Festival Offscreen

EVENTS - OFFSCREEN 2014

Dans sa section Offscreenings, cette cuvée 2014 comptait, avec Why don’t you play in Hell ? et R100, deux pellicules d’origine nippone qui attestaient que le pays du Soleil Levant demeure encore et toujours l’empire de la cinématographie la plus déjantée de la planète. Et tandis que d’autres productions s’attaquent au surréalisme, l’Empire contre-attaque, de la plus belle des manières. En envoyant en mission de reconnaissance rien de moins que son Empereur : Hitoshi Matsumoto. Après avoir trituré les codes du super-héros (Big Man Japan), exploré à sa sauce le Japon féodal (Saya Samurai) et expérimenté la mécanique du surréel avec un cartoon abracadabrantesque (Symbol), le cinéaste s’attache cette fois à des sujets plus terre-à-terre, plus sociétaux même comme la prostitution, le culte de l’humiliation, la recherche du plaisir par l’action du fantasme, en l’occurrence le sadomasochisme. Avec, en guise de toile de fond, un cadre des plus morose : un salary-man désabusé dont l’épouse est plongée dans le coma depuis trois ans, tente d’éduquer seul son enfant. Matsumoto aurait donc troqué ses excentricités pour un cinoche plus "mainstream" ? Aurait-il rejoint le "Maussade" ? Que nenni...

La toile de fond n’est qu’un leurre qui, sitôt éventrée, accueille en son sein une foultitude de personnages déjantés et de situations loufoques. Sitôt que Takafumi, modeste employé du rayon literie, décide de passer la porte "Bondage", il voit sa terne existence basculer dans la folie la plus sauvage, la plus régressive, la plus jouissive aussi. Enfourchant un équidé de plastique sur un manège présentant la galerie de maîtresses SM, il se lance dans une chevauchée fantastique qui, de coups de fouets en coups de cuissardes subtilement placés, l’entraîne dans le tourbillon de l’humiliation menant elle-même à la jouissance, symbolisée chez Matsumoto par un gonflement cartoonesque du visage et des ondes qui se propagent autours du personnage. Plongeant pieds et poings liés dans le bain du non-sense, le créateur se permet toutes les expérimentations, narratives (un découpage feuilletonesque qui s’affranchit de toute linéarité) ou visuelles (ce clip musical durant lequel la dominatrice-cracheuse danse autour de sa victime) et s’offre même une savoureuse méta-réflexion sur sa propre œuvre et la production japonaise. Ponctuellement, une équipe de financiers se réunit pour débattre sur le sens du métrage et son intérêt commercial étant donné qu’il est destiné à un public-cible centenaire (d’où le titre R100, imposant une restriction au public de moins de 100 ans).

A force de cultiver le décalage, Matsumoto parvient même, dans d’ultimes fulgurances audacieuses, à amener le rire avec la pire des ignominies, à faire la nique à la bienséance, malgré un carton liminaire indiquant qu’aucun animal ni enfant n’a été malmené durant le tournage. Avec R100, le cinéaste flagelle à tout-va, y compris sa propre création, devenant du coup, à l’instar de son héros, un masochiste aux tendances sadiques. Une nouvelle œuvre inclassable qui provoquera l’orgasme ou l’incrédulité. Chez nous, on continue à crier au génie !

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