Critique de film

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Misery

"Misery"
affiche du film

L'écrivain Paul Sheldon doit sa gloire à ses romans à l'eau de rose. Il vient d'achever son dernier manuscrit où il détruit l'image convenue de son héroïne Sheldon. Accidenté lors d'une tempête de neige, Sheldon se retrouve hébergé par une admiratrice qui se révélera redoutable.

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Misery - La folie selon Bates
Par : Damien Taymans
Tags : Stephen King

Quatre ans après avoir transposé sur écran Stand by me de Stephen King, Rob Reiner revient à la charge en adaptant l’un des meilleurs romans de l’écrivain : Misery. Particulièrement prisé dès sa sortie, Misery circule assez loin des sentiers habituellement battus par le romancier puisqu’il appartient davantage au milieu du suspense qu’au domaine horrifique. La tâche de Reiner s’avère assez périlleuse en raison de la difficulté que constitue la traduction sur pellicule des histoires de King qui brillent surtout dans leur description, leur traitement des personnages et l’installation évolutive de la tension. En outre, Misery comporte un inconvénient majeur : l’histoire revêt une dimension théâtrale certaine en raison du nombre restreint des personnages (Annie et Paul phagocytent la majeure partie de l’intrigue) et de l’unité de lieu (la maison d’Annie, lieu quasi exclusif).

Rob Reiner, aidé par un scénariste de talent en la personne de William Goldman qui deviendra un spécialiste de King avec notamment Dreamcatcher et Cœurs perdus en Atlantide, parvient à survoler ces difficultés et transforme les faiblesses apparentes de l’intrigue en ressources fondamentales pour asseoir son œuvre. Principale ressource du métrage : les personnages admirablement dépeints, extrêmement fouillés et incarnés de manière magistrale par James Caan et Kathy Bates. L’un et l’autre incarnent des personnages aussi antagonistes que complémentaires : l’écrivain populaire et sa plus grande fan, le blessé dépressif et l’infirmière névrotique, l’artiste admiré et l’admiratrice néophyte. Deux personnalités auxquelles il convient d’ajouter la seconde d’Annie, elle qui semble frappée d’une schizophrénie avancée (que dire à cet égard de la magnifique Kathy Bates qui mérite amplement l’Oscar reçu ?).

L’unité de lieu imposée par le roman de King se transforme elle aussi en avantage considérable puisqu’elle permet à l’intrigue de gagner en tension ce qu’elle perd en passion. Une atmosphère anxiogène qui s’épaissit au fil des minutes dans ces murs resserrés qui n’offrent comme horizon qu’un décor enneigé d’un blanc immaculé. Handicapé dans ses déplacements par des jambes fracturées, enfermé à clé dans sa chambre, Sheldon ose pourtant rêver à la fuite et tente par divers stratagèmes de prendre contact avec l’extérieur. Destin néfaste que celui de ce héros qui vient à peine de se libérer (en s’affranchissant de la franchise des Misery qu’il exècre) pour se trouver à nouveau cloué au lit et séquestré par une folle furieuse. Et Reiner, pour nous permettre de respirer quelque peu en ingérant une grande bouffée d’air, de nous faire suivre en parallèle l’enquête menée par un shérif peu consciencieux et sa femme totalement désintéressée.

Misery explose le fixisme de l’oeuvre originelle en bénéficiant d’une mise en scène éclatante, preuve que le cinéma peut devenir un support complémentaire aux récits écrits. Chacun avec ses armes a réussi à marquer aussi bien lecteurs que spectateurs : King en créant l’une des meilleures oeuvres de suspense qui soient, Reiner en le structurant pour le mettre sur pellicule. Finalement, peu importe la version que l’on préfère, inerte ou animée, sur papier ou sur écran, l’important est que l’une et l’autre procurent les mêmes sentiments à savoir la peur et la jouissance...


Critique de Misery - Highway to Hell
Par : Maureen Lepers

C’est une chose dangereuse que de créer. Au sens noble du terme, il s’agirait toujours de jeter en pâture une partie de soi au public, de se laisser disséquer et dévorer, d’encaisser la critique ; il s’agirait toujours de prendre le risque d’être incompris, d’être prisonnier d’un genre ou d’un personnage, de se trouver annihilé par sa propre créature. Romancier à succès et conteur invétéré, Stephen King a conscience de ces risques parce qu’il fait partie des auteurs qui se nourrissent de leurs cauchemars et font de l’écriture une thérapie essentielle et autosuffisante. Chez lui, la condition d’écrivain n’est pas seulement vécue, elle est analysée et réinvestie ; elle devient elle-même objet de création. Jusqu’à quel point est-on maître de son œuvre, et par extension, jusqu’à quel point est-on maître de soi-même ; que se passe-t-il quand les mots nous échappent, quand la créature devient monstre et l’écrivain prisonnier de sa propre fonction ? Autant de questions qui hantent King jour et nuit sans relâche, et qui sont le thème central de Misery.

Paul Sheldon, auteur des ’Misery’s series’, romans populaires à succès, est fatigué de sa saga et décide de tuer son héroïne dans un ultime épisode. Alors que son manuscrit est en cours d’impression, il se rend au Colorado dans un petit motel, pour mettre un point final à son nouveau livre, beaucoup plus personnel, et avec lequel il espère bien renouer avec son talent d’écrivain. Cependant, alors qu’il quitte l’hôtel pour rejoindre New York, il est pris dans un violent blizzard et est victime d’un accident de voiture. Annie Wikles, infirmière à la retraite, va lui sauver la vie en le recueillant chez elle, toute honorée de pouvoir soigner son écrivain préféré. Mais le dernier tome de la célèbre saga de l’écrivain gagne les librairies, et la mort de Misery réveille chez Annie la plus terrible des folies. Séquestré et torturé, Sheldon va devoir ressusciter son héroïne pour rester en vie et échapper ainsi au monstre qu’il a indirectement engendré en la personne de sa plus fidèle admiratrice.

Ce qui s’impose d’abord dans le film de Reiner, c’est le visuel, l’esthétisme de la pelloche. Il y a dans Misery, quelque chose d’étouffant et d’angoissant, qui vous prend à la gorge et vous noue les tripes. L’hiver, les étendues de neige infinies du Colorado, auxquelles s’oppose la ferme où est retenu Paul Sheldon - isolée, silencieuse, prison du corps et de l’esprit - sont tous deux d’incroyables vecteurs d’angoisse. L’immensité est effrayante, parce qu’elle est sans limites et qu’elle signifie se perdre, mais contrairement à ce que l’on pourrait attendre d’un chalet de montagne, celui ci n’est pas plus rassurant. Il n’y est pas question de chocolat chaud au coin du feu, mais de torture, de survie à tout prix. Quitter la maison ne résoudrait rien alors, et c’est d’ailleurs la question que l’on se pose pendant tout le film : fuir oui, mais pour aller où ? Torturé et infirme, prisonnier au même titre que les protagonistes de The Last House On The Left ou Hostel, Sheldon n’a plus pour survivre, que son esprit, sa conscience d’être écrivain et de pouvoir gagner par les mots. Car outre le cadre, le monstre qu’il doit affronter n’a rien à envier à Freddy Krueger et autres personnages de la même trempe.

Si Rob Reiner n’entend bien sûr pas nous offrir une œuvre gore à la Romero ou à la Craven, il n’en filme pas moins son personnage principal (Kathy Bates, bluffante) comme un véritable sadique du genre. Duelle, car à la fois complètement cinglée et presque attendrissante dans ses quelques éclairs d’humanité pure, le personnage d’Annie Wikles marque les esprits de par sa stature et son sourire déconcertant, mais aussi et surtout, de par ses accès de colère et de violence. Créature engendrée par Sheldon, au même titre que Misery Chastain, l’héroïne qu’elle adule par dessus tout, elle se fait l’apôtre de la vengeance de l’imaginaire sur le monde réel. Si Sheldon a tué son personnage principal, elle tuera l’auteur à moins que ce dernier ne rende justice à la belle et tendre Misery en la ressuscitant. Il y a dans le comportement d’Annie, quelque chose de rédempteur, du moins s’en persuade-t-elle. Il s’agit pour elle d’ouvrir les yeux de l’auteur, de le ramener dans le droit chemin lui qui, pauvre brebis, s’en est écarté en tuant son héroïne populaire pour se concentrer sur une vraie littérature, personnelle et véritablement salvatrice. Pour ce faire, il lui faut annihiler complètement son prisonnier, physiquement du moins : il lui faut l’étouffer, l’isoler du monde et de lui même, le vider de toute substance pour qu’enfin il comprenne : Misery doit vivre car il en va de son propre salut d’homme. C’est ici qu’intervient la grammaire hitchockienne : gros plan à large focale, subjectivité de nombreuses séquences, plans carrés, posés et longs, musique lancinante, torture suggérée plus qu’elle n’est montrée, tout est fait pour sublimer Annie, apocalyptique sainte, cruelle et folle à lier, grotesque parfois, à l’image de tous les sadiques des survival classiques. Pour autant, il y a quelque chose d’authentique dans le traitement que fait Reiner de son personnage. Il ne veut jamais la juger, ni se moquer d’elle, mais plutôt lui faire hommage en la rendant plausible. Incontestablement, il y a de la tristesse chez ce monstre terrible, quelque chose de troublant au delà de l’horreur, qui nous fait réfléchir.

En conjuguant ainsi toute une grammaire hitchockienne avec les codes du survival movie, Rob Reiner livre une œuvre singulière et puissante, d’une rare richesse symbolique. Il n’y a pas d’esbroufe dans Misery, juste des comédiens hors pair et une réal’ chiadée au service d’un véritable cauchemar d’artiste. Fort d’une efficacité classique et sans fioritures, le film de Reiner fait honneur au genre et à l’écrivain, sans jamais oublier son spectateur. Ce n’est finalement que justice que d’offrir à Stephen King un film à la hauteur de son talent, lui que la critique bien pensante a trop souvent décrié, à l’image de bon nombre de cinéastes de genre, incompris et vannés, au nom d’un cinéma normatif et cérébral.


Commentaires sur le film

4 etoiles

coups de coeurCoup de coeur !

Reiner nous offre un film génial pour l’une des meilleures adaptations d’un roman de King. Les personnages sont parfaitement transcrits à l’écran et le script de Goldman est d’un si grand niveau que ça permet au film de rester fidèle au roman. Un film à voir.

22 septembre 2008 à 15:09 | Par Haddonfield
edulcorèe

4 etoiles

coups de coeurCoup de coeur !

tres bonne adaptation du king,mais une nouvelle fois tres edulcorèe
(voir la scene du cassage de cheville !!)

24 octobre 2009 à 15:10 | Par logan666

0 etoiles

16 novembre 2009 à 01:11

5 etoiles

Kathy Bates est royal dans ce film

28 juillet 2013 à 10:07 | Par Christina

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