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5 août 2010 | Par : Quentin Meignant

Malamadre (Cellule 211)

Pour la première fois de son histoire, la chronique FLASHBALL ne s’intéressera guère à un héros totalement barge, borderline ou apeuré, mais bien … à un vrai méchant. Malamadre, tout droit sorti de la bande à succès de Daniel Monzon, Cellule 211, est ce que l’on peut appeler un terrible ennemi de l’ordre établi par les matons. Mais, malgré tout, le personnage, tout au long du film, acquiert un caractère particulièrement humain et se fait le défenseur des droits de certains de ses congénères.

Pour rappel, Cellule 211 connut il y a peu une exploitation en salles dans nos contrées, ce qui est plutôt rare pour un thriller ibère, ce ci étant sans doute dû à son énorme succès dans son pays d’origine. Vainqueur de 8 Goyas, l’équivalent espagnol des Oscars, l’acteur incarnant Malamadre étant lui-même primé, présenté lors du BIFFF 2010, Cellule 211 suit Juan, un futur jeune maton. La veille de son embauche, en vue de se faire bien voir, le jeune homme se rend à la prison pour la visiter et faire connaissance avec ses futurs chefs. Mal lui en a pris : alors qu’il est blessé par la chute d’un objet, une mutinerie éclate dans la zone de Haute Sécurité. Dernière chance de survie pour lui : se faire passer pour un prisonnier au milieu de bêtes bien plus sauvages que lui… dont le chef n’est autre que le terrible Malamadre.

Pseudonyme peut-être significatif

La première chose interpellante concernant Malamadre, outre, bien entendu, son entrée en scène pour le moins fracassante, réside dans le fait que son nom signifie en langue espagnole « Mère indigne ».

Mala madre serait-il un moyen trouvé par Monzon de dédouaner son personnage de la moindre responsabilité dans sa violence chronique ? Victime d’une enfance malheureuse, l’homme est-il pour autant pardonnable ? Cela reste une possibilité même si le traitement plutôt hardcore de Malamadre dès les premiers instants du film sont plutôt de caractère à renforcer une réputation de bête sauvage.

De plus, Malamadre est ce que l’on peut appeler… un Mala Padre. Durant les événements qui secoueront la prison, il avoue en effet à Juan qu’il y a un petit Malamadre qui se promène quelque part, tout en admettant ne l’avoir jamais vu et ne pas désirer faire sa connaissance.

L’histoire se répète-t-elle ? Toujours est-il que, dès le départ, Malamadre semble définitivement socialement inadapté…

Bête sauvage

On a beau faire de Malamadre le héros de ce FLASHBALL, il ne faut guère oublier que le personnage est une brute épaisse de la pire espèce. Ainsi, l’homme a intégré il y a bien des années déjà le quartier de Haute Sécurité de la prison où il est détenu pour quelques meurtres et autres méfaits.

On le découvre ainsi, dès les premières séquences, occupé à tourner dans une sorte de couloir en plein air très exigu, ce qui constitue sa seule promenade en « plein air » du jour. Il en profitera néanmoins pour mener la prison toute entière à la mutinerie. Suite à une diversion qui blessera assez sévèrement Juan au crâne, Malamadre en profite pour dresser son piège, dans lequel un gardien pourtant expérimenté ne tarde pas à tomber.

La sanction est simple et sévère pour le maton : la mort par étranglement, Malamadre n’hésitant pas une seule seconde à tuer sauvagement l’ennemi. Ayant visiblement prévenu certains de ses petits camarades avant de lancer les hostilités, Malamadre et ses lieutenants ne tardent pas à mettre la prison à feu et à sang.

Rencontre avec Juan

Si Malamadre devient le chef de la prison, il est bien aidé par ses fidèles (pour la plupart) assistants que sont Apache, une balance, Releches, un faire-valoir totalement malformé et un brin limité, et Tachuela, un homme aussi dur que dévoué. Le second nommé ramène auprès de son chef le malheureux Juan, qui avait été abandonné, blessé dans la cellule 211.

Personne ne le connaissant, le héros devra passer par les mains expertes de Malamadre, qui « sait reconnaître un criminel », ce qui sera, heureusement pour lui, loin d’être le cas sur ce coup-là. Mis à poil au milieu de la horde de sauvages, Juan se sauve tout d’abord par une répartie qui mettra à mal celle de Malamadre, mais aussi… par la taille visiblement démesurée de son sexe, gage d’un certain respect.

Dès lors, si Malamadre éprouve encore quelque méfiance envers le héros, il le laisse en vie et… est même surpris de découvrir en lui le plus précieux et le plus intelligent de ses gardiens. C’est en effet Juan qui soumet l’idée à Malamadre de laisser une caméra intacte, histoire de continuer à communiquer avec l’extérieur, alors que les sbires de ce dernier étaient occupés à toutes les casser.

Homme de vendetta

Malamadre a beau passer pour un monstre aux yeux de la société espagnole et plus particulièrement dans le giron des matons, l’homme n’est pas du genre à laisser passer une quelconque injustice, encore moins quand celle-ci a frappé l’un de ses codétenus.

Ainsi, lorsqu’il a la chance mettre la main sur Juliàn, l’un des gardiens les plus infâmes du pénitencier, il décide de le livrer en pâture à ses anciennes victimes. Demandant tout d’abord à Caleçon, le nouveau surnom de Juan, si le malheureux gardien était responsable de son tabassage, il se rabat ensuite sur un autre détenu appelé Muñeco. Ce dernier avait été victime d’un passage à tabac en règle il y a quelques temps, le laissant défiguré et passablement débile.

En tant que chef de la troupe maîtrisant désormais la prison et, donc, faisant office de juge suprême, Malamadre offre donc Juliàn à un Muñeco assoiffé de vengeance. S’il est certain que Malamadre ne respecte guère la loi en faisant cela, peut-on donner totalement tort à un homme qui, somme toute, dans la jungle que représente le pénitencier, rend simplement coup pour coup ?

Syndicaliste dans l’âme

Outre le fait qu’il soit plus ou moins juste envers ses hommes comme envers ses ennemis, Malamadre est nanti d’une réputation de syndicaliste des prisonniers. Déjà responsable de mutineries dans d’autres prisons, ce qui lui avait valu quelques morts sur la conscience et quelques dizaines d’années de prison supplémentaires, l’homme remet donc le couvert avec, cette fois, bien plus de véhémence.

Tenant entre ses mains trois membres de l’organisation terroriste ETA (ce qui est très vendeur comme élément dans l’Espagne actuelle), il compte monnayer ceux-ci contre divers privilèges accordés aux prisonniers. Défendant ses codétenus bec et ongles, Malamadre sait que, pour une fois, il a toutes les cartes en mains pour parvenir à ses fins et améliorer le cadre de vie de ses camarades.

Presque certain de ne pas sortir vivant d’une telle aventure, il se bat donc contre le pouvoir en place et ses revendications peuvent paraître (presque toutes) normales. Agissant tel un bienfaiteur dans ce domaine, c’est sans aucun doute cela qui vaut à Malamadre d’avoir sa place dans la rubrique FLASHBALL.

Après avoir refusé d’aller traiter avec Ernesto Almansa dans la « zone sécurisée », Malamadre force ce dernier à carrément entre dans la fosse aux lions pour lui lire sa liste de revendications, écrite par Juan.

Compagnon de Caleçon

S’il est clair que Malamadre se méfie de Juan, qu’il surnomme Caleçon, au point de lui coller au train et d’en faire l’un des ses nouveaux aides de camp, ce qui ne plaît bien entendu pas au fidèle Tachuela et encore moins au traître Apache, l’homme s’attache très vite au faux prisonnier.

A tel point que, relativement rapidement, une véritable complicité unit les deux hommes pour le meilleur et pour le pire. Juan, devenant la ressource intellectuelle de Malamadre, le faux-prisonnier voit en Malamadre son passeport vers la survie.

Les choses se corseront bien entendu lorsque des événements extérieurs à la prison viendront entacher la sérénité de Caleçon. Ce dernier mettra alors à profit son emprise sur Malamadre, transformant presque celui-ci en victime d’un jeu qu’il ne contrôle plus.

Interprète multi-primé

Ce qu’il fallait à Malamadre pour tenir la longueur, c’était une véritable « gueule » que Daniel Monzon a indéniablement trouvée en engageant Luis Tosar pour le rôle. Ce comédien de 39 ans est en effet doté d’une trogne capable d’évoquer tant l’humanité d’un personnage somme toute attachant que la bestialité d’un détenu multi-récidiviste.

Le public et les spécialistes ne s’y sont pas trompés puisque Luis Tosar a engrangé près de 5 récompenses, dont un Goya, pour sa performance. Un palmarès appréciable pour un acteur qui avait déjà glané 15 récompenses précédemment, déjà reconnu deux fois pas ses pairs lors des Goya Awards (pour le drame Les lundis au soleil et pour la romance Ne Dis Rien).

Evoluant ici dans un tout autre registre, bien plus proche du cinéma de genre, Luis Tosar est loin d’avoir connu l’apogée de sa carrière avec ce rôle de Malamadre puisque, depuis quelques années déjà les metteurs en scènes les plus reconnus se l’arrachent. Parmi ceux-ci, Jaume Balaguero aura la chance compter sur lui en tant qu’interprète principal dans Sleep Tight, la nouvelle production horrifique de la très cotée Filmax.

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