Critiques/Analyses

American Horror Story – Saison 1 (2011)

19 mai 2013 | Par : Geoffrey Marmonier

De : Ryan Murphy & Brad Falchuk

Avec : Dylan McDermott, Connie Britton, Taissa Farmiga, Evan Peters, Denis O’Hare, Jessica Lange

Note :

Quand les créateurs des séries Nip/Tuck et Glee, Ryan Murphy et Brad Falchuk s’associent de nouveau pour lancer une série horrifique, on se doute que celle-ci ne ressemblera à aucune autre série TV. American Horror Story, à l’instar d’autres séries fantastiques, est basée sur le concept de l’anthologie, rassemblant des histoires différentes. Mais le gros plus qui fait la différence, c’est que chaque histoire court sur une saison entière, le but étant évidemment de proposer à chaque saison une nouvelle histoire d’horreur classique. Cette saison inaugurale est donc une histoire de maison hantée, partant sur des bases des plus banales : une famille américaine typique, les Harmon (le père, la mère et leur fille adolescente) s’installe dans une nouvelle maison, dans l’espoir de prendre un nouveau départ et de régler leurs problèmes (la mère peine à se remettre de sa fausse-couche et son mari l’a trompée avec une étudiante). Bien évidemment, le prix très bas de l’immense maison qu’ils ont acquise dans la banlieue de Los Angeles cache un passé sanglant, et les Harmon vont vite se retrouver confrontés à des événements inexpliqués.

A première vue, mis à part son format, American Horror Story n’a rien pour se démarquer d’un film de maison hantée classique. Les premiers épisodes utilisent des ficelles assez peu novatrices et ne surprendront pas les amateurs de ce genre d’histoire. Couple en crise, père qui pète un câble petit à petit, poussé par les fantômes, ado rebelle qui découvre des secrets dans la maison, voisine envahissante et inquiétante, toute la panoplie de ce genre de production est bien là. C’est d’ailleurs un des côtés amusants d’American Horror Story, qui s’avère rapidement comme son nom l’indique un melting-pot d’histoires d’horreur classiques. L’amateur passe donc son temps à repérer les très nombreuses références cinématographiques émaillant le show : Shining (le père qui perd pied, les fantômes qui discutent avec les vivants), L’Emprise (le mystérieux Rubber Man qui viole la mère de famille), Rosemary’s Baby et Le Locataire (la grossesse démoniaque et les voisins un peu trop prévenants), La Malédiction (le bambin qui pourrait être l’Antéchrist), Candyman (le savoureux épisode Piggy Piggy et son personnage ayant la phobie des légendes urbaines), Black Christmas (la sororité attaquée par un maniaque), etc. Le tout est traité avec un respect évident du genre, et n’hésite pas quand il le faut à user d’effets chocs (le meurtre de la jeune étudiante infirmière) ou de suggestion (les expériences abominables du chirurgien qui a bâti la maison.

Encore plus ambitieux, les co-créateurs du show ne scannent pas seulement l’horreur cinématographique, mais aussi l’horreur américaine historique, la maison du show renfermant de nombreux fantômes ayant succombé à des événements bien réels. On retrouve donc entre autres un adolescent ayant fait un massacre dans son lycée (le massacre de Columbine), des parents ayant vu leur bébé enlevé et assassiné (l’enlèvement du bébé Lindberg), le fameux Dahlia Noir (campé par la charmante Mena Suvari). Nul doute que la saison 2, qui prendra pour cadre un asile psychiatrique, évoquera à son tour d’autres horreurs bien réelles…

Outre cette ambition de revisiter toute l’horreur à l’américaine, Murphy et Falchuk étendent graduellement leur intrigue, les deux compères prenant un malin plaisir à cultiver le goût du rebondissement inattendu, quitte à parfois en faire un peu trop. On s’aperçoit très vite que cette maison est surpeuplée, et que les fantômes l’occupant ont des buts différents et souvent contradictoires. Et c’est là que se trouve la vraie originalité du show, celui-ci délaissant petit à petit la famille Harmon pour s’intéresser à la psychologie de ses spectres. On pourra regretter que la série y perde en frissons (difficile d’être effrayé par les fantômes dès lors que leur humanité est révélée), mais elle y gagne en intérêt, les âmes perdues de la maison s’avérant souvent bien plus intéressantes que les héros du show. Reste tout de même que dernier épisode risque de faire grincer quelques dents, Murphy et Falchuk préférant rompre avec le sérieux jusque-là de mise pour proposer une conclusion à cette histoire sous forme de happy end (certes un peu particuliers) très Beetlejuice dans l’âme.

Le casting est quant à lui plutôt réussi, et comporte pas mal de têtes connues des séries américaines. On retrouve au générique Dylan McDermott (The Practice) dans le rôle assez ingrat du père infidèle qui ne comprend rien à ce qui se passe dans sa maison, une plutôt convaincante Connie Britton (Spin City, Friday Night Lights) dans celui de sa femme, et la jeune Taissa Farmiga (sœur de Vera Farmiga) dans le rôle de leur fille (et qui se débrouille plutôt bien vu que c’est l’un de ses premiers rôles). Du côté des morts, on retiendra tout particulièrement le personnage assez tragique de la bonne, tour à tour incarnée par Frances Conroy (Six Feet Under) et la sulfureuse Alexandra Breckenridge (True Blood), et dont le seul but est que l’on retrouve son corps enterré dans le jardin de la maison. On notera aussi la présence au générique de Zachary Quinto (l’inoubliable Sylar de Heroes), dans le rôle d’un fantôme gay. Mais celle qui bouffe l’écran à chaque apparition et efface définitivement ses partenaires de jeu est la grande Jessica Lange, qui campe avec une évidente délectation une voisine envahissante qui semble en savoir beaucoup sur la maison et avoir des projets bien à elle concernant la famille Harmon.

Pour son galop d’essai, American Horror Story se révèle plutôt réussie, proposant une radiographie de l’horreur (à l’) américaine très (voire trop) complète. On pourra certes reprocher au nouveau show de Ryan Murphy et Brad Falchuk de rapidement tourner un peu à vide en emboitant les rebondissements comme des poupées russes, mais cette accumulation participe au final aussi au plaisir coupable pris lors du visionnage, d’autant que les deux showrunners n’hésitent pas à transgresser quelques tabous ou à proposer de vrais moments d’horreur quand il le faut. On attendra donc avec intérêt la seconde saison pour voir si American Horror Story saura se renouveler…

Commentaires

Pas mal ! Pas mal du tout...Début très prometteur...

22 mai 2013 | Par Gérald

Excellente série, qui tient en haleine tout au long des 12 épisodes. Le scénario tient la route, malgré le risque de se perdre entre le monde des morts et celui des vivants.

21 mai 2013 | Par Laurent

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