Critique de film

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Hors Satan

"Hors Satan"
affiche du film

En bord de Manche, sur la Côte d'Opale, près d'un hameau, de ses dunes et ses marais, demeure un gars étrange qui vivote, braconne, prie et fait des feux. Un vagabond venu de nulle part qui, dans un même souffle, chasse le mal d’un village hanté par le démon et met le monde hors Satan.

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Hors Satan - Un gars / une fille
Par : Seb Lecocq

En bord de Manche, sur la Côte d’Opale, près d’un hameau, de ses dunes et ses marais, demeure un gars étrange qui vivote, braconne, prie et fait des feux. Un vagabond venu de nulle part qui, dans un même souffle, chasse le mal d’un village hanté par le démon et met le monde hors Satan.

Un film de Bruno Dumont sur Cinemafantastique, ça peut paraître bizarre mais sa nouvelle livraison est un vrai film de genre. Un film de démons où le Mal rôde dans chaque plan, tapi dans l’ombre, observant et manipulant les hommes. Hors Satan ou quand Bruno Dumont t’explique que, de nos jours, il n’y a plus de place pour le Sacré ni pour un sauveur. C’est beau, c’est fort, c’est fermé, c’est du Dumont. Le nordiste qui pousse le vice jusqu’à faire un film pratiquement muet mais sans faire le beau derrière du noir et blanc, du 4 : 3 et du piano. Ici point de musque, point de noir et blanc, point d’effets sonores, juste du son direct, du vent, du souffle et des respirations. L’humain est à poil chez Dumont. Aucun artifice afin de mieux le disséquer, l’observer comme l’entomologiste scrute durant des heures la danse des fourmis. L’intérêt du réalisateur se porte sur les vides, les blancs, les moments creux, les riens, de ces moments où la vraie nature des hommes se montre. C’est dans les riens que le tout se donne à voir. Cela, il l’a bien compris et le prouve une fois encore avec Hors Satan qui n’est pas loin d’être son meilleur film.

Après une petite digression "grand public" avec un Hadewijch soigné, des acteurs beaux et maquillés, de la musique et une délocalisation à Paris, Dumont revient aux fondamentaux : le Nord, version côte d’Opale cette fois, la campagne, la nature sauvage, des acteurs sauvages aux gueules cassées qui sentent bon la consanguinité, une sexualité animale qui aspire à autre chose que la simple sexualité et une mise en scène du rien qui dit beaucoup. Énormément même, mais c’est a spectateurs qu’il revient de combler les vides, d’établir les hypothèses et de fabriquer son propre film. Dumont distille les informations et limite ses effets encore plus que d’habitude. La parole n’a aucun but informatif, les quelques dialogues sont juste là pour combler un vide et sont, à la rigueur, plus utilisés comme un artifice sonore que comme vrai élément de l’intrigue. Dumont n’en a pas besoin pour raconter son histoire, sa mise en scène et son montage lui suffisent. Il filme dur, rude. Des choses et des humains rustres mais par miracle, certains passages sont d’une beauté à tomber. Intemporel, le film se passe de nos jours mais les acteurs n’ont pas de portable, pas d’ordinateur, pas de travail, pas de signe de reconnaissance sociale, ce sont juste des gens qui font des trucs ou plus souvent, qui ne font rien et on est subjugués, presque hypnotisés par ce faux rythme qui montre la banalité absolue.

Plus que les personnages, l’élément central du film est la Nature qui semble recéler un tas de mystères, de forces. Une nature spirituelle qui prend le pas sur l’humain. Une Nature presque divine comme le montrent ces plans d’une beauté terrassante dans lesquels Le Gars communie agenouillé sur le sol au petit matin et qui nous montre une nature vivante presque divine. C’est tout sauf un hasard si elle est filmée de cette façon : c’est le cœur du film quand le corps est représenté par Le Gars (ndlr : les personnages n’ont pas de nom si ce n’est Le Gars et Elle) et Elle, sorte d’ange déchu, tombée du ciel et abimée par la vie. Une fille qui, grâce au Gars, va accéder à la transcendance ultime, vivre l’expérience divine par excellence. Hors Satan est peut-être le film le plus symbolique de Dumont qui poursuit sa veine "religieuse" entamée avec Hadewijch mais cette fois, il nous refait La Vie du vrai Jésus version Boulogne sur Mer.

Le héros sans nom est un héros westernien qui rappelle L’Homme Des Hautes Plaines, même aura mystique, même absence première de motivations, mêmes attitudes. Le gars est là, il règle les problèmes des gens puis repart comme il est arrivé certainement. Mi-prophète, mi-vagabond. Il est là et plus là. Pendant une bonne grosse heure quinze, on reste dans la pure réalité banale d’un village paumé au bout du bout de la France où la Nature semble déborder d’une force mystique et mystérieuse. Sa force, c’est de filmer ses comédiens et leurs gueules cassées et atypiques, comme des paysages. Plan très large vide puis peu à peu rempli par ses deux personnages. Ou alors des gros plans, des inserts bruts de décoffrage qui rendent beau la laideur. Puis, sans véritablement qu’on ne s’en rende compte, il fait apparaître le fantastique de manière réaliste mais on comprend peu à peu la vraie nature de ce gars. Un type pas comme les autres qui semble communier avec La Nature et avec quelque chose d’autre, un gars qui fait tout pour ceux qui croient en lui, capable de faire des miracles, sans forcer. Puis chaque personnage possède une double identité et un double rôle. Son identité physique (un beau-père, une routarde, un vagabond) et son identité symbolique (un démon, une sirène, un fantôme, un messie).

Dumont convie Pasolini, Bresson et Tarkovski pour raconter son histoire riche en symbole religieux et mystique. Au début, on ne comprend pas trop, puis plus le film avance, plus le personnage se révèle, plus on fait le lien entre des actes qui auparavant semblaient anodins voire abscons. Pourtant, tout est lié, étudié, découpé et agencé dans un but bien précis. Dumont trace son sillon en conviant le fantastique et quelque chose de plus grand que l’humain dans son cinéma. Ce n’est pas vraiment de la religion, ce n’est pas vraiment les forces de la nature, c’est les deux à la fois. Beaucoup de cinéastes font le rien avec tout, lui opère l’inverse, il fait le tout avec rien. Et c’est profond et à tomber esthétiquement. Et en Scope, s’il vous plait.


Critique de Hors Satan
Par : Maureen Lepers

Cinéaste de l’intime et de la quête, Bruno Dumont renoue dans Hors Satan, avec la thématique qui a fait la force de son précédent long métrage, Hadewijch, celle du sacré. Pour autant, il s’agit cette fois pour le cinéaste de sortir du carcan religieux pour embrasser la nature et la lumière, les dunes, la mer, le vent, soit l’espace en ce qu’il a de plus mythique, en épouser les courbes afin de le transformer en un matériau purement cinématographique.

Baignés de la lumière dorée de la Côte d’Opale et oscillant sans cesse entre un espace sauvage et (faussement) domestiqué, nous suivons l’errance mystique d’un Messie vagabond et d’une figure mi-angélique mi-virginale, incarnation à l’écran d’une lumière salvatrice qu’il faut à tout prix protéger. Ces personnages, le metteur en scène les filme comme des icônes divines que les regards hors-champ viennent sans cesse transcender et illuminer, et autour d’eux, l’espace sacré tisse une géographie maltraitante dans laquelle il faut se fondre pour survivre et qui tient lieu de sanctuaire.

Ce temple à ciel ouvert se doit d’être préservé et les deux héros bancals de Dumont en sont bien malgré eux les gardiens, soumis de fait à nombre de rituels, qu’ils soient narratifs (le sandwich que chaque matin la jeune fille donne au garçon) ou d’ordre plus religieux (les scènes de prières). Hors Satan se place ainsi sous le signe de la purification - celle des hommes déjà, que le « Gars » s’évertue à exorciser, celle de l’espace aussi (voir notamment la scène de l’incendie et du miracle qui l’accompagne), celle du cinéma enfin, qu’il faut débarrasser de toutes formes d’artifices pour le ramener du côté du vrai, de l’image, du montage, du son direct. D’une grande richesse esthétique (la picturalité de certains plans en appelle au détournement d’un Leonard de Vinci), Hors Satan souffre pourtant d’un manque d’ouverture flagrant, qui condamne chaque image au décodage, à la réflexion, à la digestion.

Indéniablement tourné du côté de la frontalité, qu’elle soit cinématographique ou symbolique, le long métrage pèche cependant, et paradoxalement, par un manque de fulgurance, un trop-plein d’introspection qui laisse aux spectateurs un goût amer d’inachevé, l’impression fugace d’avoir regardé, voyeur, un film qui n’était pas fait pour lui.


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