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AVANT-PREMIERE JJ ROUSSEAU

13 novembre 2009 | Par : Sartana

La trilogie de l’absurde

L’Etrange histoire du professeur Igor Yaboutich, Le poignard maudit, Les malfaiteurs, La patrouille du dernier espoir, Germaine Grandier, Catalepsie, L’étoile du mal, Dossier réincarnation, Le diabolique docteur Flak, L’histoire du cinéma 16, Massacre au Pied-de-biche, L’internement de Karyl Chessman, Furor Teutonicus, La mécanique du rasoir, Wallonie 2084, Rock Mendès, Fuyons les monstres. Ces titres de films ne vous disent probablement rien. Pourtant, ils sont l’oeuvre du réalisateur le plus prolifique du cinéma belge : mister Jean-Jacques Rousseau himself, le cinéaste de l’absurde accro à la pelloche, acharné de la caméra qui, depuis presque quarante ans, persiste et signe en incarnant un cinéma libre et décomplexé, reprenant fièrement le flambeau à son grand frère Ed Wood, l’innocence en moins.

Samedi dernier, et comme depuis pas mal de temps déjà, Jean-Jacques Rousseau, le marginal, le barbare du cinoche made in Belgium était invité par les organisateurs du Festival International du Film Indépendant de Bruxelles à venir présenter sa "carte blanche" annuelle composée de 3 films inédits, 3 perles de surréalisme, 3 films et 3 facettes radicalement différentes de son travail.

LE RETOUR DU DOCTEUR LOISEAU

Dénoncé par un médecin rival, le Docteur Loiseau est à nouveau poursuivi par les maris des femmes qu’il avait kidnappées. Dès lors, il charge son fils Victor d’honorer ses rendez-vous. Ce dernier doit notamment rencontrer sur un voilier l’émir Azmir Krabouk, criminel spécialisé dans la traite des blanches. Jacques Ladrier, l’un des maris et riche industriel pétrolier, est sur le point d’épouser Angèle Jaucaut, sa fiancée fraîchement libérée. Le Docteur Loiseau profite de la cérémonie pour enlever encore une fois les femmes...

Pour lancer les hostilités, JJR et son staff présentèrent le film "Le Retour du Docteur Loiseau", troisième et dernier opus d’une trilogie mettant en scène une sorte de Docteur Mabuse vicelard profitant de son statut de guérisseur pour kidnapper des femmes, venues le consulter et espérant se faire soigner de divers cancers et maladies en tous genres, dans le but de les revendre à un riche émir bien excité à l’idée de les fourguer aux boxons saoudiens les plus offrants.

Après un premier épisode qui mettait en place l’intrigue et les personnages de la future trilogie et un second opus beaucoup plus « actionner » avec poursuites en bagnoles, hommes de main unijambistes, agrandisseur de pénis suédois, agents du KGB plus carolos que William Dunker et un Johnny Cadillac survolté et assoiffé de vengeance à la tête d’une armada de maris prêts à en découdre avec le charlatan, le docteur Loiseau revient pour un ultime affrontement dans un univers à la fois nonsensique et terriblement burlesque.

Il est important de noter que chez Jean-Jacques Rousseau la réalité, l’envers du décor, les coulisses du tournage sont presque aussi importants et riches que le film lui-même. En bon "happening maker" le fait de connaître la genèse du projet et les aléas du tournage apportent un second niveau de lecture qui enrichit la vision du film. Et le Retour du Docteur Loiseau ne déroge pas à cette règle.

Philippe Otlet, acteur régulier de Jean-Jacques décédé peu de temps après le tournage du film, et portant ici la double casquette acteur/producteur, rêve de se marier comme dans la vraie vie. Le riz sur la tronche à la sortie de l’église, la belle bagnole blanche et rutilante, le buffet de la mort qui tue, l’ouverture du bal, les demoiselles d’honneur, la lune de miel, ses galipettes et tout le merdier qui va avec. C’est son souhait le plus cher et il propose à Rousseau un deal typiquement edwoodien : "Je te file le pognon nécessaire pour produire ton film et mon personnage se marie". Pas besoin de le dire deux fois. Jean-Jacques saute sur l’occasion et lance immédiatement la production de son nouveau méfait pelliculé.

Film tourné à la va-vite, "Le retour du Docteur Loiseau" n’en est pas moins un film décapant et vraiment drôle, qui malgré ses nombreux défauts reste un parfait exemple de l’esprit débridé et sincèrement décalé de son réalisateur.

L’HISTOIRE DU CINEMA 16 n°3

Bertrickx, devenu roi de l’évasion, n’échappera pas au tournage du prochain film du réalisateur le plus autosatisfait de sa génération : "Le camping de la terreur". Les membres du GAGB, la garde prétorienne de JJR, se charge de pister l’acteur sauvage dans la forêt.

"L’histoire du Cinéma 16 n°3" de Jean-Jacques Rousseau clôt une autre trilogie initiée celle-ci en 1983 par "L’histoire du cinéma 16". Avec ce film au rythme épileptique, à la narration déstructurée et sans véritable fil rouge, JJR réalise une sorte de lexique de son cinéma, de sa carrière, et de lui-même avec en toile de fond le tournage d’un de ses films. Un peu comme si le cinéaste courcellois s’était choppé en mode frontal la Nouvelle Vague : Truffaut pour la toile de fond de "La nuit américaine" et Jean-Luc Godard pour l’abstraction et la non-linéarité de son montage.

Ce court-métrage est une conclusion sur plus de 40 ans de cinéma libre et décomplexé, Jean-Jacques en profitant pour tirer à boulets rouges sur des pratiques qui le mettent hors de lui, pour se confesser et exorciser ses démons. Tout y passe, de la scripte casse-bonbons en manque de plans de coupes, aux acteurs réticents à l’idée de tourner pour un tyran peu respectueux, sans oublier les monstres en tous genres, les panneaux inter-titres empruntés au cinéma muet et un JJR prisonnier de son éternelle condition d’auteur maudit et incompris du grand public.

Si L’histoire du cinéma 16 n’est pas le film le plus humoristique ou le plus acide de Jean-Jacques Rousseau, il est certainement le plus passionnant et le plus radical de sa large filmographie. Un résumé parfait de son œuvre en 35 minutes !!!

LES COMPAGNONS DE JUSTICE

Un homme tue son oncle et hérite de sa fortune. Mais c’est sans compter sur la secte à laquelle adhérait le défunt du temps de son vivant : Les compagnons de justice. L’homme va alors vivre son pire cauchemar.

Eveline Scrève, spécialiste ès JJR et pion essentiel de son équipe, s’est lancée depuis plusieurs années dans une lourde entreprise de réhabilitation des premiers méfaits pelliculés de Rousseau par la remasterisation de ceux-ci. Telle une archéologue elle déterre, dépoussière et nous permet de redécouvrir des films oubliés et invisibles depuis presque 30 ans.

Après le conte macabre "Germaine Grandier" et "Catalepsie", un film concept, jouant sur une narration par point de vue unique inspiré par "La Corde" d’Alfred Hitchcock, Eveline nous propose "Les compagnons de justice" qui ponctue en beauté une soirée riche en découvertes ainsi qu’une autre trilogie, thématique cette fois-ci, celles des "enterrés vivants".

Voir ces films tournés en 16mm dans les années septante permet de se rendre compte qu’à cette époque JJR découpait, pré-montait et stylisait sa mise en scène, ce qu’il fait beaucoup moins aujourd’hui, les propos, angoisses et l’univers du réalisateur comptant désormais plus que l’aspect purement visuel de ses métrages.

Il est aussi intéressant de remarquer qu’à cette époque JJR est en phase d’écolage, d’apprentissage. Il teste, s’inspire et copie ses maîtres (on reconnaît Sam Peckinpah au détour d’un magnifique ralenti). En résulte un film policier à la lisière du fantastique, envoûtant qui, malgré quelques maladresses techniques, donne foutrement envie de découvrir dans les plus brefs délais toutes les perles imprimées sur acétate de cellulose que JJR garde précieusement rangées dans ses tiroirs. Des films riches et tournés au premier degré qui démontrent que Rousseau était un technicien avant de devenir un auteur.

Commentaires

Quelqu’un à découvrir au plus vite, malheureusement un peu méconnu. Entre Jean Rollin et Ken Loach, rien que ça !

19 novembre 2009 | Par persephone

ce réalisateur est tout simplement génial et très sympa

19 novembre 2009 | Par norbert

Portrait de JJ Rousseau sur Gonzaï :
http://www.gonzai.com/content/jean-jacques-rousseau-bas-les-masques

16 novembre 2009 | Par Juliankrautboy

Une filmo à découvrir et un des meilleur réalisateur belges !

14 novembre 2009 | Par jf

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