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BACK TO THE FEATURE

28 avril 2010 | Par : Quentin Meignant

Captain America (Matt Salinger, 1990)

Sauveur de papier

De tous temps, les séries de comic books mettant en scène des super-héros ont toujours été créés pour donner de l’espoir au gens, mais aussi, de manière plus retorse, ont été conçus comme une sorte d’observatoire sociologique. Ainsi, en 1940 éclate en Europe la Seconde Guerre Mondiale, un conflit violent qui fait montre de la puissance d’une Allemagne nazie qui fait la nique au reste du monde.

Il n’en faut pas plus pour que le citoyen américain moyen ne s’imagine en danger et ne minimise la puissance de sa propre patrie. Dès lors, Jack Kirby (dessinateur) et Joe Simon (scénariste) sautent sur l’occasion et tentent, par l’entremise d’un seul personnage, de rassurer les esprits chagrin et de leur insuffler un nouvel espoir : Captain America.

Créé en décembre 1940, le héros, de son vrai nom Steve Rogers, apparaît pour la première fois en mars ‘41dans Captain America Comics #1, suscitant d’emblée l’engouement du public. Editées par Timely Comics, firme qui deviendra plus tard l’omnipotente Marvel, les aventures du nouvel héros de l’Amérique surfent sur la vague de Superman, véritable égérie du genre à l’époque, tout en s’inspirant librement de personnages créés plus tôt, tels que Le Fantôme (voir FLASHBALL) ou encore ses compères, La Torche Humaine et Submariner, ces deux derniers émargeant aussi à l’écurie Timely.

Les Etats-Unis entrant un peu plus en guerre contre le dictat allemand, Captain America symbolise à lui seul la véritable bouffée d’air qu’essaie d’instiller au Monde entier l’armée américaine en ces temps troublés. Le héros étant totalement humain (hormis son bouclier indestructible, il ne sait ni voler ni lancer flammes ou lasers), il est le plus représentatif des sauveurs de l’humanité, la Torche Humaine et Submariner se battant contre la « Peste Brune » avec leurs super-pouvoirs.

L’élan patriotique suscité par Captain America est donc non négligeable mais, à la sortie du conflit armé hélas bien réel qui embrasa la Terre, son utilité s’estompa et le héros commença alors une longue traversée du désert… de glace. En effet, ses aventures furent oubliées par le plus grand nombre avec que Timely, devenue Marvel, toujours propriétaire des droits sur le super-héros, ne ravive la flamme, en 1963, sous l’impulsion de Jack Kirby. Retrouvé en état d’hibernation par Les Vengeurs, Steve Rogers fait partie intégrante de cette nouvelle troupe et, aujourd’hui encore, symbolise au mieux la puissante Amérique moderne. Toujours très politisées, les aventures de Captain America s’intéressent aux faits marquants se déroulant aux Etats-Unis, comme, par exemple, le Watergate.

Adaptations peu fructueuses

Alors que 2011 marquera sans aucun doute les véritables débuts en tant que blockbuster à part entière de Captain America au cinéma, sous la houlette de Joe Johnston, de nombreuses personnes ont déjà tenté de mettre les aventures du héros en image, que ce soit à la télévision ou au cinéma.

Ainsi, dès 1944, sous l’impulsion de la légendaire Republic Pictures, Elmer Clifton et John English réalisent un serial (format très en vogue à l’époque) de 15 chapitres long de 244 minutes qui met en scène Captain America occupé à lutter contre l’infâme Scarab, alias Dr. Cyrus Maldor, super-vilain créé uniquement pour l’occasion et incarné par le génial Lionel Atwill. Le succès est bien évidemment au rendez-vous et nombreux sont encore les gens qui se souviennent des exploits du héros qui fit rêver l’Amérique. L’exploitation cinéma de l’œuvre en est d’ailleurs la preuve : après sa première sortie en 1944, l’œuvre d’ Elmer Clifton et John English connut les joies d’une réexploitation en 1953 ainsi qu’en 1973.

Dans un effort nettement moins visible, en 1973, la Turquie se prit aussi de passion pour le super-héros avec 3 Dev Adam, une bande totalement barrée où Captain America fait équipe avec le lutteur mexicain Santo pour éradiquer la menace que représente un espèce de Spider-Man vert, super-vilain tueur en série. Anecdotique, l’œuvre refait une apparition en DVD en Grèce en 2006 et constitue le plus grand OVNI cinématographique de la carrière de Captain America.

Viennent ensuite deux téléfilms bien plus américains qui passionnèrent d’une certaine façon les Etats-Unis en 1979 et ce, malgré de très faibles budgets et un manque de qualité incroyable. Néanmoins très fidèles aux récits de base et à l’univers du héros, Captain America, de Rod Holcomb, et Captain America II : Death Too Soon, d’Ivan Nagy, allèrent même jusqu’à sortir dans les salles françaises. Produits par Universal TV et diffusés sur CBS, les deux décevants navets ont été depuis oubliés dans les tiroirs d’un distributeur ou l’autre, pas fâché de la disparition de ces œuvres impropres à la consommation.

Vient ensuite l’œuvre qui nous occupe aujourd’hui, le fameux Captain America d’Albert Pyun, tourné en 1989 et vaguement distribué en 1991. Considéré par beaucoup comme l’un des pires films jamais réalisé, il s’intéresse à la genèse du héros et à sa lutte contre le terrible Crâne Rouge, tantôt fasciste de la première heure, tantôt homme d’affaire véreux et extrêmement violent.

Aventure-synthèse

C’est bientôt la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne nazie avec l’aide d’une brillante biogénéticienne : le docteur Maria Vaselli vient de mettre au point un sérum capable d’accroître la vitesse, l’endurance et la force des soldats. Les nazis, dans ce but, vont kidnapper un jeune garçon brillant et extrêmement intelligent issue de l’aristocratie d’un pays limitrophe : Tadzio De Santis. Ils forcent le scientifique à lui administrer le sérum, mais une fois injecté, le sérum inflige des séquelles physiques au jeune homme, lui amaigrissant le visage et le couvre d’une rougeur inguérissable. Devant une telle horreur et venant de comprendre la gravité de son acte, la scientifique s’enfuit avec la formule du sérum. Quelques années plus tard, la généticienne ayant rejoint les États-Unis a amélioré la formule et voulant se racheter de sa faute passée décide d’en faire profiter les États-Unis et un projet est mis en route. C’est alors qu’un jeune soldat idéaliste américain du nom de Steve Rogers se porte volontaire pour une expérience appelée : « Renaissance », qui n’est autre que le projet en question. Devenant ainsi un super-soldat, il sera le symbole des États-Unis et du monde libre, et se verra attribué un costume et un bouclier à l’effigie des U.S.A, il devient alors le Captain America. Lors d’une opération en Allemagne, il va alors rencontrer son plus farouche adversaire : Crane Rouge (Red Skull) qui n’est autre que De Santis vouant une haine profonde à l’humanité.

Lors de ce combat mené durant une opération nocturne aussi secrète que peu discrète, Captain America se retrouve nez-à-nez avec son terrible ennemi. Moins entraîné et moins roublard que ce dernier, le héros du peuple américain se voit attaché à une ogive nucléaire dirigée vers la Maison Blanche. Dans l’anonymat le plus total, Steve Rogers parvient in extremis à dévier le missile sous les yeux d’un petit garçon, Tom Kimball, qui deviendra plus tard président des Etats-Unis. C’est alors qu’Albert Pyun et ses scénaristes, Stephen Tolkin et Lawrence Block, ont la triste idée d’enterrer le héros, toujours sur son ogive, dans les glaces de l’Arctique, réalisant un petit tour de passe-passe elliptique afin de plonger la majeure partie du récit dans le monde moderne, en 1990, sous la présidence de Tom Kimball, président écolo sous la menace constante de Crâne Rouge et de ses sbires. Un nouveau combat pour la justice commence alors…

Passant des récits originels de Timely Comics, le Captain America d’Albert Pyun délaisse donc volontairement les fondements héroïco-guerriers de Steve Rogers pour se plonger dans une intrigue plus moderne sous le couvert des avancées scénaristiques instaurées par Marvel Comics dans les années 60.

Super-héros ? Un traitement contre la polio…

Alors que le personnage de Steve Rogers est dépeint dans les comic books originels de Timely comme un jeune frêle à l’imaginaire disproportionné et, surtout, comme le fils d’un alcoolique chronique, les scénaristes de Captain America version 1990 décident d’en aire un martyr de la vie, enfant d’un soldat mort au combat.

Donc devenu, en trois coups de cuillère à pot, fils de héros américain, Steve Rogers est malheureusement frappé d’une incurable polio, maladie terrible qui le fait déjà boitillé. Tout aussi frêle que le modèle littéraire original, le personnage peut néanmoins compter sur une expérience scientifique appelée « Renaissance » menée par le docteur Maria Vaselli et qui consiste à créer une nouvelle race de soldats américains, quasi invincibles.

L’expérience porte ses fruits mais, le Docteur Vaselli ayant été abattue durant celle-ci par un espion allemand (dans une séquence particulièrement ridicule), Steve Rogers demeurera le seul héros américain affublé de l’appellation de super-soldat, sous le nom de Captain America. Néanmoins, les changements physiques sont nombreux et, outre une bonne couche de muscles supplémentaires, la voix du héros a totalement mué. Celui qui, quelques instants plus tôt parlait à sa fiancée d’une voix douce et suave s’est tout à coup transformé en archétype de la sombre brute luttant à tout prix pour les couleurs de son drapeau.

C’est quand même magique le cinéma…

Les couleurs de la nation

Dessinateur imaginatif et même légendaire grâce à ses nombreuses créations, Jack Kirby décida, en 1940, d’affubler Captain America, le héros de tout un peuple, de toute une panoplie à la gloire du drapeau américain. Doté d’un bouclier rond indestructible paré des couleurs et symboles des Etats-Unis (une étoile en son centre entourée par des lignes rouges et blanches), Steve Rogers est vêtu d’un costume moulant ses formes athlétiques, signe d’une puissance incroyable. Ce costume recouvrant même une partie de son visage laisse entrevoir, sur le front couvert du héros un « A » comme « America », la lettre étant surplombée de deux petits ailes blanches sur les tempes du Captain.

Heureusement pour son œuvre, Albert Pyun a réussi à délivrer une imagerie fort proche concernant le héros puisque, hormis le fait que son costume ne soit pas véritable moulant, notamment au niveau du visage, le comédien, Matt Salinger, profite d’un accoutrement fort proche de celui du héros de base. De plus, son physique athlétique cadre parfaitement avec le personnage qu’il est censé incarner. Dès lors, à part une scène où le légendaire bouclier de Captain America semble kaki, aucune approximation ne semble de mise…

Le Visiteur

A l’inverse, comme prouvé plus haut, le scénario mis en place par Stephen Tolkin et Lawrence Block ressemble plus à un melting pot elliptique des principales histoires littéraires de Captain America qu’à un véritable ensemble qui se tient.

Dès lors, le bât blesse dès que le héros revient à la vie après des années d’hibernation et quand sa découverte de la réalité moderne mène tout droit l’œuvre vers les aspects comiques d’un voyage dans le temps. Ainsi, hormis la scène (réussie) où il est récupéré in extremis par Sam Kolawetz et découvre nombre de « fabrications ennemies » dans la voiture de ce dernier, une bonne partie de Captain America s’assimile plutôt à un remake avant l’heure des Visiteurs de Jean-Marie Poiré.

Doté d’un humour extrêmement potache et mettant en avant nombre d’inepties chronologiques, la découverte du « Nouveau Monde » est synonyme de perte directe du caractère héroïque de la bande et souligne le manque d’identité du héros mis en scène par Pyun.

Rôle majeur

Alors qu’incarner un super-héros à l’écran est désormais devenu un must réservé à de rares chanceux, il n’en était rien à l’époque du tournage du Captain America de Pyun, qui a été pêcher son comédien principal dans les tréfonds d’Hollywood. Habitué jusque là à quelques apparitions télévisées, Matt Salinger obtint donc son premier véritable rôle au cinéma dans la petite production que s’avérait être Captain America.

Mais, là où il aurait pu marquer des points et s’imposer pour quelques rôles d’importance au box-office, le comédien coula sa carrière avec Captain America, il est vrai bien aidé par un scénario creux et une mise en scène décevante. Ayant prouvé ses grosses limites dès la scène de déclaration d’amour de la cinquième minute de l’œuvre de Pyun, Salinger ne cessa ensuite de s’enfoncer dans une interprétation inadéquate, à mille lieues du traitement omnipotent qu’il devait apporter à son personnage.

Sa carrière s’en ressentit par la suite puisque, hormis quelques apparitions dans des soaps plus ou moins à la mode et une carrière peu satisfaisante en tant que producteur, l’artiste resta plongé dans l’anonymat le plus complet.

Captain Invisibilité

Extrêmement rare, le Captain America d’Albert Pyun semble même avoir totalement disparu de la surface du globe. Edité durant les 90’s en VHS et en Laser Disc par Columbia TriStar Home Video, l’œuvre n’est bien entendu pas disponible en DVD.

Pire, il se dit dans certains milieux que le distributeur s’est arrangé pour récupérer toutes les copies du film de Pyun afin d’éviter une très mauvaise publicité suite à la nullité du film. Une pâle version VHS pirate circule bien sur la toile mais elle s’obtient, en français s’il vous plaît, après d’énormes efforts… que la bande de Pyun ne mérite de toute façon pas vraiment.

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