Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Un savant est parvenu à contrôler le corps et l'esprit de son jeune frère qu'il pousse à assassiner des jeunes femmes.
Le docteur Jekyll se rend au chevet du docteur Orloff afin d’obtenir des informations capitales sur ses propres recherches. Agonisant, Orloff lui livre des documents qui lui permettront de prend le pouvoir à distance sur un être inanimé grâce aux ultra-sons. Planqué au dernier étage de son immense manoir, Jekyll fignole son expérience et prend le contrôle total de son cobaye qu’il envoie de nuit détruire les nombreuses maîtresses qu’il courtise de jour…
Avant de devenir un réalisateur compulsif, incapable de lâcher du lest plus de deux semaines d’affilée, Jesus Franco fut de ces honorables artisans du cinéma bis européen. A la fois cinéaste, compositeur,
scénariste et monteur, le père Franco compile dès la moitié des années 60 les films avant de laisser libre cours à sa furie créatrice et de mettre en scène une soixantaine de métrages durant la décennie suivante. Tourné en 1964, dans la foulée de Gritos en la noche (L’horrible docteur Orlof sur nos terres), Les maîtresses du docteur Jekyll renvoie à ce dernier sous forme de clin d’œil patronymique, affublant le maître en pleine décrépitude de Jekyll du nom d’Orloff. Dans un noir et blanc tout aussi réussi, Jess Franco brosse une intrigue, écrite par ses soins, profondément ennuyeuse, à la croisée du mythe de Frankenstein (Jekyll manipule une créature qu’il a lui-même réveillée) et de l’hécatombe macabre de Jack l’Eventreur (les victimes sont toutes des femmes de mauvaise vie qui se dandinent en public dans un cabaret).
Baptisé Fisherman dans l’œuvre originale, le docteur Jekyll réfute ainsi toute appartenance avec le personnage double de Stevenson, d’autant que l’anti-héros du métrage de Franco se caractérise par un comportement rustre et une misogynie acerbe. Il s’inscrit ainsi à l’inverse de son géniteur puisque le cinéaste manifeste ici, comme il le
fera dans le reste de sa filmographie, une frappante fascination pour les femmes et leurs galbes généreux. A la demande de la production (Eurociné, mythique maison qui chapeautera quelques films de l’Espagnol), Franco agrémente son œuvre de quelques jolies séquences de cabaret et recourt à une mise en scène particulièrement soignée lorsqu’il s’agit de mettre à l’honneur les rotondités de ses actrices qui se déhanchent lascivement sur des airs de jazz endiablés dont le réalisateur raffole. C’est au final cet érotisme soft, plutôt discret qui compose la pierre angulaire de cet opus franquiste (toute homonymie avec un chef d’état espagnol serait purement fortuite) qui se montre bien moins inspiré que L’horrible docteur Orlof.
Des strangulations répétitives, un zombie grimé à l’emporte-pièce, quelques tirades consternantes et un rythme qui se traîne lamentablement, l’apanage complet des défauts qui minent de nombreuses œuvres du réalisateur qui compte à ce jour quelque 208 films à son actif. Un leitmotiv lancinant loin de la symphonie formelle, audacieux hymne au gothique, que constituait Gritas en la noche.
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