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28 janvier 2009 | Par : Chroniqueurs

La Mouche 2

Par The creeper

Décidément, l’année 1989 aura été celle des concepteurs d’effets spéciaux passant derrière la caméra ! Cette fois-ci, c’est au tour de Chris Walas qui donnera une suite au chef-d’œuvre de David Cronenberg, La Mouche. Je vous rassure tout de suite, cette séquelle n’a pas été envisagée pour approfondir les thèmes précédemment abordés ou parce que tout n’avait pas été dit. Une démarche purement commerciale qui trouve sa légitimité dans le fait que c’est justement Chris Walas qui s’était chargé des différents effets de maquillage sur le premier volet. Parachuté à la surprise générale, Walas s’en tire pourtant avec les honneurs. Si La Mouche II ne révolutionne pas le genre ni ne surpasse l’original, au moins le film ne le dénature pas. Mieux, cette séquelle est encore tout à fait regardable et se montre même sacrément efficace, même 20 ans après. Ce dont bon nombre de films d’horreur des années 80 ne peuvent s’enorgueillir…

L’action se situe quelques mois après les évènements du premier opus. Neuf mois très précisément, puisque le film débute par l’accouchement douloureux de la compagne de Seth Brundle. Walas choisit donc de matérialiser le cauchemar de Geena Davis dans le premier opus, celle-ci rêvant qu’elle met au monde une espèce d’asticot blanc sanguinolent. Une séquence-choc pour commencer le film qui revêt plusieurs intérêts. D’une part, cela permet de témoigner de la fidélité à Cronenberg tout en marquant ses distances puisque le nouveau-né aura d’abord l’aspect d’un cocon, et d’autre part l’accouchement fatal pour la mère permet de se passer de Geena Davis qui n’a pas voulu reprendre son rôle justement à cause de la scène cauchemardesque décrite plus haut. D’une pierre deux coups. De plus, la position allongée du personnage et le rythme instillé à la scène empêchent toute distinction entre Geena Davis et le sosie la remplaçant.

D’emblée, les spectateurs sont saisis par cette entrée en matière mouvementée, Walas obtenant ainsi toute leur attention. Procédé aussi roublard qu’efficace. Mais aussi sacrément risqué puisque la suite du métrage s’adonne peu aux effusions de sang et autres joyeusetés difformes qui font généralement le bonheur de ce genre de productions. En effet, le réalisateur va prendre tout le monde à contre-pied et s’attacher à développer ses personnages, les rendre le plus attachant possible afin d’augmenter l’implication émotionnelle du spectateur. Certes, Martin Brundle (Eric Stoltz) et sa fiancée (Daphnée Zuniga) ne sont pas les protagonistes les plus complexes qu’ils soient mais ils sont loin d’être caricaturaux pour autant.

Nous suivons donc l’évolution de Martin, le fils de la mouche, bambin à la croissance exceptionnelle puisque âgé de 5 ans, il possède le corps d’un jeune homme de 20 ans. Walas offre ainsi un contre-champ intéressant au film de Cronenberg, opposant la science désintéressée mise en œuvre par Seth Brundle (Jeff Goldblum) à celle industrielle et exploitable des scientifiques à la solde de Bartok industries qui observent in vivo le développement physique et intellectuel de leur jeune cobaye. Non pas pour l’aider à se débarrasser de sa mutation endogène mais bien pour en tirer profit. Aussi, il sera offert assez vite à Martin de poursuivre les expériences de son père sur la téléportation.

La première partie du film se développe donc autour de l’apprentissage de Martin en matière de relations humaines (romance, autorité, humiliation…) et de sa mutation inévitable. A ce propos, Walas le malicieux ne cessera d’ailleurs de s’en faire l’écho tout au long du métrage et ce dès l’apparition de Martin dans le corps d’un gamin de 5 ans. Celui-ci s’est bidouillé une espèce de casque futuriste à base d’éléments aussi disparates qu’une passoire, des lentilles ou une cuillère, et dont l’incongruité première amuse puis inquiète subrepticement lorsque, dans son exploration des conduits d’aération, cet attirail déforme sa silhouette se découpant dans le fond de l’écran.
Il est tout aussi pertinent de noter que c’est au moment où Martin découvrira qu’il a été trahi par son « père » de substitution que son corps va se transformer plus rapidement. L’air de rien, Walas et ses scénaristes (Mick Garris et Franck Darabont) reprennent une des obsessions de Cronenberg : les conséquences physiques de traumatismes psychologiques. Or ici nous sommes en présence d’une pure série B et cela donne une profondeur des plus intéressante. Alors que tout laissait à penser que le film ne serait qu’une succession de scènes chocs, gore et gluantes (des scènes qui sont bien présentes et fort réussies, rassurez-vous), Walas aura parfaitement su déjouer les attentes et s’attacher à construire une intrigue cohérente allant crescendo pour aboutir à un dernier acte libérateur où, comme Martin définitivement transformé en mouche mutante géante, il pourra se lâcher. Et montrer ce dont ses collaborateurs en matière d’effets sont capables. Car malgré le côté grotesque d’une telle transformation, Walas, par un jeu de cadrage, arrive à rendre sinon crédible du moins efficiente la créature. Ce n’est pas un monstre caoutchouteux risible.
Alors oui, la fin adoptée sera beaucoup moins émotionnellement éreintante que celle de l’original puisque versant allègrement dans un happy-end quelque peu chamboulé par une profusion de prothèses en silicone. Mais Walas aura su se montrer digne de son prédécesseur et livrer une suite vraiment enthousiasmante. Ce qui n’était pas forcément un pari facile à tenir.

Bien sûr, la renommée du film de Cronenberg aura largement contribué à piquer la curiosité des horrorphiles et aura même été largement exploitée pour la campagne promo. Tous les magazines spécialisés l’auront chroniqué en long et en large, en faisant bien la différence entre les deux œuvres qui ne jouent pas dans la même catégorie. Ce que les revues plus généralistes voire élitistes ne manqueront pas de souligner et de pointer du doigt afin de mettre en évidence à quel point le film de Walas constitue vraiment du popcorn-movie de bas de gamme comparé à l’incroyable maîtrise affichée par Cronenberg. Considérant les maquillages de Walas plus nobles lorsqu’ils servent les thématiques de l’auteur canadien. Parce que c’est un Ôteur. Evidemment que les deux œuvres ne peuvent être appréciées de la même manière, mais rien n’empêche de les considérer aussi réussies l’une que l’autre, chacune dans leur genre. On ne peut nier au film de Walas une sincérité et un réel plaisir derrière l’hommage à son aîné. Comme quoi, il y a 20 ans aussi les films de genre faisaient les frais d’une certaine condescendance et ostracisme primaire.

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