Critique de film

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Comforting Skin

"Comforting Skin"
affiche du film

Une jeune femme solitaire, désespérément en manque d’échanges émotionnels et sexuels, se retrouve embarquée dans une relation surréaliste, et en fin de compte destructrice, avec son encombrant tatouage qui progressivement prend vie sur sa peau.

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Trailer - Comforting Skin (2011)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de Comforting Skin
Par : Maureen Lepers

Premier film du canadien Derek Franson, Comforting Skin n’est pas sans évoquer l’inquiétante étrangeté de certains Cronenberg, et raconte l’histoire belle et cruelle d’une jeune fille en manque d’amour et de sexe qui, pour compenser, se fait tatouer l’omoplate et tombe amoureuse de son motif, dont la langue et les caresses la révèlent à elle-même.

Au cœur d’abord de la belle efficacité de Comforting Skin, il y a la propension du metteur en scène à saisir ce que l’anodin peut révéler d’étrange et de dangereux. Le fil, ténu et tenace qui existe entre le réel et le surnaturel, et dont le genre fantastique fait son apanage, est ici tendu comme un string. Sa musique, doucereuse, discordante parfois, rappelle sans peine les atmosphères fascinantes d’un Maupassant ou d’un Edgar Poe, dont les personnages partagent d’ailleurs avec l’héroïne un mal être, ce sentiment terrible de ne pas appartenir au monde, ou plutôt d’en saisir la silhouette, les mystères, les ombres. L’idée de Comforting Skin est donc de mettre en lumière les contours d’un corps, celui de Koffie, qu’elle déteste au point de l’abimer (on comprend dans le film que l’héroïne a fait une tentative de suicide, qui a défaut de lui couter la vie, lui a surtout couté son couple), et qu’elle réhabilite d’ailleurs en le blessant. Le tatouage finalement, coupure salvatrice, scarification artistique, témoigne d’un rapport au corps brutal, une chair que l’on ne peut appréhender que dans le déchirement, ou plutôt dans le découpage. Car c’est bien de traits dont il s’agit ici d’abord, de lignes droites et définitives sous l’égide desquelles la peau, pour toujours, s’en trouvera transformée. Ce dessin tueur est, dramatiquement, à prendre au pied de la lettre, puisque tel une onde de choc, il réveille ce corps en sommeil jusqu’à ce que celui-ci ne soit plus seulement le véhicule de l’esprit, mais bien son supérieur hiérarchique. A fleur de peau, sans mauvais jeu de mots, Koffie ainsi se soumet au règne, de son épiderme, au vertige de la sensation. Comforting Skin en ce sens, est bien l’histoire d’une fille qui déteste son corps, et qui, faute de mieux, et parce que c’est finalement la seule fonction qu’elle lui connaisse, creuse dans sa propre chair son anéantissement, et sa renaissance.

Au-delà de ces principes, il semble surtout que la grande force du cinéaste soit sa propension à filmer ce que les corps, masculins et féminins, supposent d’enjeux sociaux. Deux personnages sont ainsi mis en balance : celui de Koffie, l’héroïne dont le passé trouble est en lien direct avec la chair, et celui de Nathan (excellent Tygh Runyan), son meilleur ami et colocataire, musicien sociophobe, dont le corps induit un enjeu double : il est à la fois celui qu’il s’agit de réinsérer dans la communauté, également celui qu’il faudrait sexuellement conquérir pour se rassurer. Avant toute chose donc, Comforting Skin met en scène des héros autistes, autistes car trop triste (Koffie), autiste car trop flippé (Nathan), et pour lesquels la reconnaissance sociale est un enjeu majeur, auquel le corps est toujours un obstacle. Au milieu de ces squelettes, le tatouage agit comme un révélateur pernicieux : doté d’une voix qui lui est propre, il est surtout privé de ce corps terrible qui encombre trop grandement nos héros, et dont la solution fantasmée serait en définitive de se débarrasser. Obligé de partager celui de Koffie, le tatouage entretient, à bien, y regarder, une paire de ressemblances assez troublantes avec le personnage de Nathan : tous deux partagent avec Koffie les composantes les plus intimes de son existence (l’un la peau, lieu presque unique de contact et de sensations, l’autre l’intimité domestique), tous deux sont également des espaces de désir, des points de paroxysme à l’éveil charnel.

L’enjeu de Comforting Skin alors est de mettre en image un équilibre, celui qu’il faudrait trouver avec le monde, celui qui nous entoure, ou celui du quotidien, pour exister. En prouvant que nier son propre corps, c’est forcément surinvestir celui d’un autre, et par extension, s’annihiler ou annihiler celui qu’on aime, le film raconte en creux, la difficulté qu’il y a, dans un couple, à préserver à la fois son intimité et sa personnalité, à ne pas, en somme, se laisser envahir par l’autre.


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