Critique de film

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Worm

"Worm"
affiche du film

Accusé d’un double homicide, Jason accumule les mauvaises rencontres alors qu’il tente de sauver sa petite fille d’une bande de vicieux criminels.

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Worm
Par : Benjamin Leroy

Hitchcock énonçait une recette simple pour capter l’attention du public : d’abord filmer la bombe placée sous la table, puis filmer le visage du personnage assis à la table. Andrew Bowser applique à la lettre la deuxième partie cette leçon, et pas qu’un peu : 90 minutes cadrées sur le visage de son héros, que la caméra ne quitte pas une seconde. Et le plan préalable sur la bombe, me demanderez-vous ? On va dire qu’il passe par l’ellipse, ou plutôt qu’il est induit : lorsqu’un film s’ouvre sur un type plutôt louche enterrant quelque chose dans un sous-bois, on se doute bien que ce n’est pas ses étrennes de Noel qu’il planque là...

Pour rappel, Worm a fait parler de lui pour son concept audacieux. Conçu comme un seul plan-séquence de 90 minutes, filmé entièrement avec une GoPro arnachée à Bowser (acteur, réalisateur, scénariste, producteur) façon snorricam, le film raconte comment ce qui aurait dû être un plan facile pour ramasser quelques dollars va se transformer pour le dénommé Worm en véritable sac de nœuds.

Dès les premiers instants, on est en compagnie de Worm. Et pendant 90 minutes, on ne le lâchera pas d’une semelle. Ou plutôt, on ne le lâchera pas d’un clignement de paupière. Car le principe de réalisation fait que l’on fixe toujours le visage de Worm, tel un observateur omniscient et intrusif, un insecte entêtant et entêté qui bourdonnerait autour du héros. C’est une force du film : l’immersion est totale, on scrute chaque réaction et attitude de notre barbu. On partage non pas son expérience - comme ce serait le cas avec une vue subjective - car notre vision est centrée sur lui et donc coupée de son environnement ; mais ses réactions intérieures et intimes, son rapport aux événements. On n’est pas dans ses chaussures, mais dans sa tête. Captivant et passionnant.

Pourtant, le parti pris de réalisation sentait à plein nez le gadget foireux. Alors pourquoi cela fonctionne ?
D’abord par le talent d’interprète de Bowser, dans la peau dudit Worm. Il réalise une véritable apnée dans son personnage, il est tout simplement Worm, et l’on épie chacune de ses réactions, chacun de ses tics ou rictus, comme si à travers eux, on guettait une porte d’entrée dans sa psyché. Deuxièmement par le travail titanesque qu’a dû abattre Bowser et par la précision de sa mise en scène. Côté performance, le film prétend être un seul plan séquence, et même s’il est possible que le réalisateur ait triché et qu’il y ait un ou deux raccords, cela veut quand même dire des scènes d’au moins 30 minutes en étant constamment à l’écran, sans aucun droit à l’erreur ni même à l’hésitation. On n’ose imaginer le nombre d’heures que le cinéaste et son équipe ont passé à répéter, à chorégraphier, à prendre leurs marques, à « huiler la machine ». C’est cette précision qui fait de Worm un vrai film, et non un simple gadget. Bien sûr, les effets de réalisation sont limités, et on n’aura forcément pas droit à des travelings virtuoses ou des plans aériens de toute beauté. Mais Bowser maitrise parfaitement son cadre et parvient même parfois, par sa mise en scène, à donner un surplus de sens à ses images.

Enfin, le film s’appuie sur une écriture aussi solide que riche et intelligente. La trame est celle d’un savoureux film noir, avec nombre de ses figures incontournables, qui a l’intelligence de ne pas chercher à faire plus compliqué que celle d’un bon vieux roman de gare, tout en parvenant à ménager son suspens. Bowser sait également se servir de l’écriture pour venir combler les faiblesses formelles inhérentes à un tel objet, en utilisant le verbe pour remplir les inévitables temps mort. Ce sont ainsi des discussions, jamais vaines, de personnages secondaires en « fond », et surtout, le recours à une astuce scénaristique pour remplir avantageusement les moments où Worm se déplace : sa manie de s’entrainer à lutter contre son bégaiement, en répétant inlassablement les mêmes mots jusqu’à ceux-ci sortent naturellement.

Cette astuce, en nous laissant voir combien Worm a probablement dû souffrir de son bégaiement et la rage qu’il met à le combattre, participe d’ailleurs de l’autre grande force du film : c’est aussi une brillante étude de caractère, ce qui, couplé avec la proximité visuelle, rend le film parfois très émouvant, en même temps qu’il le démarque de la simple performance formelle. Bien sûr, on devine ce qui se passe dans la tête du héros en interprétant ses expressions. Bien sûr, à force de fixer son visage, il nous semble le connaître intimement. Mais surtout, le scénario distille, au détour de conversations et de scènes parfois anodines, de nombreuses informations sur Worm, sur sa vie passée, sur qui il est. Si bien qu’à la fin du film, il nous semble tout savoir de la vie de ce brave gars touchant à l’enfance difficile, plein de bonne volonté, mais plus doué avec son coeur qu’avec son cerveau.

Non seulement le film parvient à dépasser son statut de gadget et de simple performance, mais il se permet même d’être une véritable réflexion sur l’image. En définissant son film seulement via son personnage principal, en faisant de celui-ci notre seul point d’attache, Bowser parvient à brouiller totalement les repères spatiaux et temporels, renforçant ainsi notre statut d’observateur obsédé par Worm, insensible à tout autre chose que Worm, et créant une étrange impression presque surréaliste. Le film se déroule en temps réel, sur 90 minutes, mais lorsque l’on est concentré sur le visage de Worm, le temps semble se dilater, et sa cavalcade, ses incessants allers et retours semblent durer une journée. Quant au décor qui l’entoure, on n’en voit rien ou presque, et toujours évidemment en arrière plan. On devine quelques bâtiments, on finit par se faire tant bien que mal une topographie du lieu, mais cela reste flou et furtif.

On aboutit ainsi à l’effet très étrange qu’en dehors de Worm, il n’existe rien, que tout n’existe (logiquement) que par interaction avec lui, qu’il est la seule chose réelle et tangible du film. Le titre prend alors toute sa cohérence : Worm, et non Worm tente de sauver sa peau ou Worm sent venir le coup fourré... Ce que nous propose Bowser, ce sont bien 90 minutes d’empathie totale, d’émotions et de réactions partagées à fleur de peau. 90 minutes de Worm.


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