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BACK TO THE FEATURE

19 août 2010 | Par : Quentin Meignant

Docteur Watson (Le Chien des Baskerville, 1959)

Située dans la période de déclin de » la célèbre et légendaire firme Hammer Productions, Docteur Jekyll & Sister Hyde demeure néanmoins l’une des preuves les plus manifestes de la société anglaise. En effet, alors que la Hammer s’était à la base implantée dans un classicisme horrifique ayant permis au cinéma de genre de s’offrir ses plus beaux fleurons, celle-ci changea quelque peu d’orientation dans les 70’s en parsemant ses productions de quelques déviances d’ordre sexuel, histoire de rendre ses bandes plus vendeuses.

Si, d’une manière générale, le succès tant critique que public ne fut guère au rendez-)vous, force est de constater que Docteur Jekyll & Sister Hyde demeure une réussite pleine, tant au niveau du fond que de la forme. Réalisé par le génial Roy Ward Baker, le métrage prend pour base l’œuvre littéraire de Robert Louis Stevenson, L’Étrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde, où le docteur Jekyll s’isole de plus en plus souvent et longtemps pour mener à bien ses recherches axées sur la découverte d’une substance combattant les maladies. Ce comportement intrigue ses voisins du dessus et ... frustre en particulier sa jeune voisine. La nouvelle orientation que Jekyll donne à ses travaux étonne son collègue et maître, alors que des jeunes femmes du quartier sont assassinées.

Plutôt fidèle au roman d’origine, Docteur Jekyll & Sister Hyde se distingue bien évidemment par son titre, annonciateur d’une ambigüité sexuelle qui ne tardera guère à être démontrée à l’écran. Relecture « déviante » de l’œuvre de Stevenson, le film offre un regard troublant sur la transsexualité et, d’une certaine façon, sur l’homosexualité.

Docteur Jekyll, alias Sister Hyde étant le personnage central et malfaisant du récit, il se retrouve opposé à une foule d’ennemis qui se situent du côté de la loi. Néanmoins, au vu de la mollesse et de la bêtise policière, une seule personne est en mesure de stopper la marche homicide du jeune savant fou. Son nom est Robertson.

L’ami de toujours

Visiblement ami du Docteur Jekyll dans l’intrigue déployée par Roy Ward Baker, le Professeur Robertson est une sorte de déclinaison de l’un des personnages centraux du récit originel de Stevenson : J. G. Utterson.

Ce dernier étant considéré comme le meilleur ami de Hyde dans l’œuvre littéraire, il est assez facile de créer un parallélisme avec Robertson (même au niveau de la consonance du nom) et, donc, de conférer au Professeur l’importance qui lui revient.

C’est d’ailleurs dès les premières scènes que le Professeur se signale et que Baker souligne le véritable attachement au Docteur Jekyll. S’en faisant pour la santé, tant mentale que physique de son ami, Robertson ne manque pas de lui rendre régulièrement visite, d’autant que Jekyll ne sort plus de chez, absorbé qu’il est par ses expériences sur « l’élixir de vie ».

Connaissant visiblement bien des choses sur son ami et sur ses curieuses expériences, Robertson, dont on ignore alors encore la nature exacte de la profession (tout juste sait-on qu’il est dans le milieu de la science), garde donc un œil discret mais inquiet sur la vie menée par Jekyll, n’hésitant d’ailleurs guère à critiquer le « sérieux » et la rébarbativité de l’existence.

Coureur de jupons

L’autre grande passion de Robertson, hormis, bien entendu, la préservation de la santé de Hyde, réside dans son attrait pour… la gent féminine. Souvent distrait, toujours sur la brèche au niveau drague (discrète bien entendu au vu de l’époque), il ne cesse d’éprouver une attirance envers le moindre jupon qui passe.

Néanmoins extrêmement respectueux et loin de la bouffonnerie de la plupart des dragueurs dépeints dans nombre de films, on ne le verra qu’une fois passer à l’action, chose qui lui sera fatale (voir plus bas).

Par ailleurs, conscient de l’importance d’une relation amoureuse dans la vie d’un homme, il se réjouit que son ami Jekyll, qu’il pense pourtant être le meurtrier de Whitechapel, ait, semble-t-il trouvé l’amour dans les bras d’une belle brune, ignorant bien entendu que cette Miss Hyde est en fait… Jekyll lui-même.

Terribles suspicions

Alors qu’il était présenté comme un simple savant, s’adonnant sans doute à quelques expériences, le Professeur Robertson est en fait… le médecin légiste de la très fréquentée (depuis la naissance de Sister Hyde) morgue de Whitechapel. Voyant défiler les cadavres atrocement mutilés, le Professeur a rapidement un déclic en se rendant sur les scènes de crime.

Il y a en effet quelques semaines de cela, son ami, le Docteur Jekyll, venait prélever certaines parties du corps des cadavres féminins de la morgue (dans un certain anonymat, couvert qu’il était par le gardien des lieux et, sans doute aussi, par Robertson lui-même). Se rendant compte que les parties mutilées sur les victimes coïncidaient avec les travaux de Jekyll, Robertson est rapidement persuadé que son ami et le tueur de jeunes femmes ne sont qu’une seule et même personne.

C’est ce qui le poussera à rendre des visites impromptues au Docteur Jekyll et à rester caché des heures durant devant la maison de ce dernier. Ne se doutant pas que Sister Hyde et son ami sont une seule et même personne, son enquête piétine et, pourtant, il en reste sûr : Jekyll est bien l’assassin.

Homosexuel sur ses vieux jours

Obsédé qu’il est par la culpabilité de son ami, le Professeur Robertson se rend chez ce dernier juste après qu’un meurtre ait été commis et tombe seulement sur Hyde, preuve manifeste de la culpabilité de Jekyll.

En bon coureur qu’il est et, pourtant, sans aucune arrière-pensée sexuelle à la base, Robertson emmène Hyde directement dans son appartement, moment choisi par la jeune femme pour faire des avances à son hôte.

Cédant aux charmes de cette dernière, campée il est vrai par la sublime Martine Beswick, il ne tarde pas à l’embrasser goulûment, ne se doutant pas une seconde que la jeune femme a, en fait, pris le contrôle du corps de son meilleur ami, le Docteur Jekyll.

Cette séquence, hautement perturbante d’un point de vue moral et déviante au niveau sexuel, verra le malheureux professeur perdre la vie, poignardé par Miss Hyde. Son enquête s’achève donc avant qu’il ait pu percer le terrible mystère de son ami Jekyll et sa vie se termine de bien triste façon, tué qu’il a été par ses pulsions sexuelles envers ce qui était en fait… un homme.

Interprète chevronné

Si le nom de Gerald Sim ne risque guère d’évoquer grand-chose à la majeure partie du grand public, son visage est bien connu des amateurs de bandes oldies, l’homme ayant débuté sa carrière en 1947, à l’âge de 22 ans.

On doit notamment à l’acteur anglais nombre d’apparitions dans des rôles secondaires jusque dans les années 90, le plus souvent dans des rôles où son flegme et son sens du raffinement trouvent tout leur sens. On le retrouve ainsi tantôt en officier militaire, tantôt en ministre ou en gérant d’une banque, le tout pour une industrie cinématographique anglaise emprunte de classicisme.

Il fera aussi une apparition dans le Frenzy d’Alfred Hitchcock ou encore dans le fameux Retour de l’Abominable Dr. Phibes, en 1972. Acteur éclectique, il demeura, jusqu’à la fin de sa carrière, fort prisé par les metteurs en scène de nombreuses séries anglaises.

C’est sans aucun doute à lui que le Professeur Robertson doit son incomparable flegme, qui fait de lui l’un des personnages les plus appréciés du métrage de Baker. Bénéficiant par ailleurs d’un rôle central dans LA scène la plus troublante du film, Sim s’offre sans doute l’une des séquences les plus marquantes de sa longue et riche carrière.

Commentaires

So good to see !

14 septembre 2011 | Par Indeed

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