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27 mai 2011 | Par : Fred Pizzoferrato

House of horrors

Les œuvres du sculpteur Marcel DeLange sont régulièrement raillées par les critiques new yorkais et, en particuliers, par le vénéneux Holmes Harmon. Ce-dernier ruine d’ailleurs une importante vente de l’artiste en décrivant sa dernière œuvre en termes peu élogieux.
Désespéré et ruiné, le pauvre songe à se suicider en se jetant du haut d’un pont mais, à la place, sauve de la noyade un individu à moitié mort. Le sculpteur découvre rapidement l’identité de cette personne, un célèbre tueur en série souffrant d’acromégalie surnommé The Creeper. Raillés par la bonne société, DeLange et le Creeper deviennent rapidement amis et le premier se sert du second comme modèle pour sa prochaine sculpture. Mais, par un habile jeu d’influence, l’artiste suggère également au meurtrier de se venger des critiques ayant dénigré son travail, à commencer par Harmon.

House of horrors constitue un des véhicules produits par la Universal pour le comédien Rondo Hatton, lequel, empoisonné par le gaz durant la première Guerre Mondiale, souffrait d’acromégalie. Cette maladie dégénérative fut utilisée par les producteurs peu scrupuleux qui y virent l’opportunité de disposer d’un « phénomène de foire » propre à terrifier le public sans recourir aux maquillages. Cantonné aux seconds rôles, souvent non crédités, Hatton connaît cependant un certain renom à la fin de sa vie. Il affronte Sherlock Holmes, en 1944, dans La perle des Borgia et y incarne « the creeper », un personnage qu’il reprend, mais sensiblement modifié, dans House of horrors et The brute man. Hatton, malheureusement, ne récolta pas les fruits de cette célébrité tardive puisqu’il décéda avant la sortie de ces deux titres, victime d’une crise cardiaque le 2 février 1946, à seulement 51 ans.

Réduit à un peu plus d’une heure de projection, House of horrors parait, cependant, un brin longuet même si le scénariste effectue le méritoire effort de donner un minimum de background aux personnages principaux, à l’exception notable du « creeper » lui-même. Celui-ci est simplement un fou criminel assassinant des prostituées avant de tomber sous la coupe de l’inévitable artiste cherchant à se venger des inconscients critiques incapables de reconnaître son génie. Un scénario banal exploité à maintes reprises, avec de minimes variations, capable d’aboutir à une œuvre savoureuse (comme, par exemple, Théâtre de sang) ou de stagner dans la routine, à l’image de cette mal nommée House of horrors. Centré sur le « creeper », le métrage se refuse, pourtant, à lui conférer la moindre épaisseur et il faut attendre le dernier épisode de la « saga » (The brute man) pour que ses origines soient, enfin, révélées. Dans House of horrors, le « creeper » se contente de tuer quelques victimes paralysées par la terreur. Pour ceux qui se demandent « mais pourquoi est il aussi méchant » le scénariste semble répondre un simple « parce que ! » et le spectateur devra s’en contenter. Parfois, le métrage joue la carte de l’émotion et laisse penser que cet assassin est davantage un incompris, rejeté par la société, qu’un véritable tueur sadique. Quelques moments intimistes, par exemple lorsqu’il tend la main au sculpteur en déclarant « tu es mon ami », rapproche le tueur acromégalique d’un monstre pathétique comme la Créature de Frankenstein. House of horrors aurait, sans doute, gagné à développer cet aspect ou à insister sur la relation de pouvoir qui s’établit progressivement entre le sculpteur et le « creeper », l’un intelligent mais incapable d’agir, l’autre puissant mais stupide et facilement manipulable. Trop complexe, sans doute, pour le public visé par House of horrors dont l’objectif premier est de proposer un spectacle horrifique sans prétention distillant quelques frissons bon marchés.

Aux cotés de Rando Hatton, le casting inclut un amusant Alan Napier (rendu plus tard célèbre par son rôle de Alfred dans la série télévisée Batman) en critique jamais avare de sentences assassines et un convaincant Martin Kosleck (La malédiction de la momie) en sculpteur détraqué avide de vengeance. Si l’intrigue n’a rien de remarquable, quelques notes d’humour fonctionnent toutefois avec bonheur. Ainsi la journaliste indépendante déclare à son soupirant « tu devrais te trouver une bonne femme de maison, elle t’ennuierait à mourir mais au moins tu saurais toujours où la trouver ». Cette attitude féministe se voit néanmoins démentie par un final, typique de l’époque, au cours duquel la demoiselle renonce à sa carrière et à son attitude frivole pour rentrer sagement préparer les petits plats de son futur mari. Amusant et, aujourd’hui, gentiment anachronique.

Loin des grands classiques produits par la Universal au cours des années ’30, House of horrors reste, en dépit de ses défauts criants et de son scénario prévisible, une aimable série B raisonnablement divertissante qui saura intéresser les « archéologues » nostalgiques de l’épouvante rétro.

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