Critique de film

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Bullet Collector

"Sobiratel pul"
affiche du film

Un adolescent de quatorze ans déteste sa vie. Tentant de fuir son existence morne où il se sent faible et lâche, il s’invente un monde fantastique où il lui est possible de tout affronter. Lorsqu’il s’échappe de chez lui et atterrit dans une maison de correction, les rêves et la réalité ne font plus qu’un.

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Trailer - Bullet Collector (2011)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de Bullet Collector
Par : Maureen Lepers

Premier film du russe Alexander Vartanov, Bullet Collector propose un voyage hypnotique dans la tête d’un gamin désaxé, dont l’intolérable quotidien le pousse à s’immerger dans un monde imaginaire, peuplé de guerre des gangs et de cow-boys modernes.

Disons le d’emblée : décrire Bullet Collector n’est pas simple. Indéniablement, c’est à un film d’une urgence et d’une vitalité sans nom, parfois extrême, parfois raté et parfois franchement génial que nous avons affaire. Pour tout dire, et comme l’expliquera en présentant le long métrage le compositeur de la bande originale, le film est d’abord l’histoire d’un voyage, d’une rencontre d’un écho. Car sur lui et sur les épaules encore fragiles du jeune réalisateur, plane l’ombre d’un choc cinématographique spectral, dont on s’attend rarement – à tort - à entendre le nom dans les rangs d’un festival à consonance majoritairement fantastique et horrifique : Les 400 coups de François Truffaut. A l’aune de la conjoncture actuelle, il est facile finalement d’établir entre les deux films une correspondance, un parallèle, et de voir en Bullet Collector ce qu’a été, en son temps, le coup d’essai de Truffaut pour le cinéma français - à savoir, un réveil. Faisant fis de toutes les conventions de genre exigées par les producteurs, c’est avec son propre argent et celui de ses amis que Vartanov finance cette histoire - inspirée d’une pièce de théâtre - qui lui court depuis cinq ans dans la tête, et qu’il veut précisément être une réécriture de son modèle européen. Tant du fait de ses conditions de production, que de son sous-texte socio-politique, Bullet Collector ainsi propose implicitement le portrait d’un certain état, d’une certaine tendance du cinéma russe. Le long métrage suit les déboires d’un adolescent en perdition, mal dans sa peau et un brin timbré, qui s’invente, pour survivre à un quotidien morbide, un monde imaginaire. De ce réel de procuration, il peinera grandement à se détacher au moment de son incarcération en maison de correction, paroxysmique carcan tant pour le personnage principal que pour le réalisateur dont on aurait voulu faire taire le cinéma.

Oscillant perpétuellement entre rêve et réalité, entre cauchemars, hallucinations et violences quotidiennes, le héros apparait comme le croisement improbable d’Antoine Doinel et Donnie Darko, et rappelle également les personnages de Gus Van Sant, ou cet enfant flingué qu’était le héros du sublime Morse de Tomas Alfredson. Film polémique qui se vit plus qu’il ne se dit, démarche explosive et résultats sincères, Bullet Collector a l’allure de ces premiers films malades et intransigeants, de ceux qu’il fallait absolument réaliser pour continuer à avancer. S’il pèche parfois du fait de tics auteuristes dont la lourdeur malvenue vient plomber quelques scènes, c’est incontestablement du côté des séquences oniriques qu’il faut se tourner pour saisir la richesse du film et de l’univers de son auteur. Ces dernières s’imposent au-delà des échappées lyriques du personnage principale, et tissent dans l’image un discours critique. Elles sont, pour le héros, et son créateur à travers lui, un acte de résistance. Pour l’adolescent, c’est une fuite, un doigt d’honneur tendu bien droit et bien haut à ses détracteurs, dont son imagination et le destin fabuleux qu’il s’est inventé ne feront qu’une bouchée. Pour Alexander Vartanov quant à lui, elles sont surtout l’occasion de rejouer par l’intermédiaire de ses propres images, quelques uns des grands thèmes, voir des grandes scènes du cinéma de genre mondial, un cinéma qui l’a sans doute nourri, et grâce auquel, comme son personnage, il a pu continuer à respirer.

La force du croisement, entre guerre des gangs et western, et ce scénario proprement mythique que s’invente le gamin, où tout est légende, où tout est magique, donne à ses rêves des allures de temple, et ouvre dans le cadre, une brèche sacrée, un espace fragile, précieux, que le réel toujours, menace de profaner. Peuplés de fantômes de lumières que l’on espère sans cesse voir se matérialiser et devenir tangibles, ces délires de gosse ne sont autres qu’un cinéma intérieur grandeur nature, dont l’intransigeance et la violence résonnent comme un cri. Un cri de liberté.


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