Bloody Week-end

BLOODY WEEK-END ch. IV

Journal de bord en terre audincourtoise

Jour 1 - vendredi 28 juin

Arrivé sur place, à l’Harmonie - nouveau lieu accueillant les projos et conférences du festival -, je suis déjà rincé… C’est ballot ! Il faut dire que la veille, j’étais tellement heureux de retrouver mon pote Michele Simonelli (fiston de Giovanni Simonelli, scénariste d’œuvres tardives du maestro Antonio Margheriti : Le grand coup, Le temple du dieu soleil, Les aventuriers de l’enfer, …), que le repas dans un chouette resto chinois s’est prolongé jusqu’à pas d’heure…

Ouverture des hostilités à 14h00, avec le documentaire Mort ou Vif ? Les héritiers du Western (2013) de Julien Dupuy et Xavier Sayanoff. Divers intervenants férus de western (Jan Kounen, Florent-Emilio Siri, Eric Valette, Jean-Baptiste Thoret ou encore Rafik Djoumi) y dissertent de ce genre lié aux origines du cinéma et aux grands espaces américains, qui innerve une bonne partie de la production contemporaine (polar, sci-fi, …), bien qu’il soit paradoxalement mal reçu par le public actuel. Plutôt instructif, Mort ou Vif ? se suit avec plaisir (les interviews sont « catchy » et s’enchaînent sans temps mort), si ce n’est que le sujet aurait mérité d’être traité un peu plus en profondeur. Serait-ce la principale scorie du travail de Xavier Sayanoff (co-réalisateur du réjouissant et inégal Viande d’origine française) ?

Dès 15h30, je me rends à la conférence « Sexe, sadisme et homicides sériels : les tueurs en série et leurs victimes » orchestrée par Bérangère Soustre de Condat-Rabourdin, qui revenait au Bloody Weekend pour la troisième année consécutive. Heureusement, son exposé est toujours aussi limpide, examinant - entre autres éléments - le profil des serial killers, leur modus operandi, la typologie de leurs victimes et les moyens déployés pour les traquer. Pour l’occasion, l’experte en médecine légale et anthropologue débarquait avec un stock de son premier ouvrage Autopsie du tueur en série (inaugurant la collection Post Mortem).

Du côté de chez Kikoïne

A 20h00, juste après la diffusion du teaser de Phase terminale (destiné à lever des fonds pour le futur zombie flick d’Alain Delmas et Jean-Yves Guilleux), démarrait un double programme consacré aux œuvre traditionnelles de Gérard Kikoïne. Eh oui, « Kiko » n’a pas seulement dédié sa carrière à la croupe rebondie !

Gérard Kikoïne

Dr. Jekyll et Mr. Hyde (Edge of Sanity, 1989) s’avère stylisé - avec une photographie aux couleurs tranchées rappelant Mario Bava - et inventif dans ses cadrages, autant que généreux en donzelles dévêtues (forcément, on ressent l’amour immodéré de Kikoïne pour les femmes). Le film est un mix réussi entre L’Étrange cas du Dr. Jekyll et de Mr. Hyde de Robert Louis Stevenson et le mythe de Jack l’Éventreur. En effet, sous l’emprise d’une mystérieuse substance inhalée telle du crack, ce bon vieux Docteur Jekyll (Anthony Perkins, à la prestance racée, mais au jeu frôlant parfois le cabotinage) s’y encanaille avec des filles de joie, qu’il finit invariablement par égorger…

Buried Alive (1990) est pour sa part une honnête série B, efficace mais un peu maladroite, qui, à l’instar du chef-d’œuvre L’emmurée vivante de Lucio Fulci, revisite librement la nouvelle Le Chat noir d’Edgar Allan Poe. Le tout dans un pensionnat de jeunes filles à problèmes (dont la porno star Ginger Lynn) et sous le regard des vétérans Robert Vaughn, Donald Pleasence (une prestation venue d’ailleurs !) et John Carradine. Finement troussé, Buried Alive démontre une fois de plus l’attachement de Kikoïne envers les plans biscornus ou « cassés » (débullés, « sa marque de fabrique ») et le recours à une caméra perpétuellement en mouvement (dolly, caméra épaule) pour dynamiter l’action.

Faisons court(s) !

Avant cela, à 20h00, s’était ouverte la compétition de courts-métrages. Un des fleurons de chaque « Weekend Sanglant ». Comme chaque année, les films de nationalités variées (France, Suisse, Etats-Unis, Belgique, Espagne, …) défilaient sous les yeux du Jury, présidé par la divine Caroline Munro.

Par copinage éhonté, je me contenterai de pointer une des pépites du lot et un des grands oubliés du palmarès : Un monde meilleur de Sacha Feiner. Véritable bête de festivals, l’essai S-F de notre Gremlin préféré dépeint un régime totalitaire aux réminiscences fascistes, dans lequel un fonctionnaire zélé (spécialisation : délation d’autrui !) se plie docilement à la tâche. Il sera plus que déphasé par le vent de liberté parvenant à renverser l’ordre en place et le laissant sur le carreau… Un modèle de minutie et de créativité, transcendé par le soin maniaque apporté aux décors, accessoires et effets visuels.

Le court-métrage Un monde meilleur

Citons aussi le poignant La dame blanche d’Arnaud Baur, tentative de fantastique intimiste made in Switzerland (chapeautée par Olivier Beguin), l’hilarant Ma plus belle cravate d’Emmanuel Pasquet et son humour non-sensique, ou encore le très décalé Mascarades d’Alexandre Jousse.

Jour 2 - samedi 29 juin

Faisant l’impasse sur la deuxième session de courts (9h00 du mat’, c’est inhumain !), je me rends à l’Harmonie sur le coup de 11h00 pour la projection du documentaire Roma Fantastica, concocté par Luigi Cozzi et Jean-Philippe Guigou. Il en émane une nostalgie diffuse de l’Âge d’Or du cinéma de genre rital, de celle qui ne manque pas d’émouvoir les bisseux. Roma Fantastica remet en perspective les œuvres des précurseurs Riccardo Freda, Mario Bava et Antonio Margheriti, desquelles découlèrent nombre de productions.

Luigi Cozzi, en bon Monsieur Loyal, y revient sur sa collaboration et son amitié de longue date avec Dario Argento, sans oublier d’expliciter la genèse de ses propres réalisations ou les débuts de sa boutique Profondo Rosso. En sus, le film nous offre une cartographie de Rome via les lieux qui ont accueilli les tournages d’illustres cinéastes (Fellini, Argento, …). Alors forcément, certains jugeront que Roma Fantastica est un chouïa trop centré sur la filmo de Cozzi, avec un flagrant manque de recul par rapport à ses bébés, presque tous jugés novateurs… On se contentera de leur répondre que c’est un témoignage précieux sur une époque révolue. Et ça, ça n’a pas de prix !

Dur, dur pour le portefeuille…

Disposant d’un peu de temps, j’en profite pour enfin écumer les allées de la Filature et ses exposants, dont chaque année, les stands ruinent mes finances. Je me contenterai ici de nommer la plupart de ceux qui m’ont tapé dans l’œil et m’excuse d’avance auprès des autres.

Le Belge Laurent Castille (alias Larry Castillo) y présentait ses comics, dont le dernier né - Welcome in Amnesia - est un bijou au noir et blanc classieux, « Frank Miller style ». Christophe Triollet vous en avait déjà vanté les mérites. Pour le commander, direction le site de l’éditeur Galaxie Comics. Au rayon littéraire, saluons dans un même mouvement la naissance de la collection TRASH et ses trois premiers opus (NECROPORNO, PESTILENCE, BLOODFIST) aux enivrants relents de tripaille et de mauvais goût. Gageons que TRASH EDITIONS, basé à Angers, en a encore sous la pédale. Tant d’exubérance et de folie fait plaisir à lire !

Créations de Marcellin Brissoni Au-delà des indispensables échoppes de DVD et goodies, voici en vrac quelques artistes à suivre : le régional de l’étape - il était à deux pas de chez lui ! - Marcellin Brissoni (figurines détournées en créatures absurdo-protéiformes, sous influence Dada et surréalisme poétique), Lulu’s Magic World (bébés transformés en monstres du bestiaire fantastique !), L’atelier de Maître Hobbit (créations en cuir, en lien avec la fantasy et le GN), Chtarbos-Figurines (maquettes et figurines « de luxe » inspirées d’œuvres chères aux fanboys) et Lilite and Bathory (alias Delphine), grande habituée des lieux, aux personnages et dioramas amoureusement sculptés, issus de films cultes (Braindead, Hellraiser, Jaws, …).

Ciné Régie (une des plus grandes sociétés françaises spécialisée dans les armes, costumes et véhicules militaires pour le cinéma) était aussi présent sur place et vendait quelques pièces de valeur. N’oublions pas que ces mecs ont bossé sur de petits films comme Il faut sauver le soldat Ryan ou Lettres d’Iwo Jima, et qu’ils devraient sans doute embrayer sur Transformers 4… J’en ai rencontré la tête pensante, Michaël (Directeur de la boîte) et je m’en serais voulu de ne pas vous en parler.

And last but not least, trois monstres sacrés du fanzinat accordaient tout leur crédit à l’événement, par la présence sur un stand de leurs géniteurs respectifs. Mon ami Didier Lefèvre (Medusa fanzine) partageait son espace avec les tout aussi sympathiques David Didelot (Vidéotopsie) et Rodolphe Laurent (Le Bissophile). Les gars, je fus enchanté de faire votre connaissance et - au risque de me répéter - votre travail est essentiel ! Longue vie à vos publications !

Stand de Lilite and Bathory

Rencontres

A l’image de l’édition 2012, les rencontres se déroulaient au Studio des 3 Oranges. Je m’y rends donc sur le coup de 14h00, pour un Q&A avec Gérard Kikoïne (Dans la chaleur de St. Tropez, Vacances à Ibiza) et Dominique Bettenfeld, une des plus fameuses tronches du cinéma de Jan Kounen et Jean-Pierre Jeunet : Delicatessen, Dobermann, 99 francs, … Dominique Bettenfeld Comme prévu, le premier nous régale d’anecdotes croquignolesques sur son parcours atypique et sa carrière de « réalisateur de films d’amour » (comme il aime à le préciser - vous en apprendrez plus dans un prochain numéro de CinémagFantastique), alors que le second, dans une gouaille toute caractéristique, y va franco en balançant quelques considérations bien arrêtées sur le métier d’acteur et l’état déprimant du cinéma français actuel, où la prise de risque n’existe plus, les producteurs fermant la porte aux projets les plus originaux. Il en profita pour enterrer l’idée d’un hypothétique Dobermann 2 réalisé par Jan Kounen. Un projet qui pourrait aboutir sous la houlette des Ricains et confié à un autre cinéaste. Pas dit qu’on y gagne au change…

A 16h30, ce fut le tour du duo Caroline Munro/Luigi Cozzi. L’égérie de la Hammer nous offrit ses souvenirs émus, revenant sur les jalons incontournables de sa filmographie. Celle qui fut une des James Bond girls de L’espion qui m’aimait éclaboussa cette rencontre de sa prestance et de sa classe innée, pétrie d’humilité. Luigi Cozzi et elle réaffirmèrent par ailleurs leur admiration pour la stop motion virtuose du regretté Ray Harryhausen, dont les SFX faussement rudimentaires avaient bien plus d’âme que les CGI, omniprésents de nos jours pour garantir le succès de chaque blockbuster hollywoodien. C’est cette magie émanant du travail de Harryhausen qui donna à Cozzi l’envie de s’atteler à Starcrash… On le comprend…

Chat fait mal !

En début de soirée, était projetée une copie rare de The Black Cat (Il gatto nero, Luigi Cozzi, 1989), vraisemblablement extraite d’une VHS et sous-titrée en français par les gars d’Artus Films. Néanmoins, il en existerait une édition vidéo luxembourgeoise, dont Didier Lefèvre avait jadis vendu un exemplaire à Norbert Moutier (ça, c’est de l’anecdote !). Très daté 80’s (dans le mauvais sens du terme) et pourvu d’un scénario plutôt mince, The Black Cat se rapproche moins de l’œuvre de Poe que du Suspiria d’Argento, reprenant les écrits de Thomas De Quincey (Suspiria de Profundis, 1845) pour relater les exactions d’une des Trois Mères sous un angle nanardeux. Sans conviction, le film prône la mise en abîme ; un tournage - qui provoque la colère de la sorcière - servant ici de prétexte à un déluge de gore et à l’installation d’enjeux narratifs difficilement cernables. Heureusement que le tout est légèrement sauvé par le charme incendiaire de Caroline Munro, pourtant peu présente à l’écran. Pendant la projection, elle ne manquait d’ailleurs pas d’humour par rapport à sa prestation, pouffant devant certains « tics de jeu » trop appuyés.

Sublime Caroline Munro

Le bal des monstres clôturait la journée. Refroidi par l’ardeur à la tâche d’un videur « salafiste » (fouille au corps et plus si affinités), je n’y passe qu’en coup de vent, le temps de discuter avec l’ami Arnaud Briotet - sous l’emprise de la bière - et avec l’über cinéphile Jérome Baverey (ancien présentateur du festival & éminence grise derrière les Bloody Quizz des autres éditions).

Jour 3 - dimanche 30 juin

En matinée, je fais l’impasse sur la projo du cultissime Starcrash (je ne compte plus le nombre de fois où je l’ai vu - entre autres, dans une superbe copie 35 mm au Offscreen Film Festival) pour flâner le long des stands de la Filature (aïe, encore des dépenses !), puis me rendre à la conférence « Dans l’œil du spectateur : Quand le cinéma dépasse les bornes », animée par Julien Bétan - auteur de l’essai Extrême ! Quand le cinéma dépasse les bornes (Les moutons électriques éditeur). Le tout a pris la forme d’un dialogue nourri avec le public autour de la notion d’extrême cinématographique (banalisation de la violence - spectaculaire et presque dénuée d’affect -, tolérance des spectateurs face aux images explicites, etc.).

Un chouette moment, mais le festival touchait gentiment à sa fin et le palmarès de ce chapitre IV se profilait à l’horizon.

Palmarès

Lors de la Cérémonie de Clôture, le Jury - présidé par l’icône du fantastique Caroline Munro et composé de Luigi Cozzi, Gérard Kikoïne, Dominique Vibroboy Bettenfeld, Jean-Pierre Andrevon (romancier, taulier de la rubrique littéraire de L’Écran Fantastique) et Cédric Lava (chanteur tatoué du groupe Banane Metalik) - a décerné les prix aux courts-métrages en compétition.

Au grand étonnement de l’auteur de ces lignes, Mascarades - ludique mais pas complètement abouti - s’est emparé du Grand Prix. A la décharge du jeune Alexandre Jousse, soulignons qu’il a pris le risque d’expérimenter, quitte à se prendre les pieds dans le tapis. L’accumulation d’effets (image alternativement monochromatique ou sépia, scratches, sautes de raccord, …) tend à lasser et à relativiser l’enthousiasme autour de son œuvre, certes riche de promesses pour la suite… Le désopilant Ma plus belle cravate méritait sans conteste son Prix du scénario et les autres distinctions allèrent logiquement à Jack Attack (Prix des effets spéciaux), Nostalgic z (Prix du public) et au polisson Tram (Prix du meilleur film d’animation).

On espère évidemment qu’une 5ème édition rendra pérenne l’événement créé par Aurélie Lequeulx et Loïc Bugnon - de vrais passionnés -, et qu’il prendra petit à petit une autre dimension, sans se départir de son esprit bon enfant. Pour cela, l’organisation générale devra encore se renforcer et surtout, adopter une rigueur presque spartiate.

A cet égard, un véritable coin presse et un planning d’interviews ne seraient pas du luxe… C’est une remarque plus personnelle et j’imagine que le « fantastic duo » ne m’en voudra pas, vu le soutien inconditionnel que je leur apporte depuis quelques années.

Merci à Aurélie Lequeulx et Loïc Bugnon - qui attendent un heureux événement (c’était l’instant Closer !) -, sans oublier les vaillants bénévoles de la Bloody Zone.

"Petit monstre" du stand de Lulu's Magic World

Créations de Marcellin Brissoni

Stand de l'atelier de Maître Hobbit

Sculptures made in Chtarbos-Figurines

Stand de Ciné Régie

L'univers de la Sirian Legion

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