Back to the feature

BACK TO THE FEATURE

5 février 2009 | Par : Chroniqueurs

La Chasse sanglante

Par Jack Burton

La chasse sanglante est un curieux film. Une bien étrange production, il n’y a qu’à voir le cast où se côtoient un acteur vieillissant, une gloire un peu vite oubliée, l’immense William Holden ainsi que John Philip Law, Peter Fonda et Richard Lynch. Un film tourné en partie en Espagne, un parfum un peu sulfureux entourant le contenu du film au moment de sa sortie. Curieux dans le sens intéressant même si le résultat n’est pas complètement à la hauteur mais pourra contenter les bisseux et amateurs de films « autres ». Filmé donc entre l’Angleterre et l’Espagne, La Chasse Sanglante est un croisement entre Les Chasses du comte Zaroff, I spit on your grave et Les chiens de paille, mélange détonant s’il en est. Le film se rapproche sur sa thématique d’œuvres comme l’Inspecteur Harry, Un justicier dans la ville ou plus récemment Death Sentence, ce qui lui attira lors de sa sortie les foudres de la critique qui taxa le film de nauséabond et de plaidoyer pour l’autodéfense, lui attribuant même des amitiés d’extrême droite, de véhémentes allusions dont souffrit notamment à l’époque un certain Inspecteur Harry.

L’histoire s’articule autour de trois anciens du Vietnam, Peter Fonda (vu également dans La Course contre l’Enfer, toujours dans les bonnes séries B des années 70), John Philip Law (Barbarella et Danger Diabolik) et cette gueule incroyable qu’est Richard Lynch (Scarecrow, Bad Dreams), ces trois Américains, pour se prouver qu’ils sont des hommes, des vrais, vont chaque année et ce, durant deux semaines, se livrer dans un ravissant cadre montagnard à leurs sports favoris : un peu de natation, un zeste de chasse, dégustation d’alcool en tous genres qui libère une franche camaraderie les amenant jusqu’au meurtre et au viol, tout ceci enrobé dans la joie et la bonne humeur. Leurs proies, un jeune couple, en revanche vont vivre un véritable cauchemar en compagnie de leurs bourreaux. Seule ombre au tableau pour les chasseurs : le père d’une des victimes, un ancien militaire se lance bientôt dans l’aventure…

Sur ce canevas assez simpliste, Collinson va construire son histoire de manière assez linéaire. Le film se voit dès lors découpé en trois actes : l’enlèvement et la séquestration, les supplices qui en découlent avant de se terminer par la vengeance du père. Ce qui frappe en l’espèce, c’est l’absence de volonté d’édulcorer le propos. L’ambiance est lourde, gentiment malsaine et étonnamment complaisante pour l’époque tandis que la violence se montre extrêmement réaliste, quitte à heurter l’assistance. Une œuvre en ce sens représentative de la mise en avant des accès de violence et de débauche qui frappe les seventies. Les séquences de supplices se montrent frontales, le cinéaste n’ayant aucune envie de détourner la caméra et préférant asséner au public cette réalité difficile à encaisser. Une époque bénie en somme. De Légitime Violence (Rolling Thunder) à Délivrance en passant par Un Justicier dans la ville, les seventies s’avèrent être le lieu privilégié pour ce cinéma réaliste empreint d’une noirceur omniprésente. Pas de quoi devenir nostalgique pour autant puisque certains films récents perpétuent cette filiation comme le Death Sentence de James Wan ou le A History of Violence de Cronenberg, pour ne citer qu’eux.

En dépit d’un très joli cinémascope, La Chasse sanglante compense sa mise en scène pepère par une tension constante. On ne peut que ressentir de la pitié et compatir aux sévices subis par nos deux victimes d’autant que nos trois sadiques n’y vont pas avec le dos de la cuillère dans les humiliations, raison pour laquelle le métrage traînait une réputation de film extrême et malsain. La couverture de la vhs d’époque mettait d’ailleurs en garde sur le caractère extrême et sulfureux du film, attirant du coup les plus endurcis et les plus voyeurs à admirer les tortures mises en scène. Aujourd’hui, il convient de relativiser étant donné l’engoncement de plus en plus profond dans l’horreur pure et dure mais replacée dans son contexte, l’œuvre se pose comme un produit assurément atypique et dérangeant. Lorsque William Holden débarque pour les 30 dernières minutes pour punir les trois meurtriers, la tension retombe et point le soulagement de voir les bourreaux devenir à leurs tours des proies. Holden prête à son personnage énigmatique un charisme indéniable, terminant du même coup de prouver l’étendue de son immense talent.

A noter que Collinson a toujours mis en avant des vraies « gueules » de cinéma. En 69, il réalise The Italian Job avec Michael Caine et Raf Vallone, suivi deux ans plus tard de Fright avec Ian Bannen. Vient le tour en 73 de The Man called Noon avec Richard Crenna et Stephen Boyd avant que le cinéaste ne retrouve John Philip Law en 76 pour Target of an assassin avec également Anthony Quinn.

La Chasse sanglante est à ce jour introuvable en DVD. En attendant une réédition, il faudra se contenter de la VHS d’origine.

Ajouter un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Image du jour

Récentes critiques

affiche du film
Ça
2017
affiche du film
The Black Room
2016
affiche du film
Spider-Man: Homecoming
2017
affiche du film
Okja
2017
affiche du film
Underworld: Blood Wars
2016
affiche du film
Wonder Woman
2017

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage