Critiques/Analyses

American Horror Story - Saison 2

4 juillet 2013 | Par : Geoffrey Marmonier

De : Ryan Murphy & Brad Falchuk

Avec : Jessica Lange, James Cromwell, Zachary Quinto, Joseph Fiennes, Sarah Paulson

Note :

Après une première saison plutôt réussie bien qu’un peu bordélique et trainant la patte vers la fin, la série horrifique créée par Ryan Murphy et Brad Falchuk revient pour une seconde année. L’originalité, c’est que cette seconde saison, sous-titrée Asylum, n’a aucun lien avec la précédente, mis à part le retour de plusieurs acteurs du casting : nouvelle histoire, époque différente (on passe du présent aux années 60), nouveau lieu central (une maison hantée dans la saison 1, un asile dans cette saison 2) et nouvelles thématiques. Ce qui ne change pas par contre, c’est la volonté de Murphy et Falchuk de proposer un large panorama de « l’horreur à l’américaine ».

Et on peut dire qu’au cours de cette saison 2 le spectateur va être servi en termes d’horreurs en tout genre. Car dans le terrible asile de Briarcliff, monstres et déviances se sont donnés rendez-vous : extraterrestres à la X-Files expérimentant sur les humains, docteur nazi continuant lui aussi ses expériences contre nature, démon (voire même peut-être le diable lui-même) investissant le corps d’une nonne, tueur en série adorant dépecer ses victimes… Encore une fois, la série ratisse large, aussi bien dans la culture populaire (cinéma et littérature horrifiques) que dans les horreurs « véritables » gangrenant l’Amérique. Et sous couvert de divertissement rythmé cultivant l’art du rebondissement outrancier, American Horror Story continue de pointer du doigt les déviances d’un pays accumulant les contradictions. Ainsi, au-delà un tueur en série largement inspiré du fameux Ed Gein (qui a déjà servi de modèle à d’illustres tueurs sur pellicule tels que le Norman Bates de Psychose ou le Leatherface de Massacre à la Tronçonneuse), cette saison 2 gratte le vernis de l’Amérique « dorée » des années 60. Une Amérique dans laquelle les couples mixtes doivent se cacher, où l’on pense que l’homosexualité est une déviance qu’il faut traiter par des électrochocs, où un mari a tous pouvoirs sur sa femme et peut la faire lobotomiser pour qu’elle devienne la parfaite femme au foyer (le fabuleux livre Les Femmes de Stepford n’est pas loin), où des criminels de guerre nazis ont pu obtenir l’immunité et changer de nom pour continuer leurs expériences (couverts par l’Eglise), où les gestionnaires d’un asile peuvent décider unilatéralement de stériliser leurs patients pour les empêcher de se reproduire. Bien plus que les démons et autres aliens, ce sont ces moments-là qui effrayent réellement dans American Horror Story et qui font toute la valeur de la série.

Néanmoins, inutile de trop intellectualiser, car la série de Murphy et Falchuk est aussi et avant tout un excellent tour de train fantôme. Le scénario est un joyeux foutoir multipliant les intrigues parallèles jusqu’à saturation, et chaque épisode accumule à un rythme trépidant les rebondissements et surprises (les trois premiers épisodes sont à cet égard hallucinants et laisseront même le plus blasé des spectateurs haletant). Magnifiquement photographiée, beaucoup plus sanglante et méchante que la première, cette saison ne prend pas de gants et bénéficie d’une liberté de ton assez incroyable, même pour une série diffusée sur une chaine câblée. Une fois de plus, Ryan Murphy laisse libre court à son fétichisme SM avec, après le fantôme violeur tout de cuir vêtu de la saison 1, les nonnes en bas résilles punissant les patients à coups de badine, tandis que les excellents effets spéciaux de maquillage donnent vie aux expériences contre nature du docteur Arden et aux terrifiants masques du tueur Bloody Face. Certes, on pourra regretter une légère baisse de rythme dans le dernier quart de la saison (comme pour la saison 1), ainsi que le fait que certaines intrigues ne soient jamais vraiment résolues (on ne saura au final jamais quel était le but des extraterrestres), mais cette saison 2 reste bien supérieure à la première.

Au milieu de ce joyeux foutoir, les acteurs semblent tous s’amuser comme des petits fous. A part un Joseph Fiennes un peu inutile et mou du genou, tout le reste du casting s’est donné le mot pour offrir une interprétation de qualité, certes aidés par des personnages plus fouillés. Outre le fait qu’il est amusant de retrouver la majeure partie du casting de la saison 1 dans des rôles totalement différents, on s’attache ici beaucoup plus aux personnages et on suit leurs aventures avec plus d’intérêt. Zachary Quinto campe un terrifiant tueur en série (ce mec n’est jamais aussi bon que lorsqu’il joue un psychopathe), Tate Donovan est beaucoup plus crédible en jeune homme injustement interné pour un crime qu’il n’a pas commis qu’en ado perpétrant un massacre dans un lycée, mais celle qui brille le plus reste la grande Jessica Lange. Après avoir ravi la vedette à ses partenaires dans un rôle secondaire d’envergure dans la saison 1, elle accède cette fois à l’un des rôles principaux en campant Sœur Jude, nonne régnant d’une poigne de fer sur l’asile de Briarcliff. D’abord absolument détestable, le personnage révèle petit à petit son humanité et ses fêlures, pour devenir réellement passionnant. Au niveau des petit nouveaux, James Cromwell vient retrouver sa partenaire de Six Feet under Frances Conroy (qui interprète ici ni plus ni moins que l’ange de la mort) dans le rôle d’un affreux médecin nazi. On croise aussi Franka Potente dans le rôle d’une femme prétendant être Anne Frank, Dylan McDermott revient dans le rôle secondaire du fils de Bloody Face, et Sarah Paulson accède elle aussi à l’un des rôles principaux, celui de l’opiniâtre journaliste Lana Winters.

Malgré quelques défauts, cette seconde saison d’American Horror Story s’avère beaucoup plus réussie que la première. Certes, la série de Ryan Murpy et Brian Falchuk est loin d’être d’une finesse à toute épreuve, mais constitue un très sympathique divertissement et un passage obligé pour tout fan d’horreur qui se respecte.

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