BATMAN : THE KILLING JOKE

14 décembre 2011 | Par : Fred Bau | Des bulles

Titre Batman : The Killing Joke

Scénario Alan Moore

Dessins Brian Bolland

Encrage John Higgins

Année 1988/1989

Année de réédition 2009 (avec encrage de Bolland)

Editeur Panini Comics

Note 9,5/10

Résumé

Le joker s’est une nouvelle fois échappé de l’asile d’Arkham, et il n’a qu’une seule idée en tête : s’en prendre au commissaire Gordon, afin de prouver qu’il suffit d’une très mauvaise journée pour faire basculer un homme du côté de la folie. Après avoir tiré au pistolet sur sa fille sous ses yeux, il enlève le policier et lui fait subir divers sévices. Batman, obsédé pour sa part par l’idée que ça ne peut que mal finir entre lui et le Joker, se lance à la poursuite de son "meilleur" ennemi.

On a beaucoup tergiversé sur cette bande dessinée. Les lecteurs les plus minces y ont perdu leurs repères, alors que les plus épais y ont vu un chef-d’oeuvre à la fois fascinant et déstabilisant. D’abord parce que le scénario, vertigineux, a de quoi faire tiquer, pour reprendre les mots de Bolland. En effet, où Alan Moore nous entraîne-t’il ? A quoi bon inventer ces origines dramatico-grotesques du Joker ? A quoi bon dépeindre en noir et blanc saignants la fragilité originelle d’un comique raté, tout en laissant un libre cours extrême aux couleurs de sa folie furieuse ? A quoi bon ces planches sado-masochistes, ces tirades nihilistes, et ces moments de romantisme désespéré suspendus dans la grâce ? Oui, nous tiquons, jusqu’à la fascination. Nous tiquons, Bolland en tête, qui en guise de tics, dessine un jeu d’ombres et de miroirs dédaléen halluciné ; qui en guise de tics encore, décide de recolorer cette réédition comme pour mieux assombrir la bile tranchante de cette farce d’Alan Moore. Et alors ? Le ton de The Killing Joke est celui d’un humour noir, sarcastique, corrosif, qui s’élève jusqu’à une exigence surréaliste. Une blague implacable dont les sarcasmes et le ricanement divin flirtent avec la rupture d’anévrisme du mythe, et des repères sociaux et moraux du lecteur.

Bien sûr, il y a ce premier niveau de lecture, où le Joker, méchant pour avoir été malheureux, entend bien démontrer qu’il suffit d’un rien pour qu’un homme sombre dans la démence. Et derrière ce premier niveau de violence, un sous-texte ingénieux qui s’efforce de montrer combien un mode de représentation du monde, fondé sur des principes rationnels et des valeurs morales, est fragile et ambigu, tandis que Batman traque le clown funeste, avec plus de questions en lui que de réponses. La farce semblerait presque trop légère, avec ses faux airs de dilettantisme, qui visent assidûment l’essentiel, où la ligne de démarcation entre le justicier et le dément se resserre jusqu’à l’asphyxie. Si Alan Moore visite les origines du Joker et tend à les amalgamer avec celles de Batman (la couleur est annoncée dès la deuxième planche, où l’on aperçoit derrière des barreaux, la figure de Dent/Double Face qui a des allures de Wayne/Joker), c’est parce qu’il dresse une parabole surréaliste d’un basculement dans l’irrationnel. Moore et Bolland ne démontrent rien. Ils se contentent de nous mal mener en nous entraînant dans le goulot d’étranglement suivant : à savoir qu’il y a peut-être quelque chose d’aussi fou à vouloir lutter pour la Justice, que de vouloir la détruire. La bonne blague.. mortelle.. où le Joker et le Batman finissent par se rejoindre dans l’absurdité d’un rire glacial.

Le Batman incarne dans le comic un idéal torturé de justice. C’est un justicier empêtré dans l’ambiguïté de ses propres motivations, et du devoir qu’il s’est juré de suivre en restant du côté du droit. Mais qu’est-ce qui fait au fond que le Batman ne bascule jamais de l’autre côté du miroir ? Qu’il ne se débarrasse pas tout bonnement de ses ennemis, ou pire ? C’est parce qu’il est un personnage de fiction. Il n’a de réalité que celle que lui prête la franchise DC. Et quand la dernière page d’une fiction comme The Killing Joke se tourne, le Batman et le Joker sont quasiment devenus un seul et même être. Ils s’étranglent (s’embrassent ?) de rire dans la schizophrénie d’un mythe, et la couverture peut se rabattre. Ce qui rode alors dans les ombres de la réalité, autour de chacun de nous, ce n’est pas le Dark Knight qui a juré de nous sauver de nous-mêmes en préservant la Justice, mais bel et bien le Joker, plus sûrement que jamais tapi au fond des miroirs. Voilà peut-être bien la blague. La blague qui tue. Aux tréfonds des abysses de la lucidité nihiliste, se tient omniprésent, non pas le sauveur, mais le monstre. Et une oeuvre surréelle, intemporelle.

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