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7 octobre 2009 | Par : Quentin Meignant

L’Ange, alias Pinacate

Dans un cinéma de série B en plein boum suite à l’expansion des drive-in, le Mexique, à l’instar des Etats-Unis, trouva une place au soleil dans les productions des 50’s. Instantanément fauchés et bouclés en très peu de temps, les œuvres mexicaines de l’époque relevaient autant de la gaudriole que de la reprise pure et simple des thèmes largement abordés par les classiques des années 30. Prévus pour un public fort peu regardant et passionné, ces films demeurent à l’heure actuelle fort prisés par les cinéphiles du monde entier, témoignages qu’ils sont d’une époque révolue.

A ce titre, la trilogie de La Momie aztèque, créée par Rafael Portillo en 1957, jouit d’une fort belle réputation, tant par l’aspect craignos de la créature principale que par les multiples délires, relevant bien souvent d’un opportunisme à toute épreuve, mis en scène par le réalisateur lui-même. Ces bandes, dont la première bénéficia d’un vif succès entraînant les tournages à la va-vite des deux volets suivants, mettent en lumière des personnages divers dont le seul point commun est la description manichéenne qui en est réalisée. En effet, la clé de l’intrigue se résume entre l’opposition de style et de personnalité entre le Docteur Almeida, célèbre savant spécialisé dans l’hypnose et homme au grand cœur, et le bandit surnommé Chauve-Souris, véritable vilain, prêt à tout pour s’emparer de quelque richesse ou secret scientifique. Cependant, dès La Momie aztèque, un personnage apparaît bien vite comme relativement hors norme en la personne de Pinacate. Ce dernier, assez étonnant, bénéficiera dès lors d’une mise en valeur fort différente dès le second opus, Portillo réservant même une surprise de taille à ses spectateurs.

Couard, es-tu là ?

« La faiblesse humaine à l’état pur », voilà sans doute les mots qui collent le mieux au Pinacate de La Momie aztèque. Couard et gaffeur en diable, ce dernier fait partie du gentil clan du Docteur Almeida, ce qui lui confère dès les premiers instants une aura relativement positive, un brin tempérée par ses bêtises. Car, si Pinacate demeure un bon second et un assistant-savant tout à fait valable, il s’évapore, se liquéfie dès qu’un danger rôde. Bégayant plus qu’à son tour, l’ami d’Almeida va même jusqu’à provoquer des catastrophe et causer plus d’une fois la perte d’un être cher. Portillo étant d’ailleurs bien conscient du burlesque qu’un tel personnage peut instiller à son œuvre, il n’hésite pas à transformer la couardise de celui-ci en « machine à faire des bons mots », Pinacate ne cessant guère de se défendre par un second degré exquis. Entre comique de situation et de répétition, le cinéaste s’en sort donc avec les honneurs malgré une œuvre relativement pauvre en spectacle, chose qu’il doit essentiellement à son peureux de service.

« Oui, je suis là ! »

Le Docteur Chauve-Souris, fraîchement arrêté dans le premier opus, vient de s’échapper. Il fait route avec sa troupe lorsqu’un mystérieux héros blanc, longiligne mais n’ayant rien à envier aux meilleurs lutteurs du pays, s’en prend directement à sa troupe et cause d’énormes pertes. Ainsi commence La malédiction de la momie aztèque

Malgré des procédés scénaristiques très mal élaborés qui mettent rapidement la puce à l’oreille, il demeure une véritable surprise de découvrir que le justicier performant surnommé L’Ange est en fait… Pinacate, le couard de service. Totalement dépassé par les événement dans La momie aztèque, le héros continue à feindre sa maladresse et son caractère peu enclin aux exploits mais, une fois ses amis en danger, il se change à l’abri des regards indiscrets et se transforme en un justicier masqué au courage hors du commun. Vif, il parvient à déjouer un à un tous les plans de la Chauve-Souris et survit même au supplice des serpents (il se retrouve enfermé dans une cave avec quelques dizaines de crotales). Véritable héros de La malédiction de la momie aztèque, Pinacate, après la découverte de son secret, acquiert un statut tout neuf qui en fait le sauveur de service, le seul homme à surpasser les forces de police dans la lutte contre les gangs et contre la momie elle-même.

Disparition prématurée

Malheureusement, ce statut enfin assumé prive définitivement le spectateur de L’ange dans le troisième volet des aventures d’Almeida et sa clique, Pinacate n’ayant plus besoin de cacher son courage derrière une quelconque peur feinte. Portillo, multipliant les stock-shots, laisse bien entrevoir quelques séquences savoureuses, mais, de manière générale, La momie aztèque contre le robot humain déçoit, d’autant que le métrage en lui-même ne comporte que de nombreux flash-backs. Le personnage de L’Ange a donc véritablement été tué dans l’œuf et, à ce titre, le personnage de Pinacate s’est lui aussi quelque peu éteint. L’œuvre ne faisant guère preuve d’humour, le héros n’a plus le droit de lâcher quelque note d’humour.

Par ailleurs, alors que Portillo aurait pu mettre en valeur une splendide lutte entre le héros hors norme et le robot humain de la Chauve-Souris, il préfère confronter celui-ci à une momie presque invisible de bout en bout, tout comme l’intégralité d’un casting méconnaissable.

Choc des cultures

Si le personnage de L’Ange eût sans doute mérité une franchise à lui tout seul, c’est surtout parce que ce héros atypique représente en bien des points le choc entre les cultures américaines et mexicaines. En effet, Portillo est sans doute l’un des seuls réalisateurs à avoir su cerner la quintessence d’un héros somme toute modeste, grande preuve d’une certaine dévotion au cinéma américain, et être parvenu à lui faire adopter un look et des croyances fort proches de la culture mexicaine.

En effet, sous des airs de danseur étoile, surtout dus à un collant blanc qui n’inspire pas forcément le respect, L’Ange arbore un masque proche de ceux des luchadores de la belle époque, celle de Portillo justement, où les Santo et autres catcheurs du genre profitaient d’un énorme succès en salles. Le catholicisme, représenté par le surnom même du héros, est par ailleurs un autre témoin de la fidélité du réalisateur à sa culture et à son pays.

Outre ce caractère purement mexicain, L’Ange est assez proche des nombreuses productions hollywoodiennes fauchées (et en général non-officielles) mettant en scène des super-héros des grandes firmes de comic books. C’est ainsi que l’on entrevoit en L’Ange des traits du Captain America d’Elmer Clifton et John English, dont le film, tourné en 1944, fera date grâce à son manque d’argent et sa certaine naïveté. S’inscrivant ainsi parfaitement dans un cinéma d’exploitation cher à de nombreux cinéphiles, L’Ange apparaît comme un vrai héros, dont la mythologie n’a hélas pas assez été explorée.

Un interprète hors normes

Si le personnage de L’Ange, alias l’hilarant Pinacate, a vraiment fonctionné à l’écran, régalant bon nombre de spectateur, le mérite en revient aussi à son interprète, Crox Alvarado, véritable mythe du cinéma d’exploitation mexicain. L’acteur, décédé en 1984, pouvait, en plus de la trilogie de la Momie, se targuer d’avoir participé à de nombreuses productions de 1937 à l’année de son décès.

Artiste aux mimiques incroyables, il participa ainsi à la mise sur orbite d’un cinéma mexicain jusque là à la traine mais qui, petit à petit, se changea en usine de fabrications filmiques hors normes. Le Diable est une femme (1950), Le Filet (1953), Lucha Libre (1953), Le Monstre sans visage (1957), La Loba (1965), L’île des dinosaures (1967), Santo contre les sorcières (1968), The Batwoman (1968) sont autant d’œuvres, aujourd’hui poussiéreuses et instantanément savoureuses, auxquelles a participé l’excellent Crox Alvarado, acteur qui aurait sans doute mérité une carrière le menant directement à Hollywood.

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