L’Etrange festival de Strasbourg

Compte-rendu de l’édition 2008

L’Étrange Festival de Strasbourg, quatorzième...

Du 29 octobre au 2 novembre dernier s’est tenue la quatorzième édition de l’Étrange Festival de Strasbourg. Au programme : SF millénariste, super-héros exotiques, petites filles pas sages au couvent, paradoxes temporels et grosses giclées d’hémoglobine ! De quoi réchauffer les fraîches soirées de la capitale européenne...

Mercredi 29. L’Étrange ouvre les hostilités avec 20th century boys (2008) de Yukihiko Tsutsumi. Pour qui n’est pas un familier de l’univers du manga ici adapté (une vingtaine de tomes dus à Naoki Urasawa), le film n’est pas une déplaisante surprise. On est en plein complot millénariste, Armagueddon va s’abattre sur le Japon... Pour déjouer ces funestes éléments : une bande de copains incrédules et perdus de vue depuis 30 ans. Le Club des cinq en pleine crise de la quarantaine... On se perd un peu dans les Philippe Lux, président du Mad Ciné Clubellipses, sauts dans le temps et dans la multiplication des personnages mais c’est plutôt pas trop mal mené. Le spectaculaire final, qui voit les rues de Tokyo attaquées par un improbable robot géant construit d’un bric-à-brac dégotté au Troc de l’île, laisse une impression agréable. On tentera les deux volets suivants...

Dans un registre on ne peut plus différent, c’est l’honni Uwe Boll – une Kalachnikov en guise de caméra – qui bouclait cette première soirée avec sa comédie trasho-mongolo Postal (2007). Dans la petite ville de Paradise, un gourou libidineux et son neveu se mettent dans l’idée de chouraver une cargaison de poupées phalliques super collectors dans un parc à thèmes tenu par des néo-nazis ! Mais l’endroit est également pris pour cible par Ben Laden et sa clique !... Potache, amateur et rentre-dedans comme du Troma. Le cahier des charges d’Uwe a consisté à briser le plus de tabous possible : montrons des bites, des gens faire caca, tuons des enfants, des flics, moquons-nous des handicapés, des nains, des gros... Un film encyclopédique... Subtil comme une choucroute garnie, gentiment irresponsable et tranquillement anecdotique... Mais dans l’ensemble plutôt drôle.

Jeudi. Après une séance Anima Experiment truffée de curiosités (Le laboratoire des fluides, Joy street, Carlitopolis... ), Marc Caro venait présenter son bon docu sur les prodigieuses avancées de la robotique au Japon, Astroboy à Roboland (2008). Évidemment conçu pour la téloche (Caro fut le premier à le souligner), le film fut quand même propice à un bel échange entre son prolixe metteur en scène et le public.
Débuté tard – il était près de 23 heures – après une dégustation de makis offerts aux spectateurs, Tachiguishi retsuden (2006) de Mamoru Oshii, en a laissé plus d’un Cinéma Odyssée – grande sallesur le carreau. Entre fiction, documentaire, animation et film live, l’avant-dernier Oshii compte soixante ans d’histoire des tachigui soba, ces petites échoppes de rue où l’on peut déguster une soupe de nouilles et qui sont constamment la proie de résidus de comptoir bigarrés d’une ingéniosité inouïe par gratter un peu de bouffe à l’oeil. Sur une heure quarante-cinq de projection, la voix-off ne s’arrête jamais et transforme le film en véritable défi à l’endurance humaine ! Un objet, en tout cas, d’une indéniable étrangeté.

Vendredi, c’était soirée Halloween, ce qui tombait bien puisque l’on était le 31 octobre. L’immortel et génialissime Creepshow (1982) de George A. Romero a pu mettre le spectateur en bouche avant la projo de Chronocrimes (2007) de l’espagnol Nacho Vigalondo. Le film séduit de prime abord par son aspect très mystérieux et sa direction artistique loin des sentiers balisés par l’oncle Sam, mais s’empêtre quelque peu par la suite dans ses paradoxes temporels et les circonvolutions de son scénario. On attend quand même avec curiosité de voir ce que Vigalondo nous offrira dans l’avenir.
De par sa modestie et sa générosité envers le public, Jack Brooks : monster slayer (2007), premier long métrage du canadien Jon Knautz, est une petite merveille. Un vrai film de monstres à l’ancienne (période Evil dead 2), sans une image de synthèse à l’horizon mais truffé de maquillages, marionnettes et même d’un brin de stop motion. Follement drôle, gore, rythmé, bien joué (le débutant Trevor Matthews, l’aguerri Robert Englund...) et pas prétentieux pour un sou. Une excellente surprise.

Samedi – placé sous l’intitulé Terra incognita – fut la plus longue journée du festival : pas moins de six longs métrages ! Gagamboy (2004) du philippin aveugle et manchot Erik Matti (l’horrible Exodus : Tales from the enchanted kingdom) ouvrait le bal. Un Spiderman des bidonvilles de Manille qui se bat contre un homme cafard, c’était pourtant dur à foirer complètement ! Mais le rythme languissant, les oeillades que les acteurs lancent constamment à la caméra et l’humour très familial de l’ensemble rendent la soupe un peu pénible à digérer...
Jack Brooks : Monster SlayerCe n’était pas le cas de l’excellent double programme Hollywood underground, concocté avec la complicité de Bach Films. Deux incunables : Le voyage de la peur (1953) de Ida Lupino et le bizarroïde et fantasmatique Dementia (1955) de John Parker, présentés par le toujours passionnant Stéphane Bourgoin, grand spécialiste de la série B, entre autres talents...
Tokyo gore police (2008) de Yoshihiro Nishimura est le type même du film de festival. Rapidement lassant quand on le regarde tout seul à la maison, il prend tout son sens devant un public en délire. L’incendiairement glaciale Eihi Audition Shiina (kirikirikirikiri...) s’y fritte avec des mutants quasi-indestructibles dans un Tokyo futuriste nettement inspiré – en plus extrême – du Detroit city de Robocop. C’est gore, gore, gore (bien 25 gallons d’hémoglobine à la minute), bourré de scènes d’action improbables, de personnages qui versent des larmes de crocodile sur la funesterie de leur destin, d’imageries sexuelles déviantes et d’humour caustiquement énorme... Une bande too much (comme le fit finement remarquer notre éminent confrère de Mad movies, Rurik Sallé, venu présenter la séance) fièrement revendiquée qui laisse le spectateur exsangue et extatique.
En touche finale de la soirée, un nouveau double programme attendait ceux qui n’avaient pas été noyés par les flots de sang. Kilink vs the Flying man (1967) de Yilmaz Atadeniz d’abord, qui opposait le fils caché des amours interdites de Batman et Superman (le fameux Flying man) au génie du mal Kilink, dont le pyjama à motif rappelle fort celui de son cousin Kriminal. Une grosse kitscherie issue de l’imagination malade du cinéma bis turc de sixties. L’oeuvre est heureusement en partie perdue (ne reste qu’une cinquantaine de minutes de métrage), parce que l’on s’en lasse quand même aussi rapidement que des pâtisseries orientales.
Point de lassitude, en revanche, à la vision de l’allumé Alucarda (1975) du mexicain fou Juan Lopez Moctezuma, par ailleurs auteur d’un Mansion of madness tout aussi azimuté. Un étrange cocktail de sexe, de sang et de subversion où se retrouvent Les diables (de Ken Russell), Mais ne nous délivrez pas du mal (de Joël Séria), Bunuel, Jodorowsky, où des petites filles pas sages choisissent de se consacrer au démon Stéphane Bourgoin, spécialiste des tueurs en série (à gauche) et Philippe Lux (à droite)pour tromper leur ennui et secouer très fort le puritanisme qui les étouffe au fond de leur couvent.

Dimanche, dernier jour, débutait par la traditionnelle séance jeune public. Cette année, le sympathique Les joyeux pirates de l’île au trésor (1971) de Hiroshi Ikeda. Deux habitués de l’Étrange alsacien clôturaient cette édition. Deux bonshommes dont le travail en marge de toute doctrines peut charmer leur auditoire comme le terrasser d’ennui. En premier lieu, l’esthète Guy Maddin qui avec Winnipeg, mon amour (2007), présente un portrait fou et improbable de la ville qui l’a vu naître. Bill Plympton ensuite, dont le dernier délire, Des idiots et des anges, narre les mésaventures d’un pochetron qui, un beau jour, découvre que des ailes d’ange sont en train de lui pousser dans le dos !
Comme d’hab’, chaque séance était agrémentée de courts métrages de tous horizons. Quelques titres : Sandik du turc Can Evrenol, venu présenté son bébé, l’excellent Coupé court de Pascal Chind, lui aussi présent, Tempbot de Neil Blomkamp ou encore Persona non grata de Jean-Baptiste Herment. L’Étrange prix du public dans cette catégorie (la seule récompensée par un prix) fut attribué ex-aequo à Berni’s doll de Yann Jouette et à This way up ! de Alan Smith et Adam Foulkes.

Une belle édition, en conclusion, que l’équipe du Mad ciné club, organisatrice de l’événement, a voulue aussi riche et variée que possible. On raconte que de leur côté (et de celui de certains invités, mais nous tairons les noms), la bière coula à flot après les séances et que seuls les premiers rayons du soleil réussissaient à les renvoyer dans leur tanière... Mais ceci est une autre histoire.

Courtial des Perreires

EVENTS - L’Etrange festival de Strasbourg

La 15ème édition se dévoile

Organisée par le Mad Ciné Club, la 15e édition de L’Étrange Festival Strasbourg aura lieu du 21 au 25 octobre 2009 aux cinémas Star et Star Saint-Exupéry (www.cinema-star.com).

L’Etrange Festival, c’est quoi, au juste ?

Une manifestation unique en son genre dont l’objet est de faire découvrir des films autres, extravagants, insolites, féeriques, hors normes, sortant des sentiers battus... en un mot, différents.

Au programme :

Des avant-premières, une séance culte (avec la délirante comédie musicale The Rocky Horror Picture Show), un documentaire hallucinant (L’enfer d’Henri-Georges Clouzot), des (re)découvertes (Pique-nique à Hanging Rock), du gore à gogo (l’ultrasanglant
Macabre, tout droit venu d’Indonésie), des films pour enfants (Drôle de grenier du génie de l’animation tchèque, Jiri Barta), et… et… et…

Les temps forts :

> mercredi 21 : ouverture avec le très attendu Mother, polar sombre du réalisateur coréen Bong joon-ho (The Host).

> jeudi 22 : soirée placée sous le signe du Japon avec l’impressionnant First Squad et Goemon, la nouvelle folie visuelle de Kazuaki Kiriya (Casshern).

> vendredi 23 : une incursion dans le cinéma de genre australien (Ghosts of the civil dead, Lost Things) et, en point d’orgue, un film surprise qui devrait faire beaucoup de bruit.

> samedi 24 : Premier choc avec Villemolle 81, film de zombies français désopilant signé Winshluss alias Vincent
Paronnaud (Persepolis). Deuxième choc avec Breathless, film coup de poing de Yang Ik-june, la nouvelle révélation
du cinéma coréen. Et troisième choc avec la première européenne de Paranormal Activity, un « des films les plus
terrifiants jamais réalisés ».

> dimanche 25 : remise de L’Étrange Prix du Public au plus étrange court métrage suivi du frappadingue Panique
au village
, en présence des (joyeux) réalisateurs Vincent Patar et Stéphane Aubier.

Le programme en long et en large est disponible sur le site du festival : www.madcineclub.com. Un membre de Cinemafantastique sera présent sur place et tiendra, pour l’occasion, un petit compte-rendu journalier avec coups de coeur, coups de gueule et autres réactions à chaud...

L’ETRANGE FESTIVAL DE STRASBOURG

Compte-rendu de notre envoyée spéciale

Pour sa quinzième année de bons et loyaux services, l’Etrange Festival a concocté pour le public strasbourgeois une programmation des plus savoureuse, ouvrant les portes d’horizons aussi atypiques qu’opposés. Face à un panel de films aussi large, difficile pour l’aficionado de bobines décalées de ne pas trouver son bonheur… Film d’animation, thriller, gore, comédie musicale culte, poésie décalées, florilège de courts-métrages, documentaires… Il y en a pour tous les goûts et tous les publics, aussi bien les enfants (épargnons-leur néanmoins La Femme aux Seins Percés ou Macabre …) que leurs parents, aficionados ou non des zombies gays et autres travestis transsexuels de la planète Transilvania...

C’est avec le court-métrage hallucinogène 4, que débuteront les festivités, en date du mercredi 21 octobre. Dix sept minutes de voyage expérimental s’orchestrant autour des mots à quatre lettres, amenant avec eux une multitude infinie de combinaisons… Visuellement impressionnant, le court d’Edouard Salier est une expérience qui se perçoit par les sens, un trip instinctif et onirique. Envoûtante mise en bouche pour un Fest qui porte bien son nom !

Viendra ensuite Mother, film coréen mettant en scène une mère poule dont le monde s’effondre quand son fils handicapé est accusé du meurtre d’une jeune fille. Ayant signé une déposition sans la comprendre, il est incarcéré et demeure inapte à se rappeler de quoi que ce soit. Sa mère, convaincue de son innocence, tentera l’impossible pour découvrir la vérité et retrouver le véritable meurtrier, quitte à passer pour folle, elle aussi... Après les succès de Memories of Murder et The Host, Bong Joon-ho offre au public un incroyable thriller aux penchants dramatiques, passant des présentations d’une famille, portant à sourire, à des situations bien moins légères. Si la mise en scène du film se révèle particulièrement épurée et classique, ce dernier gagnerait à être plus court, la dernière demi-heure se tirant un peu trop en longueur. Mother reste néanmoins une bobine de choix, que le public devrait pouvoir découvrir en salles d’ici janvier 2010.

Le court précédant la projection de La Femme aux Seins Percés se révèle moins psychotique que celui d’Edouard Salien, jouant davantage sur une poésie d’influence très Burtonnienne. Réalisé par Nadia Micault (l’anagramme est-il volontaire ?) et Lorenzo Nanni, Naïade conte l’histoire d’un étrange personnage s’immisçant dans un monde idyllique régi par une superbe Naïade. Prêt à tout pour remettre sur pied son frère jumeau, atteint d’un mal mystérieux, il ne ressentira aucune scrupule à kidnapper la nymphe et à perturber son royaume… avant qu’elle ne remette les choses en place, aidée de ses pouvoirs parfois plus obscurs qu’il n’y parait. Peut-être le court le moins barré du Festival, mais empreint d’un onirisme qui se fait rare.

Après la Corée du Sud, c’est au Japon d’imposer sa touche on ne peut plus caractéristique, avec La Femme aux Seins Percés de Shôgorô Nishimura. Une jeune femme en mal d’amour reçoit des dizaines de roses chaque jour, envoyées par un inconnu. Malgré une première rencontre qui ne se passe pas pour le mieux, elle se laisse charmer, et se voit entraînée dans une romance aux fantaisies sexuelles déviantes… Film érotique du début des années 80, La Femme aux Seins Percés se voit doté d’un raffinement rare qui se conjugue aux relations sado-masochistes et au bondage, chers à l’érotisme japonais. Les images sont troublantes tant elles sont jusqu’au-boutistes, témoignant de l’attirance d’une femme pour un univers jusque-là insoupçonné, dont les plaisirs ne tardent pas à se faire ressentir, en dépit de sentiments contradictoires tels que l’humiliation ou la honte, qui s’effacent bien vite en présence de son compagnon. Si elle se montre tout d’abord choquée par les pratiques de son amant (c’est vrai que la sodomie au premier rencard, il fallait oser…), elle se laisse bien vite enivrer. Bref mais efficace (si on peut le dire…), le film de Shôgoro Nishimura reste une perle du « Roman Porno », outre une bande-son des plus… kitchs. Comme tout bon film érotique qui se respecte !

La journée du 23 octobre amènera dans son sillage des bobines aussi bigarrées qu’audacieuses, avec, tout d’abord, le court métrage I Love Sarah Jane (à ne pas confondre avec le quasi homonyme All The Boys Love Mandy Lane !), dans lequel une bande d’enfants, évoluant dans un monde en proie à un mystérieux virus, doivent aussi bien faire face aux transformations en zombies de leurs proches qu’à leurs émotions propres. L’australien Spencer Susser a réussi à faire d’une pierre deux coups, en mêlant à la fois amours adolescentes et ambiance post-apocalyptique. Face à une indépendance quelque peu fortuite et à l’absence de leurs parents, ces cinq jeunes n’ont d’autre choix que d’affronter seuls la réalité, réagissant différemment selon leur caractère et leur sensibilité. Et c’est avec talent que I Love Sarah Jane œuvre, devenant un des meilleurs courts de morts-vivants du moment (bien qu’il ai été créé en 2003 !).

Toujours dans la vague de films australiens projetés au Star Saint Exupéry (le festival se déroulant, cette année, sur les écrans de deux cinémas différents), la seconde rareté de la soirée se révèle être Lost Things, thriller horrifique signé par Martin Murphy. Quatre amis, la vingtaine tout juste entamée, partent pour le week-end sur une plage aussi déserte que paradisiaque. Tandis que les garçons partent surfer, les deux filles font bronzette sur le sable, n’hésitant pas à ôter le haut pour attirer le regard de leurs amis. Mais l’atmosphère propice au flirt et autres innocentes beuveries tourne au vinaigre quand un individu étrange fait irruption dans leur campement. Visiblement un brin dérangé, les uns se méfient, alors qu’Emily semble sous le charme, en profitant pour faire jalouser son petit ami. Les provocations sous-jacentes de ces quatre adolescents à l’encontre des lieux et des légendes urbaines environnantes finit par se retourner contre eux … Lost Things, à l’instar de Triangle de Christopher Smith, est un film qui joue avec les émotions et les sous-entendus sans jamais donner d’explications claires aux maux qui touchent les protagonistes, les entraînant dans un tourbillon diabolique où demeurent interrogations et angoisses. Le cinéma d’horreur australien est décidément plein de vitalité et de surprise, collant des sueurs froides au public, ne relâchant jamais la pression, la faisant grimper jusqu’à un paroxysme vertigineux. Une bonne bobine de genre, bien plus innovante qu’il n’y paraît, outrepassant les clichés physiques des ados américains, et offrant davantage de vraisemblance aux personnages. A voir !

C’est doté d’une atmosphère loin du thriller mais non moins barré que débarquera Canine, critique absolument décalée de la surprotection parentale. Le grec Yorgos Lanthimos présente un couple qui, afin de préserver ses enfants, déjà trentenaires, modifie la réalité et les berce dans une utopie totalement délirante. Au sein de cette famille on ne peut plus atypique, le mot téléphone désigne le sel, les avions sont des jouets se crashant parfois dans le jardin, les chats des créatures dévoreuses d’hommes et les zombies de petites fleurs jaunes… Si certains aspects de cet univers font sourire, d’autres se révèlent plus dérangeants, notamment le regard posé sur la sexualité. Si le fiston reçoit régulièrement la visite d’une jeune femme visant à le soulager de ses montées de testostérone, les deux filles mènent une relation incestueuse, où chaque faveur se voit monnayée par un échange d’autocollants ou de serre-têtes… Récompensé par le prix « Un Certain Regard » lors du dernier festival de Cannes, Canine est un film surprenant, où des parents à la dérive emmènent dans leur sillage leurs enfants, où désirs avortés et tabous transgressés se confondent.

En guise d’entracte, Yours Truly et Grandmother prennent la relève. Le premier, réalisé par Obsert Parker, est un court d’animation dans lequel, via d’ingénieux collages, des icônes du cinéma reprennent vie et se voient impliqués dans un meurtre. Techniquement parlant, c’est étonnant et particulièrement innovant. Le second court, sorti de l’esprit de Can Evrenol, met en scène une jeune fille qui se rend sur la tombe de sa grand-mère. Des instants partagés ensemble lui reviennent à la mémoire, avec un arrière-goût de sang dans la bouche… Un brin barré dans son genre, ces six minutes sont tournées dans une ambiance généreusement sanglante, avec une chute finale plutôt fendarde. Pas bien innovant, mais le genre de fin qui marche toujours !

Et pour vider son esprit de toutes ces visions dérangeantes, rien ne vaut un bon film bien trash et jusqu’au-boutiste… J’ai nommé Macabre, pseudo-remake indonésien de Massacre a la Tronçonneuse, signé cette fois par les Mo Brothers. Tourné dans un pays où la censure règne d’une main de fer, difficile de sortir une bobine d’horreur sans voir sa création amputée de bons nombres de scènes sanglantes. Mais quitte à faire dans le genre, Timo Thahjanto et Kimo Stamboel ont décidé d’aller taper là où ça dérange, et de tourner sans s’imposer de limites. Chose réussie et honorable ! Six jeunes voyageurs sont invités à dîner par Maya, une adorable jeune femme rencontrée sur le chemin. D’abord sceptiques, ils acceptent, et réalisent trop tard qu’ils sont tombés dans un piège… Et oui, tel est l’avantage d’être un dévoreur de séries B : nous, au moins, on ne se fait pas avoir en pleine nuit dans une maison isolée dont la taulière semble particulièrement glauque ! Ces pauvres innocents auraient mieux fait de visionner quelques slashers avant de partir en balade… En tout cas, si vous voulez du sang, du trash et des hurlements à foison, vous serez servis dans ce film qui ferait pâlir Eli Roth et son diptyque Hostel… Tronçonneuse, torture, femme enceinte maltraitée, il semble que les Mo Brothers connaissent leurs classiques sur le bout des doigts, et profitent de l’occasion pour faire un clin d’œil à des créations contemporaines. Une heure trente d’horreur pure et décomplexée comme on rêverait d’en voir plus souvent !

On ne présente plus The Rocky Horror Picture Show, comédie musicale déjantée et cultissime du milieu des années 70. C’est un véritable honneur que d’avoir droit à une copie du film de Jim Sharman, qui n’avait pas été projeté depuis trente ans à Strasbourg. Et pour l’occasion, les rues du cinéma furent pleines de transsexuels et autres groupies transylvaniennes du Docteur Frank’n’Furter… Une affluence tellement inattendue que bon nombre de personnes se verront refusé l’accès à la salle, par manque de places ! C’est dire à quel point cette projection était attendue, se voyant, de plus, animée par une troupe d’improvisation. Les fans les plus hardcores des délires de Richard O’Brien côtoient les newbies et les curieux. Il reste néanmoins dommage que seuls les premiers rangs se soient élancés dans le Time Warp, et que le personnage de Rocky ne fut pas interprété par les membres de la troupe venue pour l’occasion… Mais il n’existe de spectacle plus déjanté et mémorable que celui d’une projection du Rocky Horror Picture Show, jets d’eau et de riz obligent ! Les péripéties de Brad Majors et Janet Weiss, couple d’abord coincé mais virant à la dépravation, restent définitivement aussi délectables qu’une bande-son inoubliable, ciment même du film. Du culte comme on n’en a jamais vu, transcendant les générations de cinéphiles et autres adorateurs d’excentricités en tout genre. La preuve, une fois de plus, que le Rocky Horror Picture Show est une expérience faite pour être vécue, jouée et chantée à l’infini !

En dépit d’une nuit bien courte et pleine d’images contradictoires, l’Etrange Festival remit le couvert le samedi 24 octobre, avec une thématique alléchante : « Debout les Morts ! », débutant deux courts-métrages de Winshluss, précédant la projection de Villemolle 81. Fables animées, mettant en scène un Monsieur Ferraille tendance Popeye alcoolique sauvant une pin-up attachée aux rails d’un train (O’Boy, What Nice Legs ! Une Aventure de Monsieur Ferraille), puis l’histoire d’une femme en haillons faisant l’aumône pour acheter un cadeau de Noël à son fils, dans une ville en proie à la déshumanisation la plus totale (Raging Blues). Deux créations où l’humour va par-delà des situations tragiques, faisant rire aux éclats et préparant à un film absolument énorme : Villemolle 81 !

Une équipe de journalistes vient tourner un documentaire dans la ville de Villemolle, qui est en pleine préparation de la fête annuelle. Présentant avec une cocasserie et un humour très Groland-like les aléas de la vie rurale, les premières quarante-cinq minutes tournent à la caricature tous les clichés de la ville de campagne française. Quand, soudain, une météorite s’écrase et redonne vie aux morts ! Les paysans décident alors de régler le problème… à leur manière. Villemolle 81 est une des comédies les plus délirantes jamais tournées en France, digne successeur de Shaun Of The Dead, la touche Frenchie en plus. Les personnages sont représentatifs des clichés les plus évidents des paysages ruraux : maire, secrétaire un tantinet lubrique, paysan retardé, sans compter un bon nombre de protagonistes venus des délires de Winshluss, à savoir un gourou manipulateur communiquant avec les aliens et une fausse blonde masculine rencontrée sur Internet… Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas vu autant de bonne humeur au cinéma, pour une bobine sentant bon l’impro et le do-it-yourself, pour notre plus grand plaisir. Amateurs de Groland, bienvenue !

Pour rester dans l’ambiance des morts-vivants, deux courts innovant suivirent la projection. Tout d’abord, Nourriture Spirituelle, de l’américain Will Hartman. Cette fois-ci, les zomblards sont dotés de la parole ou de la raison… du moins pour les adultes. Ainsi, une professeur à demi-morte tente d’enseigner à une cheerleader et un adolescent les plaisirs des légumes et autres végétaux dont on croyait la dégustation réservée aux vivants. Malheureusement, l’appel de la chair fraîche reste le plus fort ! L’idée est particulièrement sympathique, comme quoi on aura tout essayé en matière de zombies… mais il ne faut pas espérer les faire devenir adeptes de salades vertes ! Et comme chanterait un des personnages de Villemolle 81 : manger les humains c’est pas sympa, essaye les navets et les carottes c’est mieux ! (Refrain d’un tube qui ne risque hélas pas de sortir dans les bacs… Dommage, ça aurait certainement fait de la concurrence aux nigauds staracadémiciens !).

Vint ensuite Chainsaw Maid, court d’animation réalisé par Takena Nagao. Ici, les envahisseurs affamés, ainsi que les autres protagonistes, ont été créés… en pâte à modeler ! Un support qui n’empêche pas les effusions sanguines et autres jets de cervelles, généreusement distribués à coups de tronçonneuse, portée… par la mère de famille, qui n’hésite pas à tacher son tablier de tripailles pour sauver sa famille. Du jamais vu dans le milieu de l’animation d’horreur ! De quoi refroidir bien des spectateurs, et de les préparer mentalement à la projection de Paranormal Activity, création fantastique américaine de Oren Peli.

Un jeune couple décide de s’installer dans une charmante maison de banlieue. Malheureusement, Katie est suivie par une présence démoniaque depuis son enfance, qui décide de la hanter une fois de plus… Très dubitatif et peu impressionné par les dires de sa moitié, Micah décide d’acheter une caméra, qu’il branche le soir venu… et il ne sera pas au bout de ses surprises. Tourné avec un budget ridicule et en l’espace d’une semaine, Paranormal Activity s’installe dans la lignée de film tels que [REC] ou Le Projet Blair Witch, tournés d’une caméra hésitante pour insuffler au public plus de réalisme… et lui offrir de bons moments de peur. Malheureusement, en dépit de nombreuses promesses et d’un attrait grandissant dans les salles américaines, le film de Oren Peli se révèle être LE pétard mouillé de l’Etrange Festival 2009. Si les coups de flips sont efficaces chez les personnes angoissées par les poltergeists et autres esprits frappeurs, ils masquent difficilement de grosses lacunes narratives et filmiques. Une porte qui s’ouvre toute seule, des coups au rez-de-chaussée, des draps qui se soulèvent… Difficile de trouver un brin d’originalité dans Paranormal Activity, qui frappe bien moins fort que son prédécesseur espagnol, lequel avait su marquer les esprits par des maquillages hors normes et des frayeurs rares mais puissantes. Une grosse déception, là où bien plus aurait été possible, même avec des moyens dérisoires.

Puis, Jonathan Bekemeier relâche la pression avec Titler, une brève fusion très gay entre une cantatrice et un dictateur. Il fallait oser, et le résultat est assez fendard !

Retour vers les zombies avec Otto ; or, Up With Dead People, dernier délire de Bruce LaBruce. Otto est un jeune mort-vivant insomniaque et incapable de dévorer de la chair humaine, qui voyage en stop jusqu’à Berlin. Il rencontre une réalisatrice lesbienne quelque peu atypique qui désire faire de lui la star de son futur film. Au cours de ses périples, les souvenirs de sa vie antérieure lui reviendront, parsemant ses rencontres de flashs. Dotée d’une bande-son onirique (Bear Hides and Buffalo de Coco Rosie en est presque le thème, un morceau délectable d’ailleurs) et d’une poésie sous-jacente, Otto ; or, Up With Dead People est un film de morts-vivants bien éloigné des classiques du genre, mais empreint d’une errance incessante propre au genre zombiesque. Unissant pornographie et gore, Bruce LaBruce signe une bobine rare et envoûtante, malgré bon nombre de plans dérangeants pour certains publics. En effet, les scènes de sexe unissant deux, trois, voire davantage d’hommes ponctuent le film, dont un plan où un amant pénètre son partenaire par le biais d’une plaie béante de son ventre. Mais un arôme délicat de rêve et de surnaturel s’échappe de ce film. Otto est-il véritablement un mort-vivant, ou juste un adolescent décalé vivant dans son propre univers, aussi sombre soit-il ? L’amante de la réalisatrice est-elle réelle ou fantasmée, comme en témoigne le brouillage de la pellicule à chacune de ses apparitions ? A mes yeux, Otto ; or, Up With Dead People était le film que j’attendais le plus du fest. Et il demeure mon coup de cœur ! Tradition oblige, la dernière projection se voit précédée de trois courts-métrages.

Tout d’abord, Mama, création d’Andres Muschietti, longue de tout juste trois minutes, mais diablement efficace. Deux petites filles attendent anxieusement le retour de leur maman, plongée dans l’obscurité… mais celle-ci s’est transformée en une sorte de spectre terrifiant… L’histoire s’axe seulement sur cette course-poursuite, et sur quelques plans d’une créature au faciès absolument bluffant, qui efface la brièveté du court, au profit d’une vision puissante. Dolorosa, de Christophe Debacq, met en scène une femme enceinte recluse dans une cellule par un geôlier inconnu. Elle demeure le dernier lien entre le monde des vivants et les démons du passé d’une autre femme, qui a perdu son visage et son enfant dans un accident de voiture… Dramatique et glauque, Dolorosa ne laisse sous entendre aucun optimisme durant toute la durée de court, se terminant sur la vision d’un cimetière de nourrissons, à peine sortis du ventre de leur mère… Pour finir dans les courts, c’est Frankenstein qui referme la danse, rareté datée de 1911, première adaptation du classique de Mary Shelley. Difficile de ne pas être surpris devant l’efficacité du maquillage de la créature, bien en avance pour son temps ! L’instant historique de la soirée.

Deuxième séance de minuit de l’Etrange Festival 2009, qui fait suite à la projection l’an dernier, de Tokyo Gore Police. Cette fois, les délires nippons portent le doux nom de…Vampire Girl VS Frankenstein Girl ! Ca, c’est du titre ! Ca ferait presque de l’ombre aux créations d’Ed Wood et autres nanars aux noms interminables… A Tokyo, une étudiante file le parfait amour jusqu’à ce qu’une vampire débarque pour lui ravir son fiancé et le transformer en buveur de sang. Elle n’a pas dit son dernier mot, et demande de l’aide à son père, savant fou. Le combat entre la vampire girl et la frankenstein girl peut commencer ! Le film débute avec une énergie ahurissante, sous fond de J-Pop et de combats ultra–saignants, qui annoncent dès la première minute l’atmosphère de la dernière blague de Yoshihiro Nishimura et Naoyuki Tomomatsu, pour qui l’impossible n’est qu’une vague notion bien vite dépassée par des découpages gorasses et déjantés. La Frankenstein girl est un union entre une gothic lolita, une adepte de la scarification, et une jap’ se prenant pour une africaine… Une création bien éloignée de celle du mythe original, mais aboutissant à une bestiole faite pour se battre, dont on taira les attributs post-mortem, pour vous laisser le plaisir de la découverte ! En tout cas, les projections de bobines du genre Vampire Girl VS Frankenstein Girl sont des évènements à part entière, réservés aux aficionados du gore généreux et des délires lourdingues. Une ambiance presque comparable à celle du Rocky Horror Picture Show… En effectif certes légèrement plus réduit.

Un des derniers films du Festival projeté fut Panique au Village, comédie d’animation de Stéphane Aubier et Vincent Patar faisant salle comble ce soir ! C’est bientôt l’anniversaire de Cheval, amoureux de la belle Madame Longrée, professeur de musique. Cowboy et Indien décident de lui préparer une surprise, à savoir un barbecue ! Mais par mégarde, les choses tournent mal, et leur maison est totalement détruite. Ils s’attèlent alors à sa reconstruction, et de mystérieux évènements se produisent, plongeant les trois comparses dans un univers parallèle particulièrement étrange… Habitués de l’Etrange Festival, Cheval, Cowboy et Indien reviennent cette année en version longue, offrant une heure 15 d’humour et de gags loufoques. Les situations cocasses s’accumulent avec efficacité, faisant de Panique au Village un joyau d’animation qui sortira la semaine prochaine en salles, pour tous les publics, et à ne manquer sous aucun prétexte !

Particulièrement dense et originale, la programmation de l’Etrange Festival de Strasnbourg 2009 a su satisfaire bien des publics différents, de par la diversité des films et des genres projetés. Une semaine intense en images et en rencontres, ouvrant l’horizon vers des réalisateurs et des genres qui mériteraient d’être connus davantage du grand public… Rendez-vous pour la seizième édition !

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