Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Serbie, années 20. Les petits villages ont beaucoup de mal à se remettre de la Première Guerre Mondiale, qui leur a enlevé la plupart des hommes en âge de travailler et de procréer. A Pokrp, la situation est particulièrement dramatique, puisqu'on ne compte plus qu'un seul mâle survivant. Le jour où ce dernier est accidentellement tué par deux soeurs, la réaction des femmes du village est sans appel : les meurtrières doivent mourir, ou trouver un homme à ramener à Pokrp...
Au lendemain de la première guerre mondiale, la désolation règne en maître. Le conflit a vu les jeunes garçons envoyés au front dès qu’ils atteignaient la taille d’un fusil et les hommes jetés en pâture sur les champs de bataille, laissant les femmes seules à la maison. Dans un village montagneux de la Serbie profonde, les habitantes ont vu les deux seuls survivants de la Grande guerre décéder dans de bien absurdes circonstances. Reste Papi Bisa, le dernier mâle de la meute, vieillard légumineux bien incapable de perpétuer la race. Ognjenka et Mala, deux soeurs résolues à ne pas finir "vieilles feilles", décident d’approcher le doyen du village et le tuent malencontreusement. Afin d’échapper au bûcher que leurs congénères attisent pour elles, elles promettent de ramener à ces matrones échaudées un mâle dans les
trois jours...
Venu tout droit de Serbie, patrie de la pornoxpolitation (Life and death of a porno gang, A serbian film), Tears for sale (rebaptisé sur nos terres Charleston & Vendetta, traduction littérale du titre originel) constitue le premier essai de son réalisateur, Uros Stojanovic. Cette production conséquente (4 millions d’euros) sur laquelle Europacorp n’a pas manqué d’apposer sa patte, possède très vite les atours des élucubrations de Caro et Jeunet avec un style narratif très proche du Fabuleux destin d’Amélie Poulain. Résolument barrée, l’histoire écorche l’Histoire pour transformer l’ensemble en une fable baroque, surréaliste, excessive.
Charleston & Vendetta se détache en effet du formatage tragico-dramatique des traditionnelles reproductions historiques et, ce faisant, prend d’énormes risques. D’autant que l’excès gagne chaque millimètre de pellicule : les touches humoristiques naviguent entre le spirituel et le
franchement lourdaud, la mise en scène offre quelques plans vertigineux mais s’enlise dans une multitude de ralentis, le déroulement s’avère tantôt d’une étonnante légèreté tantôt d’une pontifiante lourdeur. Enrubannée avec faste et outrance, la bande n’en livre pas moins quelques séquences enivrantes, à l’image de l’entêtante musique aux accents yougoslaves, comme la scène de la transe provoquée par la bibine dans laquelle a macéré une araignée venimeuse et qui donne lieu à une danse lascive entre maritornes pouilleuses et les spectres de leurs défunts maris et rejetons.
Flingué par une outrance perpétuelle, tant formellement que narrativement, Charleston et Vendetta propose néanmoins une alternative plutôt amusante et originale à l’habituel syndrome dystopique de la stérilité féminine.
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