Critique de film

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Les Yeux de Julia

"Los Ojos de Julia"
affiche du film

Julia est une femme souffrant d’une maladie de dégénérescence des yeux, dont la sœur jumelle, déjà aveugle, est retrouvée morte pendu dans son sous-sol. Julia, certaine qu’il s’agit d’un meurtre, mène l’enquête et suit la trace d’une mystérieuse et invisible présence. Alors qu’elle s’approche de la vérité, Julia perd de plus en plus la vue, et les morts se multiplient…

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Les critiques à propos de ce film

Critique de Les yeux de Julia - Ouvre les yeux
Par : Damien Taymans
Tags : BIFFF 2011

Quand Julia découvre que sa jumelle, Sara, s’est suicidée suite à l’opération censée la libérer de sa cécité, le doute l’habite. Bien loin de s’installer dans la queue de ceux qui prétendent que la défunte était dépressive, elle décide de mener l’enquête de son propre côté. Au fil de sa progression, elle découvre que sa soeurette entretenait une relation avec un homme dont personne ne se remémore le visage (les cons !). A l’exception d’un concierge qui affirme qu’il s’agit d’un être de l’ombre... (NB : il est conseillé de relire ce paragraphe et d’y déceler les symboles phalliques).

Trois ans après L’orphelinat, la boîte de prod Rodar y Rodar et Guillermo del Toro chapeautent une nouvelle incursion fantastique ibère avec dans le rôle principal la sensuelle Belen Rueda. Les yeux de Julia, le deuxième long métrage de Guillem Morales (après El habitante incierto, toujours inédit chez nous) aborde la cécité sous un angle nouveau, puisque, au contraire de Terreur aveugle de Fleischer, de Blink de (Michael Apted) ou de la saga The eye, l’héroïne est frappée par une maladie dégénérative qui lui fait perdre progressivement la vue. Le scénario de Morales et d’Oriol Paulo force l’introspection, provoquant une empathie aussi émotionnelle que sensitive avec ce personnage fragile qui s’enfonce de plus en plus dans un univers embrumé au sein duquel se trouve une réalité paradoxalement invisible à l’oeil nu.

Le prodige des Yeux de Julia, outre l’ambiance terriblement anxiogène soutenue par la photographie d’Oscar Fauro (Abandonnée) et les interprétations magistrales de son casting, tient justement à ce scénario qui s’attache à dépeindre un voyage dans les ténèbres physiques et émotionnelles en recourant à un symbolisme puissant, à la manière des gialli d’Argento et Bava (Ténèbres, Profondo rosso) dont il semble s’inspirer, et en jouant sans cesse sur des antagonismes forts : visible et invisible, vision réelle et fantasmée, altruisme et manipulation. A cet égard, la scène du vestiaire où l’héroïne épie les conversations de jeunes filles aveugles atteste de cette quête sensitive perpétuelle menée par Morales : s’émancipant des lois physiques, l’invisible finit ici par devenir visible dans un monde où les perceptions se matérialisent différemment.

A l’instar de l’héroïne, on navigue dans le brouillard au sein de ce script volontairement alambiqué, on est surpris à chaque nouveau virage. Jusqu’à une conclusion positiviste des plus bluffante. Morales triture les codes, renverse les valeurs, créant l’angoisse claustro sans forcer le resserrement, éclairant l’intrigue en multipliant les hors-champs. En clair il signe un thriller psychologique héritier des meilleurs gialli ritals qui s’inscrit d’emblée dans la lignée des films d’angoisse du maître Hitchcock.


Critique de Julia’s Eyes - La clairvoyance de Morales
Par : Quentin Meignant
Tags : Giallo, BIFFF 2011

Présenté au BIFFF 2011 dans le cadre de la compétition Méliès, Julia’s Eyes faisait office de véritable favori. En effet, issu de l’écurie Del Toro, la célèbre boîte de production Rodar Y Rodar, qui nous avait déjà proposé il y a quelques années le fabuleux Orphelinat, le métrage de Guillem Morales avait toutes les chances de décrocher la récompense et, si ça n’a finalement pas été le cas, force est de constater que l’œuvre fait néanmoins preuve d’une belle inventivité. Déjà auteur, en 2004, du très appréciable El habitante incierto, hélas encore inédit chez nous, Morales se devait en effet de ne pas simplement répéter les techniques scénaristiques de ses glorieux pairs. Julia’s Eyes a pour héroïne une femme souffrant d’une maladie de dégénérescence des yeux, dont la sœur jumelle, déjà aveugle, est retrouvée morte pendu dans son sous-sol. Julia, certaine qu’il s’agit d’un meurtre, mène l’enquête et suit la trace d’une mystérieuse et invisible présence. Alors qu’elle s’approche de la vérité, Julia perd de plus en plus la vue, et les morts se multiplient…

Inventif, c’est justement ce que le métrage de Morales est. Mélangeant les sous-genres et les codes, le cinéaste parvient à emmener le spectateur dans les recoins d’un thriller époustouflant et à la tension bluffante. Empruntant beaucoup au fantastique et, notamment, aux films de fantômes classiques venus d’Espagne, Julia’s Eyes se mue par la suite en giallo du plus bel effet, Morales se permettant même de rendre hommage au Ténèbres d’Argento, le temps d’une séquence inoubliable.

Mais la véritable force de Julia’s Eyes réside dans son héroïne, campée par l’exceptionnelle Belen Rueda, tout simplement parfaite dans ce rôle, car sa cécité grandit parallèlement à l’angoisse développée dans le film. Aimant à développer une certaine subjectivité dans la peur, Morales parvient donc à tenir le spectateur en haleine avec un traitement assez novateur au niveau de l’ambiance. Alternant en effet poésie et tension, Julia’s Eyes parvient à jongler avec tous les codes pour devenir une œuvre unique qui lui vaudra sans doute le statut de culte d’ici quelques années.

Véritable baffe tant au niveau de l’esthétique que des divers sous-genres exploités (et respectés), Julia’s Eyes peut se targuer d’être une réussite totale, nouvelle confirmation de la puissance et de la facilité d’évolution du cinéma ibère. Evitant avec succès le piège de la resucée, Guillem Morales crée une œuvre à l’ambiance unique et peut compter sur une actrice tout simplement grandiose.


Critique de Les yeux de Julia - Vision conseillée
Par : Fred Pizzoferrato

Après s’être signalé aux amateurs via l’étrange mais pas pleinement convaincant The uninvited guest en 2007, le metteur en scène Guillem Morales prend les commandes de cette production, lancée par Guillermo Del Toro et incarnée par Belén Rueda, vue dans L’orphelinat. Souhaitant renouveler le carton critique et commercial de ce dernier film, Les yeux de Julia se positionne fièrement parmi les réussites de l’épouvante espagnole délaissant, cette fois, les « histoires de fantômes » pour un hommage appuyé au giallo.

Julia souffre d’une maladie dégénérative des yeux, tout comme sa sœur jumelle Sara, et doit prochainement être opérée sous peine de perdre définitivement la vue. Lorsqu’elle apprend la mort de sa jumelle, Julia mène l’enquête en compagnie de son époux, Isaac, et refuse la thèse du suicide. Rapidement, Julia soupçonne le petit ami de sa défunte sœur, un personnage insaisissable dont nul ne se souvient clairement.

Intelligemment, Les yeux de Julia s’éloigne des recettes coutumières du cinéma ibérique, popularisées par Les autres, L’orphelinat ou L’échine du diable, même si la piste fantastique semble envisagée durant les quarante premières minutes. Une ombre menaçante traque ainsi l’héroïne, laquelle sombre dans la cécité et apparaît de plus en plus fragile face au tueur mystérieux qui la pourchasse. Toutefois, dans sa partie centrale, Les yeux de Julia vire au pur thriller d’angoisse et reprend en partie les codes narratifs du giallo. Le cinéaste ne se prive d’ailleurs pas de quelques séquences rendant hommage aux classiques de Dario Argento (on note aussi, lors du final, une référence évidente à Ténèbres). Avec beaucoup d’à propos, la mise en scène de Morales adopte le point de vue, forcément parcellaire, de l’héroïne et retranscrit sa déficience visuelle en laissant les personnages qui l’entoure dans l’ombre ou le flou. Le cinéaste joue aussi la carte de la sensualité en cadrant l’anatomie d’une bande de demoiselles aveugles, nues dans un vestiaire, qui discutent sous le regard de Julia. Un passage étrange et charnel qui s’inscrit, une nouvelle fois, dans une tradition transalpine mêlant depuis toujours la mort et la sexualité. Les passages romantiques, disséminés au fil du métrage, fonctionnent également de fort belle manière et n’éludent pas leur dimension érotique, tout en se montrant étonnamment pudiques et subjectifs en filmant, par exemple, une simple caresse sur la main pour traduire un désir naissant. Une belle maîtrise du cinéaste qui offre, en outre, un final à la fois ample et intimiste, conjuguant une vision cosmique pour se conclure, logiquement, sur un fondu au noir approprié.

Si Les yeux de Julia constitue une belle réussite, porté par l’interprétation exceptionnelle de son actrice principale, on peut toutefois pointer quelques faiblesses, en particulier l’une ou l’autre longueur. D’une durée proche des deux heures, le métrage aurait probablement gagné à se voir élaguer d’un bon quart d’heure pour en rendre le rythme plus prenant et haletant. Le climax, surtout, se révèle un poil décevant, tirant un peu à la ligne et offrant une caractérisation rudimentaire de son tueur dont le traumatisme initial ne s’éloigne guère des conventions du genre. Les clichés familiers sont également de la partie, de la vieille dame aveugle mettant en garde l’héroïne (tout en cachant un lourd secret) au policier incrédule, mais ne sont pas franchement gênants. Moins efficaces, par contre, s’avèrent certaines poursuites dans d’interminables couloirs ténébreux qui paraissent déjà vues et revues même si la science du cinéaste leur confère un certain cachet et parvient à maintenir un suspense de bon aloi. Des broutilles, cependant, en comparaison des nombreuses qualités de ce thriller de haute volée et hautement divertissant.

Situé entre le giallo, Les yeux de Laura Mars, le The eye asiatique et le Terreur aveugle de Richard Fleischer, Les yeux de Julia manque un peu d’originalité et de nerf pour pleinement satisfaire le public mais demeure un très bel exercice de style, rondement mené et parfois véritablement angoissant ou émouvant. A découvrir.


Critique de Les Yeux de Julia - Dis-moi, Julia, les années ont passé
Par : Fred Bau

Guillermo Del Toro présente... Par les producteurs de L’Orphelinat... la péloche de Guillem Morales prétend prendre place dans la grande famille du cinéma de genre ibérique. Oui, mais...

Après un début paroxystique résolument classique (une victime seule, un tueur dans l’ombre), et en dépit d’une réalisation de très belle facture, ce pseudo thriller hithcockien finit par irriter. Ayant pour seul véritable moteur la surdité entêtée et assidue, jusqu’à l’absurde, du personnage central incarnée par Belen Rueda, ce pillage en règle du giallo se révèle être, malgré quelques morceaux de bravoure bien trouvés, et une technique maitrisée du jeu vu-non vu, aussi fainéant qu’incohérent. Les anfractuosités frileuses d’inspiration argentesques n’en apparaissent que plus insupportables. Le clin d’oeil final à Seule dans la nuit de Terence Young ne donne finalement qu’une envie : revoir Seule dans la nuit. Ou The Eye des frères Pang, bien plus original et inspiré.

Si Les Yeux de Julia peut séduire par la qualité de sa réalisation, il pèche néanmoins par une somme de séquences qui fleurent le déjà-vu, sans transcender jamais les matériaux originaux dont il s’inspire. On était donc en droit d’espérer beaucoup plus de la trame scénaristique, qui en l’état, se repose beaucoup trop sur l’évolution discutable de son personnage principal.

Commentaires sur le film

Dis-moi Julia, les années ont passé...

3 etoiles

Un bon thriller, qui oscille entre le maniérisme du gallio et le suspense à la Hitchcock. De cette oscillation découle la force et la faiblesse du métrage. Si le suspense fonctionne jusqu’au bout, Les yeux de Julia ne parvient jamais vraiment à une fusion aboutie de ces deux écoles. Contre coup de cette impression de juxtaposition : certaines idées paraissent tirées par les cheveux, d’un point de vue Hitchcockien, alors que du point de vue du gallio, elles n’exercent aucune fascination particulière.

29 juin 2013 à 12:06 | Par Fred Bau

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