Critique de film

pub

Amer

"Amer"
affiche du film

Une petite fille effrayée par une villa trop silencieuse; Une adolescente attirée par de mystérieuses présences rôdant dans son village; Une femme qui revient défier ses fantômes sur les lieux de son enfance… Les trois âges clés de la vie tourmentée d’Ana. Entre désirs, réalité et fantasmes

pub


Trailer - Amer (2009)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique d’Amer - Profondo giallo
Par : Ursula Von Trash

Après cinq courts-métrages primés en festivals (Sitges, Fantasia, Castellinaria…), le duo franco-belge dévoile son premier long. Amer s’empare des codes esthétiques des gialli, ces films italiens des années 60/70 mêlant érotisme et violence graphique, où des femmes sont poignardées par des hommes gantés de noir sur des musiques entêtantes, pour embarquer son public dans un grand trip sensoriel. Décortiquant la vie d’Ana en triptyque (enfance, adolescence, âge adulte), Amer donne à voir (et à ressentir) la psyché d’une femme aux prises à un trauma initial pervertissant sa perception de la réalité.
Dans une superbe demeure décrépite, alors que le cadavre de son grand-père repose dans une chambre enténébrée, et que la gouvernante, sorte de veuve sicilienne voilée de dentelle noire, erre dans les couloirs, Ana, petite fille silencieuse assiste à l’accouplement torride de ses parents. Ce trauma primal va générer des dérèglements psychiques hallucinatoires. Mais Ana est-elle victime de sa psychose ou cherche-t-on réellement à l’assassiner ?

Si Amer résiste à l’exercice synthétique du résumé, c’est sans doute que l’ambition de ses réalisateurs est de plonger le spectateur non dans une narration conventionnelle mais dans une expérience sensorielle. Traquant le délire paranoïaque, l’angoisse, la montée du désir, l’auto érotisme, Amer se révèle un pari risqué, à la frontière du film expérimental. Filtres de couleurs rappelant les partis pris coloristes d’Argento, surdécoupages des séquences à base de très gros plans (le motif de l’œil récurrent), absence quasi-totale de dialogues, travail sonore amplifiant les bruits (gouttes d’eau tonitruantes), tout concourt à immerger le spectateur dans le chaos psychique d’Ana.

La séquence de l’enfance, cœur de l’apparition du traumatisme, se révèle une prouesse technique tout autant qu’une claque esthétique. Alors que le ciné de genre européen lorgne de plus en plus de l’autre côté de l’Atlantique avec des slashers à gros effets sanguinolents, Cattet et Forzani, forts d’une sous culture italienne assumée, s’essayent à un cinéma dont ils maîtrisent parfaitement les codes esthétiques (le giallo) mais en le désolidarisant de ses intrigues policières (whodunit) pour se concentrer sur l’inconscient et les pulsions morbides et érotiques en œuvre en chacun de nous. Ana (Cassandra Forêt, épatante), voit sa chambre devenir le théâtre horrifique de ses peurs. Un œil inquisiteur s’immisce par l’entremise de la serrure, le loquet de la porte cède, l’espace intérieur se referme comme un piège, anxiogène et claustrophobique.

Le deuxième acte, délaissant l’imposante bâtisse familiale et la claustration, révèle une Ana adolescente, cuisses dénudées sur une route ensoleillée. Liberté du corps apparente car la mécanique implacable du désir (qu’elle ressent et provoque innocemment) est en marche. Surexposées, les scènes séquencent les corps, les décomposent en puzzle érotique. Chairs moites, lèvres pulpeuses…On frôle l’exagération (le métal brûlant des motos). Alors que l’emphase chromatique enfantine fonctionnait parfaitement, l’émoi adolescent paraît poussif.

Mais le troisième acte, le plus « giallo » dans l’usage des gimmicks, débute. Ana adulte, retourne sur les lieux de son enfance, cette « maison matricielle » aujourd’hui à l’abandon. Mais une ombre rôde. Rasoir, gants de cuir noir, les ingrédients très Lucio Fulci posent ce que sera l’ultime acte : une chasse à mort entre chien et loup (lumière bleutée qui préfigure la nuit). Lacérations chirurgicales en plans serrés (avec un hommage au Chien Andalou de Buñuel), éclaboussures rouge carmin, stridences insupportables de la lame (pour ceux qui ont vu le teaser !).

Amer, évitant les pièges de l’exercice de style, parvient à déconnecter le spectateur de la réalité, pour un électrochoc des sens. On est happé par les terreurs nocturnes d’Anna enfant, électrisé par l’appétit charnel et innocent de l’adolescente, fasciné par la violence esthétique qui s’ébroue sur l’écran. Si l’épilogue laisse un goût amer, c’est celui de la liberté d’interprétation laissée au public. Immersif, transgressif, Amer vous convie dans les tréfonds de l’âme, pour y ausculter la folie et en faire l’expérience. Une invitation qui ne se refuse pas.


Critique d’Amer - Lames sensibles
Par : Seb Lecocq

Les auteurs d’Amer avaient prévenu : « Ceux qui s’attendent à voir un giallo seront surpris ». Et ben mon cochon, ils avaient raison. Amer, s’il en emprunte bien tous les atours, n’a rien d’un giallo classique à la Sergio Martino. On navigue plutôt dans les eaux du cinéma expérimental et du film d’auteur, au sens noble du terme. Amer nous montre, plus qu’il ne nous raconte, trois moments-clés de la vie d’Ana à trois moments bien différents de sa vie. Une construction en trois chapitres bien distincts, chacun possédant son propre univers, son ambiance, son esthétique et ses personnages. Cette construction originale peut s’avérer un peu déstabilisante mais trouve sa logique en fin de film. Le premier segment nous montre une Ana encore enfant expérimentant la mort et la peur dans le manoir de ses parents. Esthétiquement, ce segment est le plus abouti puisqu’on y retrouve tous les gimmicks propres aux films jaunes italiens : les plans tarabiscotés, les couleurs vives (jaune, rouge et jaune), les grandes maisons et tout le toutim. Mais au-delà de ces influences transalpines, on peut aussi y trouver un côté horreur japonaise avec cette étrange gouvernante à l’allure spectrale et surtout le rôle joué par l’élément liquide qui, dans la culture nipponne, permet de faire le lien entre le monde des vivants et le monde des morts et que l‘on retrouve à plusieurs moments décisifs d’Amer.

On retrouve ensuite une Ana adolescente suscitant l’émoi de tous les mâles qu’elle croise dans le plus pur style « soft porn » nippons. A la fois coquine, mutine et innocente, Ana découvre son pouvoir de séduction et l’influence qu’elle peut avoir sur les hommes de tous âges et de toutes conditions. Ce segment, le plus court du film, est tout entier teinté d’un érotisme larvé et d’une réelle sensualité qui doit beaucoup à la prestation de son interprète Charlotte Eugène Guibaud qui n’est pas sans rappeler la Béatrice Dalle de 37,2 version Lolita. Enfin le troisième segment présente une Ana parvenue à maturité et aux prises avec ses désirs et un étrange assassin masqué, le tout dans une ambiance moite, chaude et sensuelle.

Amer en tant qu’objet filmique ne ressemble à rien de connu et se situe complètement à part de la Nouvelle Vague de l’Horreur Française. Son approche est purement sensitive et sensorielle. Pratiquement muet, seules quelques phrases sont prononcées durant le premier quart d’heure du film, Amer revient à la base du cinéma et n’utilise que l’image et le son afin de faire passer toutes ses émotions. Usant et abusant d’inserts, de très gros plans et de gros plans, les deux réalisateurs filment le corps de leurs comédiennes au plus prés. Tellement près qu’on a l’impression de sentir chaque texture, chaque vêtement, chaque pore de leur peau. Bien aidé par un travail sonore aux petits oignons, Amer est un film de sensations avant toute chose. Un film fétichiste. Le spectateur, s’il entre dans le trip et accepte le voyage proposé par Hélène Cattet et Bruno Forzani, sera chamboulé physiquement. On transpire, on sursaute, les poils se dressent sur tout le corps, on grince des dents, on frissonne et d’autres phénomènes moins avouables se produisent également.

Le cinéma italien n’est pas la seule inspiration visible du film. Si on pense beaucoup aux éclairages de Mario Bava, on reconnait aussi le cinéma underground de Kenneth Anger, l’Enfer d’Henri Georges Clouzot ou encore tout un pan de la Nouvelle Vague Française, en particulier Eric Rohmer ou Alain Robbe-Grillet. Très sobre niveau violence, Amer suinte d’une sensualité palpable lors de chaque plan et est magnifié par les morceaux musicaux de Stelvio Cipriani et Ennio Morricone entre autres. Radical et sans concessions, le film frise souvent l’abstraction absolue et part chasser sur les terres du cinéma expérimental. Cependant, de nombreuses séquences s’avèrent être de purs moments de grâce cinématographique, comme la splendide scène finale d’une sensualité incroyable par exemple. Il est clair qu’Amer est une œuvre exigeante et difficile d’accès mais d’une beauté plastique rarement vue. Les deux géniteurs du film repoussent les limites du cinéma, déconstruisent totalement un genre ultra-populaire pour n’en garder que le squelette et greffer là-dessus toutes leurs obsessions et désirs refoulés. Amer laissera de nombreux spectateurs sur le carreau mais ceux qui accepteront de se laisser emporter assisteront à une expérience unique entre giallo, expérimentations visuelles folles, art contemporain et film arty assumé.


Critique de Amer - Le corps et le rasoir
Par : Samuel Tubez

Après une longue et glorieuse tournée dans les festivals du monde entier (Gérardmer, Sitges, Montréal,…), le premier long métrage d’Hélène Cattet et Bruno Forzani (déjà auteurs de quelques courts métrages rendant un vibrant hommage au giallo) n’a pas été favorisé lors de sa sortie en salle à cause d’une distribution timide (pour ne pas dire injuste) et ce, en France comme en Belgique. Pourtant, s’il y a bien une expérience cinématographique que tous les amoureux du genre et les curieux se doivent de vivre dans une salle obscure, c’est celle-là !

Amer nous montre trois moments clefs de la vie d’Anna, qui est en proie à la peur et au désir. Il n’y a pas réellement d’histoire pour lier les trois segments du film, « seulement » des images et des sons illustrant les troubles liés au personnage. Les plans forts et les bruitages excessifs s’enchaînent pour tout d’abord nous évoquer un épisode de l’enfance d’Anna où, déjà, le sexe et la mort se côtoient, le tout baigné de sorcellerie et dans une ambiance rendant hommage au formidable dernier segment des Trois visage de la peur, La goutte d’eau et son fameux climat sonore envahissant. Ensuite, l’atmosphère est plus enjouée avec une Anna adolescente qui fait vibrer les hommes par son déhanché et son irrésistible candeur, mèche de cheveux au bord des lèvres. L’exagération est de mise, les hommes roulent des mécaniques, Anna découvre toute l’étendue de son pouvoir de séduction mais la figure maternelle est là pour la ramener à l’ordre. Enfin, le final dévoile une Anna devenue femme qui revient dans la maison de son enfance pour y affronter ses démons, ainsi qu’une ombre mystérieuse à la main gantée qui la poursuit inlassablement, jusqu’à l’inévitable affrontement au rasoir...

Plus qu’un giallo, Amer est une œuvre arty expérimentale qui déroute, inexorablement. Sans se soucier de quelconques considérations scénaristiques (le film, presque dépourvu de dialogues, est pour ainsi dire dépourvu d’une véritable narration), l’œuvre laisse de côté toute intrigue et construction propre au whodunit pour mettre en exergue les pulsions de vie et de mort cohabitant au sein même de son personnage principal, que l’on ne quitte pas d’une semelle. Pour ce faire, le duo derrière la caméra accumule toute une panoplie d’effets et de plans hérités des gialli mais aussi d’œuvres expérimentales comme Eraserhead, le cinéma underground ou encore Un chien andalou de Buñuel : extrêmes gros plans, split screen, filtres colorés, musiques angoissantes, sons saturés, montage syncopé, etc. etc. Il est indéniable que certains resteront de marbre face à un tel parti pris (quelle audace tout de même pour un premier long !) mais pourtant, force est de constater qu’il en échappe quelque chose d’incroyablement sensoriel dont on ne peut échapper. Alors certes, si on n’y adhère pas, il est tout à fait compréhensible de s’ennuyer face à Amer. Par contre, si on y plonge, on sera surpris de vibrer de tout son corps face aux images déployées par Hélène Cattet et Bruno Forzani. Au-delà de l’exercice de style, Amer s’impose donc comme un pur moment de cinéma à vivre en salle, n’en déplaise aux distributeurs bornés.

Au risque de décevoir les amateurs purs et durs, Amer est davantage une œuvre expérimentale audacieuse de laquelle émane une sensualité troublante qu’un giallo au sens strict du terme. Certes, les références feront de l’œil aux connaisseurs mais ce sont les plus curieux et les plus ouverts qui vibreront le plus face aux images saisissantes qu’Hélène Cattet et Bruno Forzani nous livrent dans leur bel écrin orné de cuir. Une expérience, une vraie, une de plus (avec Valhalla rising et Enter the void on a déjà été bien gâtés cette année ), qui mérite qu’on s’y jette corps (nu) et âme (ouverte).


Commentaires sur le film

un film d’époque voué à vieillir

0 etoiles

daube Daube !

Ce film illustre malheureusement cette époque arty faussement expérimentale ou les auteurs paresseux qui ne savent pas écrire une intrigue solide et construite tentent de camoufler cela par du bricolage esthétisant et crypto symbolique de nombrilisme sexualo-réducteur dans lesquel notre culture les enferme. Venant d’un étudiant attardé en cinéma rien de choquant, mais lorsqu’on voit votre enthousiasme (par nostalgie, problème d’adaptation à notre époque ?) on se dit que le niveau journalistique baisse autant que le QI des cinéastes (qui est proche de celui des chanteurs de variétés selon la formule de Marc Edouard Nabe).

18 mai 2010 à 16:05 | Par history
pas convaincu

0 etoiles

daube Daube !

c’est bête ce film arrive avant que la psychanalyse (sorte de para-science qui a remplacé les religions ou tout se réduit aux parties génitales mais qui a une grande influence sur les journalistes et les femmes) ne se fasse démonter par Michel Onfray....non hélas cher critique von trash en 2010 le sexe n’a absolument plus rien de transgressif au cinéma (ni ailleurs surtout : du matin ou l’on passe devant une libraire et les magazines, la pub porno chic, aux programmes cochons de la TNT le soir on est un peu inondé : je vous conseille de vivre avec votre temps on est plus dans les années 60). Lolita ou Beatrice Dalle avaient des personnages à défendre et faire exister, là on a droit à des porte-manteaux.

18 mai 2010 à 16:05 | Par history

Donnez votre avis sur le film !

En résumé
ecrire un commentaire sur le film
;



Récentes critiques

affiche du film
Jessie
2017
affiche du film
The Babysitter
2017
affiche du film
Ça
2017
affiche du film
The Black Room
2016
affiche du film
Spider-Man: Homecoming
2017
affiche du film
Okja
2017
affiche du film
Underworld: Blood Wars
2016
affiche du film
Wonder Woman
2017
affiche du film
Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar
2017
affiche du film
The End
2016

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage