Critique de film

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The Body

"El Cuerpo"
affiche du film

Un policier enquête sur la disparition du corps d'une femme à la morgue. Le détective espère résoudre l'affaire grâce à une étroite collaboration avec le mari de la dame...

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Trailer - El Cuerpo (2012)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de The Body - « Le passé est un prologue »
Par : Maureen Lepers

Premier long métrage en tant que réalisateur du scénariste Oriol Paulo (Les Yeux De Julia) et grand vainqueur du PIFFF 2012, The Body n’est ni plus ni moins que l’histoire d’un corps qui disparait. En réinvestissant les codes du film d’horreur à l’espagnol et en les mélangeant à ceux du polar, le cinéaste signe une relecture des grands thèmes hitchcockiens de la manipulation et du faux semblant, mais livre également un film somme venu interroger les limites d’un genre qui s’essouffle et peine à se renouveler.

Petit prince choyé des écrans fantastiques depuis les années 90, le cinéma d’horreur espagnol fleurit sur la dépouille du franquisme, dans le sillage de noms tels que Narciso Ibañez Menta ou Jesús Franco Manera. Pères fondateurs de l’épouvante à l’hispanique, ces réalisateurs voient dans le cinéma de genre un moyen de contourner la censure dictatoriale. En effet, parce qu’ils investissent un cinéma populaire de pur divertissement, les autorités gouvernementales jugent leur travail peu éligible à la diffusion d’un message social ou politique et se désintéressent de leurs projets. Elles les autorisent ainsi à travailler librement, avec pourtant une seule exigence : que l’action des films se déroule ailleurs qu’en Espagne. Hérités du surréalisme espagnol, mais également d’une imagerie néo-gothique, ces longs-métrages et leurs auteurs posent ainsi les jalons d’une esthétique horrifique aux couleurs nationales, que les années 90 se chargeront de ramener sur ses terres d’origine. Il s’agit désormais, pour cette nouvelle vague de cinéastes – de Guillermo Del Toro à Nacho Cerda, en passant par Jaume Balaguero et Alex De La Iglesia – de réinvestir des paysages locaux ; mieux, d’en faire surgir les fantômes. Travaillé par le souvenir traumatisant de Franco et de la guerre civile, le cinéma d’épouvante espagnol des années 90 semble grosso modo se structurer en deux pôles : soit dans une logique proprement merveilleuse, en réinvestissant, dans l’ombre de l’inquiétante étrangeté du conte, le spectre de l’histoire – c’est le cas de L’échine du Diable ou du Labyrinthe de Pan - ; soit dans une logique plus fantastique, en faisant la part belle aux destins individuels et à une certaine forme de quotidienneté – L’Orphelinat ou encore Abandonnée. Dans tous les cas, l’une ou l’autre des formes semble aujourd’hui avoir atteint ses limites – pour preuve classicisme désuet du récent Insensibles ou l’esbroufe visuelle un peu vaine des Yeux de Julia.

Pourquoi cet état des lieux ? Pourquoi cette digression ? C’est qu’il apparait que, las de lui-même peut être, le cinéma d’épouvante espagnol veuille s’engager dans de nouvelles directions. Le PIFFF, en 2011, débutait avec Malveillance, de Jaume Balaguero, qui n’était exempt ni de failles ni de trop-pleins, mais ouvrait une brèche plus vicieuse qu’horrifique, et non moins épouvantable. Surtout, le cinéaste mettait au cœur de son film des influences hitchockiennes, voire depalmiennes, avec lesquelles The Body entretient lui aussi des rapports privilégiés. Parler du long-métrage sans en dévoiler les secrets n’est pas simple, aussi nous contenterons-nous d’en évoquer les intentions et les réussites. Au cœur des enjeux pour le cinéaste, s’entrecroisent deux dialectiques sournoises – le doute propre à tout récit fantastique d’une part, la manipulation du personnage principal (Alex, superbe Hugo Silva) d’autre part – qui se conjuguent pour finalement se rejoindre sur un seul pôle : le spectateur. Au centre du film ainsi, il n’y a que nous, nous que l’on guide et que l’on trompe, dont on guette les moindres sursauts, dont on déjoue toutes les attentes. Cette inclusion du spectateur au cœur de son schéma dramatique permet à The Body d’intégrer en son sein une véritable réflexion sur le genre qu’il porte aux nues, et dont il fait en même temps le deuil. Jouant avec ce que son public sait des codes du thriller horrifique, Oriol Paulo s’autorise ainsi à en questionner les contours : à l’image de ce corps mort (Elen Rueda) dont le fantôme rieur hante le film tout entier – il guide à la fois le présent de la narration, mais également, avec les flashbacks, son passé – le genre agit ici comme un spectre dont il faut s’affranchir, qu’il faut affronter pour comprendre, et pour le dépasser. Il y a peu de place, c’est vrai, pour la vraisemblance, dans The Body ; peu de place également pour le frisson gore ou l’originalité. Cependant, il y règne, indéniablement, une ironie mordante, la conscience presque maniériste d’arriver après la tempête et de devoir composer avec les ruines. Aussi, si comme l’écrivait Shakespeare, « le passé est un prologue », tragique et lucide, ce film d’ombres et de fantômes sonne peut être, discrètement, le glas d’une nouvelle ère.


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