient d’une hallucinose qui contamine les perspectives. Ce travail à la fois expressionniste et symboliste, et qui flirte parfois même avec le fauvisme, est
adéquatement enrichi par les colorations de Gregory Wright, qui réussit le tour de force d’offrir à ces histoires une palette aussi sombre que flamboyante.
Les deux hommes proposent donc un univers graphique dont l’ivresse contraste foncièrement avec l’obscure sobriété à venir d’Un Long Halloween.
Jeph Loeb, quant à lui, mobilise le folklore d’Halloween autour du Batman pour le subordonner à une double ligne narrative.

1_ Cette fête constitue
une atmosphère parfaite pour déployer des créatures de la nuit costumées. En contre-partie, l’échelle nocturne du Batman est un terrain propice pour
opérer des rapprochements licencieux avec des contes de Lewis Carroll et de Charles Dickens.

2_ Elle est aussi et surtout l’occasion de violenter un
Batman qui n’en est qu’à ses débuts, et de déchirer son déguisement. C’est alors Bruce Wayne qui est mis à nu, tandis que Loeb sonde les démons
intérieurs de son personnage, à commencer par la mort de ses parents, sa solitude trop précoce, et donc, son manque et son besoin d’amour. Le gabarit
hors norme du détective et du combattant passe au second plan, au profit d’une profondeur psychologique de l’homme, qui dévoile une nouvelle
dimension de Bruce Wayne et de son entourage. Un Bruce Wayne qui, même s’il reste souvent dans l’ombre du justicier de la Nuit qu’il a inventé, a
lui aussi sa part d’ombre, et ses failles. Un Bruce Wayne qui a plus que jamais besoin de l’aide d’Alfred, et de l’amitié de Lucius. Un certain Nolan
en prendra bonne note...

A mi-chemin entre le coup d’essai (Haunted Knight préfigure par bien des aspects le vrai coup de maître qu’est The Long Halloween), et l’oeuvre qui a
sa propre carrure, Halloween est un étonnant exercice de style qui tient à la fois du réalisme psychologique et du conte fantastique, et qui apporte un
épaississement non négligeable à la personnalité de Bruce Wayne.

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