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BACK TO THE FEATURE

15 mai 2010 | Par : Quentin Meignant

Simon Brenner (The Bone Man)

Présenté dans nombre de festivals européens dès 2010, The Bone Man, alias Bienvenue à Cadavres-les-Bains, a fini par atterrir dans la sélection officielle du BIFFF 2010, n’évoquant certes pas grand choses aux habitués de l’événement bruxellois, qui se révélèrent néanmoins conquis dès les premières secondes d’une bande totalement réussie. Aux commandes de cet OVNI empli d’humour, on retrouve Wolfgang Murnberger, déjà auteur du fameux Silentium et de Vienne la Mort, deux métrages tout droit sortis des écrits de Wolf Haas, écrivain et co-scénariste.

Si, à la vue du film, il s’avère certain que le roman dont est il est tiré, s’approche déjà du chef-d’œuvre, le travail scénaristique réalisé en amont se dévoile comme étant non-négligeable. En effet, outre l’ajout du personnage de Berti, sorte de Watson un brin balourd, The Bone Man brille surtout par le traitement apporté à son protagoniste principal, Brenner, un détective un peu loser semblant ne plus rien attendre de la vie. Aidé dans son développement par le travail en amont de Josef Hader lui-même (nous y reviendrons plus tard), le personnage fait office de pierre angulaire du récit et chaque péripétie s’imbrique autour de son existence et des événements qui frappent la petite communauté campagnarde dès son arrivée.

A la recherche de la Beetle perdue

Alors qu’il vient de confisquer une BMW de grand standing à une mère de famille, non sans la déposer devant la crèche de ses enfants, Brenner rejoint Berti, son patron totalement lourdingue pour se voir confier une nouvelle mission : il doit désormais récupérer la New Beetle jaune d’un jeune homme n’ayant plus donné signe de vie depuis quelques mois.

Pour ce faire, il se rend avec la BMW qu’il vient de saisir au fin fond de l’Autriche, non sans quelques péripéties puisque le toit décapotable de l’engin prend la poudre d’escampette lors d’une fausse manipulation. Première preuve de l’authentique caractère loser du héros, ou plutôt de l’anti-héros, cet incident n’est que le premier d’une longue lignée, les affaires se compliquant encore lors de l’arrivée du détective sur place.

L’adresse fournie par son patron l’envoie directement à la Beetle jaune, garée sur le parking d’une auberge à l’air accueillant, à quelques minutes seulement de la frontière slovène, dans les montagnes autrichiennes. Sûr de la réussite rapide de sa quête, Brenner entre dans l’auberge franc-battant et cherche le jeune Horvath, propriétaire du véhicule. Les choses se compliquent lorsque, quelques secondes plus tard, la Beetle disparaît du parking, tandis que les employés et le tron de l’auberge nient formellement connaître le dénommé Horvath.

Pire encore, ces derniers se conduisent de manière outrageante envers le détective, s’en prenant à lui verbalement et désirant visiblement qu’il quitte les lieux aussi rapidement que possible. C’est ainsi que Brenner se voit proposer une simple serveuse, appelée Birgit, le remboursement pur et simple des traites du véhicule. Face à un mystère qui s’épaissit et à l’inquiétude des différents personnages rencontrés, Brenner décide néanmoins de mener une enquête qui ne sera pas de tout repos.

Pas facile, la vie à la montagne

Citadin dans l’âme, Simon Brenner découvre une toute autre culture dans les campagnes montagnardes autrichiennes : outre le très mauvais accueil qui lui est réservé, le héros doit composer avec le verbe développé et la répartie incroyable des habitants de l’auberge qui lui imposent très vite un nouveau mode de vie.

Décidant de loger sur place dans le but de retrouver le fameux Horvath, Brenner crée tout de même quelques liens avec des autochtones qui, petit à petit, commencent à l’accepter et lui trouvent même un côté assez sympathique. Ils n’hésiteront néanmoins pas à malmener le détective le moment venu.

Divine idylle

Simon Brenner est un grand solitaire, c’est sans doute pour cela qu’il travaille en tant que détective pour son ami et patron Berti, quant à lui véritable coureur de jupons. Il taille la route et remplit les missions de manière efficace… en temps normal.

Car rien n’est pareil dans les montagnes autrichiennes où il se plait très vite et se voit même dans l’obligation d’inventer des excuses par téléphone à Berti pour ne pas retourner à Vienne. Ces mensonges ont une raison : un lien s’est très vite créé entre Brenner et Birgit, l’une des serveuses de l’hôtel, et accessoirement épouse du fils de patron, le bien triste sire Pauli.

Autant son père, Löschenkohl, est un homme d’honneur (malgré des déviances expliquées un peu plus bas), autant Pauli est la pire des crapules, roulant en Porsche et lorgnant de manière inconsidérée sur l’héritage familial. C’est d’ailleurs lui qui vient voir Brenner dans le but de l’engager sur une nouvelle mission en tant que privé, lui proposant une petite fortune contre la filature pure et simple de son père, qu’il soupçonne de dépenser a vollo l’argent de la famille.

Brenner n’en a cure et reste avant tout dans les campagnes autrichiennes pour charmer Birgit, cette femme étonnante qui, sous des airs de garçons manqués, ne tarde pas à l’émoustiller au plus haut point. De manière assez morne (il ne faut pas attendre de Brenner qu’il se lance dans un quelconque discours charmeur), le détective tente de séduire la jeune femme. Ceci débouche sur l’initiation de cette dernière à la marijuana, Brenner apportant la petite « touche urbaine » qu’il manquait à la vie de cette campagnarde peu épanouie.

Gros coup de mou

Abordant avec de plus en plus d’aisance sa dulcinée, le timide Brenner profitera de la soirée organisée par Löschenkohl pour se rapprocher définitivement de Birgit. Travaillant tout deux derrière le bar, ils se retrouvent ensemble à la réserve pour enfin laisser exploser une passion qui se traduit en grands coups de langues et par la chute des quelques pots de sauce venant irrémédiablement tâcher le sol des cuisines.

C’est ensuite bien entendu la course vers la chambre qui prime sur le ramassage des déchets et l’on retrouve notre Brenner, plus en forme que jamais (et presque souriant) pour un petit 5 à 7 avec une Birgit laissant entrevoir une poitrine très volumineuse.

Arrive alors ce qui devait arriver : à force d’attendre que sa dulcinée succombe à son charme, Brenner a sans doute emmagasiné « bien trop de réserves » et se lâche après un acte de… dix secondes, sans possibilité de remettre le couvert. Séquence véritablement cauchemardesque pour la gent masculine, cette scène traduit au mieux le caractère loser du héros, déjà maintes fois exprimer par la caméra de Murnberger.

A moi la bonne goulasch

Si la scène de la « panne » de Brenner est sans doute la meilleure traduction de l’aspect larvaire arboré de bout en bout par le personnage principal de l’œuvre, d’autres exemples existent, telle la dégustation en pleine nuit d’une goulasch à base de chair humaine.

En effet, si l’enquête de Brenner réside dans la disparition d’Horvath, il est loin de se douter qu’il se retrouve au centre d’une affaire criminelle qui voit le patron de l’auberge, Löschenkohl, éliminer toute personne gênant de près ou de loin ses plans amoureux.

Dès lors, durant une nuit où le patron et cuisinier émérite vient de mettre un terme définitif à la carrière d’un maître-chanteur et qu’il transforme ce dernier en une gigantesque goulasch qu’il servira lors du dîner du lendemain, Brenner est pris d’une fringale irrésistible.

S’entendant depuis peu à merveille avec Löschenkohl, le détective se rend donc aux cuisines pour goûter à la « spécialité » du cuisinier. C’est ainsi qu’il se retrouve à manger de la viande slovène, restes d’une véritable crapule, le tout avec une sauce exquise à tel point qu’il ne manque pas de vanter les mérites de la cuisine de son hôte.

Manque de doigté

Löschenkohl ayant trouvé le parfait pigeon pour couvrir ses agissements (ou du moins pour ne pas découvrir le fin mot de l’histoire), ce dernier se sent plus à l’aise et croit être tiré d’affaire… mais, hélas pour lui, son fils, désireux de faire main basse sur l’auberge, fomente « le coup du siècle » avec une connaissance slovène en fauteuil roulant.

Le duo se retrouve néanmoins bien vite enfermé dans les frigos de l’auberge par Löschenkohl, devenu totalement fou et ambitionnant un dépeçage pur et simple de sa marmaille dans le futur.

C’était sans compter sur la « chance » de Simon Brenner qui, après son fameux coup de mou, entend bien malgré lui certains cris provenant de la cave. En y descendant, il découvre bien entendu les deux captifs… avant que Löschenkohl ne mette la main sur le ce qui est devenu un trio de nuisibles.

Dans une lutte finale acharnée, Brenner perdra un doigt, tranché par un Löschenkohl transfiguré par la colère et la folie. L’appendice sera néanmoins retrouvé par Birgit dans la farine d’une préparation culinaire quelconque, Berti ayant alors pour mission de ramener son fidèle associé jusqu’à l’hôpital le plus proche.

Le lourdingue de service y arrivera-t-il ? Pas si sûr puisque celui-ci est tombé sous le charme d’un transsexuel… un dénommé Horvath ! Comme le monde est petit…

Josef Hader, le visage de Brenner

Adapté d’une série littéraire policière autrichienne à succès de Wolf Haas, The Bone Man est la troisième incursion de l’écrivain dans le monde du cinéma après les excellents Silentium et Vienne la Mort.

Co-scénariste des trois œuvres de Wolfgang Murnberger, c’est aussi à lui qu’est revenu le choix du visage arboré par Simon Brenner, son héros récurrent, en 2000 pour la sortie de Vienne la Mort. Le maître choix de Josef Hader est sans aucun doute l’un des grands arguments vendeurs d’une franchise qui semble monter en puissance à chacune de ses sorties.

Josef Hader n’y est sans doute par pour rien puisque ce dernier, acteur de cabaret sans formation à la base, s’est lui-même occupé de la partie du script qui incombe à son personnage, Brenner, véritable pierre angulaire du récit.

Grâce à la vision du comédien, The Bone Man s’approche donc bien plus d’un mélange habile entre diverses influences, telles que le cinéma de Woody Allen, celui d’Alex de la Iglesia et surtout d’une touche post-Fargo assez impressionnante.

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