Critique de film

Five girls

"Five girls"
affiche du film

Cinq adolescentes sont envoyées dans un centre d'éducation surveillé. Mais ce centre est habité par l'esprit maléfique d'une ancienne étudiante. Dès lors, elles découvrent qu'elles possèdent de puissants pouvoirs qui vont les aider à lutter contre une puissante force démoniaque.

Les critiques à propos de ce film

Five girls - Les films pareils sont Légion…
Par : Damien Taymans

Tiens, le synopsis nous donne une impression de déjà-vu et on s’attend à revivre un film qu’on a déjà regardé des milliers de fois. Eh bien, en ayant de tels aprioris, on ne se trompe pas du tout. Le métrage canadien de Sonoda a voulu se démarquer quelque peu des autres films du genre mais n’a jamais réussi à dénoter un tant soit peu avec la lourde liste de métrages présentant une intrigue semblable.

Ce qui semble novateur est le caractère surprenant des pouvoirs des jeunes filles qui sont en proie à un démon nommé Légion. Mais même pour cette idée, Sonoda ne parvient jamais à en exploiter les multiples possibilités et accuse une attitude de découragement sans précédent quand il s’agit d’étoffer un peu une intrigue principale maigre à souhait. Les cinq filles sont en effet dotées de pouvoirs paranormaux depuis leur enfance mais aucune n’a l’air bouleversée par ce sixième sens. C’est ce même fixisme des émotions qu’on constate tout au long du film. L’héroïne est poursuivie par le fantôme d’Elizabeth qui peut sembler effrayant mais cette dernière ne s’en étonne que très peu, relativement peu secouée par des sursauts s’apparentant plus à des spasmes qu’à un véritable effroi. Cette jeune fille qui voit des morts, possède des dons de télékinésie et rédige trente pages de traduction en araméen en à peine vingt minutes n’a pas l’air de choquer grand monde. Oui, on s’en étonne, on dit : « Oula, c’est bizarre, ça ! » mais sans chercher à aller plus loin.

La faute à un scénar des plus pauvre reprenant tous les poncifs du genre et un à casting des plus minable. Ron Perlman ne sait pas sur quel pied danser et nous offre une prestation similaire à son rôle de Piégée à l’intérieur, n’atteignant jamais les sommets qu’il a atteint dans Hellboy ou encore Desolation… Quant à la très lisse Amy Ciupak Lalonde qui interprète une directrice hargneuse fan de sado-masochisme, elle est à la hauteur de son personnage, c’est-à-dire très mauvaise…

Ce n’est pas tout. Censé susciter l’effroi, les 2000 esprits malfaisants renfermés en la personne de Légion sont tout sauf terrifiants. Utilisant une voix grave pour les femmes possédées (un classique) et des effets visuels très pauvres, Sonoda atteint le paroxysme de l’indigence en nous montrant un squelette fébrile, sorte de représentation affreuse des multiples démons. Autant faire passer très rapidement un marshmallow mâché devant la caméra. Ca coûte moins cher et c’est plus terrifiant !

Si vous désirez voir un film qui s’inscrit dans la lignée de ces terribles pensionnats possédés par l’âme de démons, plongez-vous plutôt sur le bon métrage de Lucky McKee intitulé The Woods. Car, ici, il n’y a vraiment rien qui enchante !

Critique de 5ive girls - Beat the devil too
Par : Maureen Lepers

Vous, lecteurs héritiers des écoles privées, réjouissez-vous car vous avez échappé au pire, n’en déplaise à Warren P. Sonoda, réalisateur de grand, très grand, et très drôle 5ive Girls. Canadien de son état, le bonhomme signe ici son deuxième long, après Ham & Cheese en 2004, une comédie qui n’a pas vraiment fait mouche outre-Atlantique ou ailleurs. Face à un public insensible à son humour de bûcheron, Warren décide de se venger et change radicalement de genre - quoique. Désormais, il veut faire peur. Pour sa première fois dans l’horreur, Sonoda s’empresse d’aller se réserver Mr. Ron Perlman himself, qui ne refuse jamais un bon film bis, et dont le patronyme suffit en général à faire rappliquer les geeks du genre. Pas bête, le canadien. Peut-être, mais pas doué non plus.

5ive girls, c’est l’histoire de cinq gonzesses (étonnant, non ?), rejetées par leurs parents et par la société toute entière qui atterrissent dans un pensionnat hardcore bien catho et se trouvent entièrement soumises à l’autorité de Miss Pearce, la directrice sadique, et du Père Drake, alcoolique repenti, mesurant dans les 2 mètres, chargés de les remettre dans le droit chemin. Au fur et à mesure qu’elles gambadent en mini-jupe, les filles s’aperçoivent qu’elles ont chacune un pouvoir surnaturel différent, dont elles vont bien sûr se servir pour déjouer le piège qui peu à peu se referme sur elles, à savoir échapper à un démon hyper-maléfique.

A première vue donc, 5ive Girls possède tous les éléments d’un bon métrage bis, et c’est d’ailleurs ce que laisse présager la séquence d’ouverture. Une blonde diaphane fait du gringue à un curé (Ron Perlman), dont le cœur chavire devant l’aisance de la donzelle à énoncer et écrire le latin et l’araméen ; et puis le prêtre s‘en va, la porte se verrouille de l‘intérieur, et la blonde enfant innocente est aux prises avec un démon d’une grande puissance, contre lequel elle ne peut lutter. Elle disparait, on colle un bon morceau de rock hardcore mixé avec un prière dite par Ron Perlman en guise de générique, et vamos. La soirée s’annonce plutôt fun. C’est bien sûr sans compter sur la suite des évènements. En effet, si dans une série B de ce genre, l’absence de véritables actrices ou d’un scénario cohérent est envisageable, force est cependant de constater que le néant total d’inspiration et d ’identité visuelle de Sonoda ne sied pas franchement à son métrage. 5ive Girls ne possède pas d’esthétique propre ; le film prend place dans un univers qui n’est ni léché, ni bâclé - au moins aussi ennuyeux que les murs gris et ternes du pensionnat - et les apparitions répétées du fantôme de la blonde disparue en pré-générique n’ajoutent que très peu de substance à l’univers dépeint. Les incohérences scénaristiques vont, quant à elles, bon train, et ne sont sauvées par aucune grammaire visuelle. Chaque séquence obligée du genre (les apparitions du fantôme, les courants d’air inexpliqués, la découverte d’une pièce interdite…) laisse indifférent du fait d’une mise en scène fadasse, jusqu’au twist final, prévisible et plat.

Pourtant, si 5ive Girls ne possède aucune personnalité, il n’en reste pas moins que quelques éléments essentiels du ciné bis persistent, et suffisent finalement à donner un minimum de souffle au film. A commencer par les cinq gamines, toutes plus bonnasses les unes que les autres, et dont les jupes et les chemisiers tendent à respectivement se raccourcir et s’ouvrir, au fur et à mesure que l‘on avance dans l‘intrigue. Toutes plus creuses et ternes les unes que les autres, elles offrent de grands moments de crétinerie ; la séquence de recherche documentaire et d’interprétation des éléments surnaturels notamment, est un morceau d’anthologie. Face à elles, se dessine la très stricte et très frigide Miss Pearce (Amy Ciupak Lalonde) qui s’oppose avec autorité et sans crainte au géant Père Drake, insolent petit personnage. Rien que pour voir Ron Perlman s’incliner devant une blonde d’un mètre cinquante, et répéter d’un air de chien battu ‘yes, headmisstress’, 5ive Girls vaut le détour. Aux personnages, s’ajoutent quelques situations cocasses qui font sourire (une leçon de latin, un pentagramme, un exorcisme raté et la mort de Ron, poignardé par des dizaines de crucifix volants) et confère au métrage le statut de bon divertissement qui, à défaut de faire peur, fait beaucoup pouffer.

A mi-chemin entre film débile et métrage bis, 5ive Girls gagne en définitive la sympathie de son spectateur grâce à quelques séquences, une palette de personnages nuls, mais comiques, et la présence de Ron Perlman, dont les scènes et le charisme atténuent pour quelques minutes les trop gros et trop impardonnables défauts du film. S’il pèche par son absence d’univers et son vide esthétique, 5ive Girls n’en reste pas moins divertissant. Dommage cependant qu’il ne s’assume pas uniquement en tant que tel, et que l’on décèle sous l’absurdité de l’intrigue et du casting, une réelle prétention de la part de Warren P. Sonoda. Objet bâtard, ni parodie, ni métrage réussi, involontairement drôle, 5ive Girls est à réserver aux soirées binouzes, les jours de pluie, les nuits d’orage, à l’heure où voir Hellboy se faire allumer par une blonde dominatrice, et cinq filles stupides se faire slasher tour à tour par leurs copines, est la seule chose intéressante qu’il vous reste à faire.


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